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Graines de résistance

Gare aux semences génétiquement bricolées


paru dans CQFD n°163 (mars 2018), rubrique , par Gautier Félix, illustré par
mis en ligne le 15/03/2019 - commentaires

Où en est la lutte contre les OGM ? On se rappelle de la moustache de José Bové et d’images d’arrestations dans les champs de dizaines de faucheurs volontaires. Mais depuis, l’agro-industrie a dégainé d’autres plantes génétiquement bricolées, aussi vénéneuses pour l’environnement qu’insidieuses pour les paysans…

Par Mickomix {JPEG}

« O n a gagné sur les plantes transgéniques, mais ça paraît bien loin, confie Guy Kastler, chargé du dossier “ semences ” à la Confédération paysanne. On fauche pourtant aujourd’hui autant, voire davantage, qu’avant, mais les gendarmes ne se déplacent plus et ou refusent de rentrer dans le champ. Et les médias ne s’y intéressent pas. » La lutte contre les OGM n’a plus droit de presse. Mais pas sûr que les scandales sanitaires soient moins nombreux que dans les années 1990. « Le débat nous échappe, explique Bénédicte Bonzi, d’Inf’OGM. Il faudrait retourner dans les labos et mettre au jour ce qui s’y passe. Mais l’opinion publique n’est pas prête. »

En 1999, la destruction de plants de riz du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement de Montpellier avait été l’occasion d’un tournant dans la lutte. Les postures anti-industrielles, radicales, n’avaient pas pesé lourd face à l’envolée médiatique du combat. Le fauchage de la vigne transgénique de l’Inra de Colmar, en 2010, avait aussi été traumatisant pour le mouvement. Attaquer la recherche publique ? Trop clivant pour certains. « La société civile se trouve sous gouvernance de la technocratie. Et les promesses de la science font écho à la peur de mourir, explique Bénédicte. Nous sommes dans le domaine de la foi, de la croyance. Et on ne combat pas des croyances avec des faits. »

OGM 2.0

Depuis, les semenciers ont surtout peaufiné dans les labos les techniques de mutagenèse. Elles consistent à soumettre plantes et graines à des stress puissants, qui induisent des mutations génétiques sélectionnées en fonction des effets escomptés. De nouvelles techniques, comme les « ciseaux génétiques », permettent aussi de faire directement des « copier-coller » dans la séquence d’ADN. On n’arrête pas le progrès !

Selon la Commission européenne, ces plantes génétiquement bidouillées ne tombent pas sous la coupe de la réglementation OGM, car les modifications ne sont pas obtenues par transgenèse, la technique du siècle dernier qui consistait à implanter des gènes d’une autre espèce dans l’ADN de la plante. « En sous-main, les industriels ont rédigé le texte de loi, s’insurge Guy Kastler. Ils savaient ce qu’ils faisaient et ont prévu le coup d’après, à la différence du législateur. » Ces plantes sont pourtant biologiquement des OGM et posent les mêmes problèmes. Entre autres, l’impossibilité de maîtriser la dissémination de nouvelles séquences génétiques dans la nature et l’appauvrissement de la diversité. Seules les méthodes d’obtention ont changé.

Recréer de la biodiversité

Les tours de force de l’agro-industrie obligent d’ailleurs l’agriculture bio à redéfinir ses normes. L’Ifoam, l’organisation mondiale des acteurs de la bio, a réaffirmé en 2017 l’exclusion des semences issues de mutagenèse, mais le cahier des charges européen n’a pas suivi. C’est que de nombreuses semences utilisées en bio proviennent de biotechnologies variées : céréales diverses, plantes fourragères et potagères, tournesols oléiques, colza, etc. Pour les producteurs, il est très difficile de savoir comment ont été obtenues les variétés utilisées.

Mais cela reste possible. Anaïs, maraîchère lorraine, ne cultive que des variétés paysannes, issues de populations diversifiées et non de clones sélectionnés en laboratoire. Elle renonce du même coup aux « garanties constructeurs » des semenciers, qui promettent rendement moteur et finition métallisée sur la robe des aubergines hybrides. Anaïs produit quelques unes des semences qu’elle utilise. Les autres, elle les sélectionne avec soin. Cet hiver, elle faisait ainsi partie d’un groupe de maraîchers en visite chez un semencier suisse : «  Il ne produit que des variétés paysannes, générées par croisement naturel au champ, en les remélangeant avec d’autres variétés. »

Certains s’entêtent ainsi à recréer de la biodiversité génétique et gustative. «  La lutte contre l’uniformité passe par le goût, insiste Bénédicte. La curiosité liée à la gourmandise peut servir à reconquérir l’autonomie perdue. » Une voie d’entrée vers un combat plus large, souligne Patrick de Kochko, du Réseau semences paysannes : « Les OGM sont un outil du capital pour s’approprier le vivant et multiplier les dividendes. Les combattre, c’est avant tout lutter contre le capitalisme. Et les semences paysannes, par essence non brevetables, construisent l’alternative. »

Gautier Félix


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