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Justice et vérité pour Jérôme Laronze

Un paysan est mort


paru dans CQFD n°163 (mars 2018), rubrique , par Mickael Correia, illustré par
mis en ligne le 15/03/2019 - commentaires

En mai 2017, Jérôme Laronze, éleveur en Saône-et-Loire, succombait à trois balles tirées par un gendarme. Son tort ? S’être opposé aux contrôles agricoles. Bref retour sur ce drame en milieu paysan.

Par Rémi {JPEG}

Converti à l’agriculture bio, Jérôme Laronze faisait, depuis le début des années 2000, pâturer librement sa centaine de vaches dans les prairies de son village de Trivy, dans le Charolais. Cet éleveur de 36 ans voulait vendre sa production localement, histoire de court-circuiter les puissants groupes agro-alimentaires. Il était connu dans ce coin de Saône-et-Loire pour son militantisme (il a été porte-parole local de la Confédération paysanne) et pour ses coups de gueule contre les contrôles agricoles aussi abusifs qu’intrusifs. Mais à force de ne pas respecter les normes administratives en vigueur (identification des vaches en retard, obligations de suivi sanitaire non remplies), il a fini par attirer l’attention de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP).

Après un contrôle effectué en 2015, celle-ci lui interdit de vendre son cheptel, certaines des bêtes ayant échappé à la traçabilité des services étatiques. Pis, le 6 juin 2016, la DDPP et une armada de gendarmes débarquent par surprise chez Jérôme. Plusieurs vaches, affolées par les forces de l’ordre qui tentent de réunir le troupeau, se jettent alors dans une rivière. Jérôme assiste, impuissant, à la noyade de cinq de ses bêtes et le contrôle, qui vire au cauchemar, est interrompu immédiatement. Mais deux semaines plus tard, les agents de la DDPP reviennent. Quelques syndicalistes de la Confédération paysanne et une des sœurs de Jérôme, prévenus en amont, parviennent cette fois à empêcher les pandores d’intervenir sur la ferme.

Mortelle cavale

Le 11 mai 2017, rebelote. Malgré la violence de ces contrôles agricoles et la détresse de Jérôme, la DDPP déboule à nouveau avec pléthore de gendarmes. L’éleveur, apeuré, prend alors la fuite, après avoir tenté de les effrayer avec son tracteur. Traqué par les forces de l’ordre, le paysan en cavale écrit au Journal de Saône-et-Loire et dénonce « l’hyper administration qui n’apporte rien aux agriculteurs, sinon de l’humiliation et des brimades. Cela ne rapporte qu’aux marchands et aux intermédiaires. Mon cas est anecdotique, mais il illustre l’ultra-réglementation qui conduit à une destruction des paysans » [1]. Le 20 mai, Jérôme est finalement localisé dans un chemin, à quelques kilomètres de sa ferme. Il est assoupi dans sa voiture quand deux gendarmes s’approchent pour l’interpeller. Réveillé, Jérôme tente de leur échapper. Un pandore dégaine et tire six balles. Trois seront fatales au jeune paysan.

Les autorités tentent alors, piteusement, d’arguer de « la légitime défense » des gendarmes. Sauf que l’enquête démontre rapidement que les trois balles ont été tirées dans le dos de l’éleveur... Depuis, le tireur a été mis en examen, et une instruction est en cours. Les proches de Jérôme se battent désormais pour que la justice n’enterre pas l’affaire, qualifiée de « violence avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner » [2]. Le mépris étatique du monde paysan se prolonge décidément jusque dans la mort.

Mickaël Correia

Pour contacter et aider le Comité de soutien : Association Justice et vérité pour Jérôme Laronze BP 10229 – 71106 Chalon-sur-Saône CEDEX


Notes


[1« Mon tracteur était le seul moyen d’avoir droit à la parole », article publié dans l’édition du 19 mai 2017.

[2Le procès s’annonce d’autant plus difficile que les conditions de légitime défense des forces de l’ordre ont été élargies par la « loi sur la sécurité publique », votée en février 2017.



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