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Ingrate dissidence


paru dans CQFD n°106 (décembre 2012), rubrique , par Gilles Lucas
mis en ligne le 13/02/2013 - commentaires

Le 13 novembre dernier, cinq associations des cités Picon, Busserine, Flamants et Saint-Barthélémy décident de se retirer du projet culturel que souhaitait réaliser dans leurs quartiers cette usine à gaz qu’est « Marseille Provence capitale européenne de la culture 2013 ». « Ils ont décidé de créer un jardin. C’est une très bonne idée. Sauf que l’endroit choisi est destiné à devenir une zone de stockage de matériaux lorsque les travaux de recouvrement de la quatre voies L2 qui longe notre quartier vont commencer », dit Madgid, porte-parole du CLCV de la Busserine. Alors que les associations de quartiers sont de plus en plus exsangues, les 420 000 euros alloués pour ce projet éphémère sont regardés par les acteurs sociaux comme un geste supplémentaire de mépris. « Que l’on pérennise les projets, que l’on crée de vrais emplois, que l’on fasse vivre les associations, nous sommes d’accord. Mais nous ne voulons pas servir de vitrine à MP13 pour ces réalisations artistiques venues d’ailleurs. Et puis, ici aussi, on a des artistes et des gens plein de talents. Quand tout leur cirque sera terminé, nous, nous serons toujours là… », explique une habitante [1].

Le 14 septembre, dans le cadre de ces opérations menées par MP13, nommées « Quartiers créatifs », une estrade en bois composée de trois marches, et pompeusement affublée du nom de belvédère, était installée dans le quartier de la Viste. Le thème de cette « installation » était de « prendre de la hauteur et déplacer le regard »… Aux dires d’un habitant du quartier, le machin sera resté 48 heures avant d’être remballé dans la plus grande indifférence. Ce qui n’a pas été le cas dans la cité du Plan d’Aou : un « artiste » s’y proposait d’imprimer de faux billets de banque émis par une mystérieuse « Bank of Paradise » (sic) distribués depuis des guichets bâtis en bois. Le premier qui a été installé est parti en fumée début novembre.

Décidément pour les médias, les politiques, la police, les architectes, et maintenant les industriels de la culture temporaire, les quartiers nord de Marseille sont un puits sans fond où chacun peut pêcher quelques profits, depuis les surenchères spectaculaires sur l’insécurité jusqu’à leur exploitation pour quelques expériences présentées comme novatrices. Tout en laissant dans l’abandon et le mépris les habitants de ces quartiers.

Voir aussi « Quartiers nord en résistance ».


Notes


[1Pour l’heure, les concepteurs de ces « quartiers créatifs » se sont, semble-t-il, empressés de se rapprocher des cinq associations qui avaient annoncé leur retrait le 13 novembre. Ils se déclarent ouverts à toutes discussions. Il faut bien, quand même, que l’argent, le vrai, circule…



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