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La République des baïonnettes

Garde à vous !


paru dans CQFD n°148 (novembre 2016), rubrique , par Iffik Le Guen
mis en ligne le 21/04/2019 - commentaires

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Dernier soubresaut en date de la guerre au terrorisme made in France, la création d’une garde nationale regroupant les réserves opérationnelles de l’armée, de la police et de la gendarmerie a été annoncée en Conseil des ministres le 12 octobre dernier. La nouvelle entité sera chapeautée par un secrétariat général à la garde nationale, énième machin bureaucratique placé sous la houlette du ci-devant général Gaëtan Poncelin de Raucourt.

Au-delà du label qui fleure bon le marketing politique à la petite semaine, il s’agit pour l’exécutif de répondre au « désir d’engagement des Français de servir la nation ». Selon diverses sources ministérielles, en effet, les demandes d’information auprès des centres de recrutement de l’armée auraient été multipliées par quatre. Cependant, comme les autorités elles-mêmes craignent que l’élan de la « génération Charlie Hebdo » pour défendre la patrie en danger soit particulièrement volatile, 100 millions d’euros sont prévus notamment pour prendre en charge le permis de conduire des pioupious, verser une allocation de 100 euros aux étudiants en treillis et octroyer une prime de 250 euros à ceux et celles qui acceptent de se conformer au célèbre mot d’ordre : « Engagez- vous, Rengagez-vous ! »

Et pour le Medef, rien ? Mais si, une réduction fiscale pour les entreprises acceptant de faciliter l’engagement de leurs salariés viendra s’ajouter à toutes celles déjà distribuées par le tandem Hollande-Valls. Résultat attendu pour 2018 : un contingent supplémentaire de 20 000 « excellents Français, excellents soldats, qui marchent au pas », comme le chantait Maurice Chevalier en 1939.

Pour certains représentants de la classe politique, à l’instar d’un François Bayrou, l’inspiration devrait être recherchée du côté des États-Unis. Là-bas, la garde nationale joue le rôle d’une force auxiliaire de plusieurs centaines de milliers de militaires, mobilisable aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur des frontières fédérales. Et, sur ce dernier terrain, elle n’a pas chômé pour réprimer les contestations de l’ordre établi : grandes grèves ouvrières de la fin du xixe siècle, mouvement des droits civiques à la fin des années 1950, opposition à la guerre du Viêtnam à la fin des années 1960, plus récemment émeutes contre les exactions de la police, de Los Angeles en 1992 à Ferguson en 2014.

Mais une garde nationale a également existé en France jusqu’en 1871. « Garde bourgeoise » en 1789 chargée de défendre l’ordre public et la propriété, son attachement au régime en place sera tout sauf constant. En 1831, elle se rallie à la révolte des canuts lyonnais. En 1848, ses membres d’origine ouvrière s’opposent à ceux d’origine bourgeoise, avant la répression des journées insurrectionnelles de juillet. En 1871, la Fédération républicaine de la garde nationale revendique l’instauration d’une république démocratique et sociale. Après l’échec de la Commune de paris, on parlera désormais de « réserves » de l’armée. Gageons que ce versant de l’histoire s’imposera si jamais certains en haut lieu décident de lancer les gardes nationaux à l’assaut du mouvement social.

Iffik Le Guen


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