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Échec à la MAT


paru dans CQFD n°114 (septembre 2013), rubrique , par Sébastien Navarro, illustré par
mis en ligne le 21/10/2013 - commentaires

On est restés un long moment, ce 23 août, bras tendus pour contenir le ploiement de la bâche, tandis que des trombes d’eau déboulaient du ciel. Puis quand on a compris que la réunion ne pourrait pas avoir lieu dehors, il a fallu se replier dans du dur : le garage de l’un des 40 proprios (sur 400 concernés) ayant refusé l’expropriation – et les indemnités qui vont avec – due à la construction de la ligne à très haute tension (« linea de Molt Alta Tansió » – MAT en catalan).

Nous sommes au lieu-dit de Fellines, dans le giron du village de Villadasens en Catalogne espagnole. C’est ici qu’une poignée d’irréductibles tentent d’impulser un nouvel élan « contra la MAT i el món que la necessita » : contre la MAT et le monde qui la rend nécessaire. On a connu des ambitions plus timides. Sur une carte digne d’un état-major sur le pied de guerre, un intervenant fait un état des lieux des travaux de cette autoroute électrique de 400 000 volts, longue de 65 kilomètres, qui va relier la France à l’Espagne. « La MAT justifie un fonctionnement élevé des centrales nucléaires françaises, indépendamment de la consommation du pays, puisque le courant est destiné à l’exportation », précise un habitant de Vic (province de Barcelone). Puis de démonter une à une les raisons invoquées par la Generalitat, le gouvernement catalan, pour fourguer son projet à la population : du développement économique de la région aux prétendus besoins énergétiques du train à grande vitesse, en passant par un codéveloppement nécessaire avec les énergies renouvelables. « Le projet de la MAT a été conduit de façon opaque, avec très peu d’informations vers les populations concernées. En matière de santé, il y a un impact des champs électromagnétiques totalement sous-évalué, sachant que la MAT passera à moins de 17 mètres de certaines maisons.  »

Sans compter la défiguration du paysage causée par l’implantation des pylônes et leur impact sur la faune et la flore. De Nantes à la Catalogne, c’est le sabordage d’un modèle sociétal qui s’imagine, celui-là même qui livre des pans entiers de territoires à des appétits privés, où le vivant se brade contre des verroteries qui n’éblouissent que quelques myopes friands de thésaurisation. Les autres ont déjà diffusé leur mot d’ordre : « Torres més altes han caigut  ». Des tours plus hautes sont tombées.

Par Pirikk. {JPEG}



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Par Sébastien Navarro


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