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Dossier : Libérons les terres

Des ZAP pour zapper la spéculation


paru dans CQFD n°133 (juin 2015), rubrique , par Christophe Goby
mis en ligne le 01/09/2015 - commentaires

En France, des propriétaires terriens laissent en friche leurs parcelles à des fins spéculatives – alors que les terres agricoles se raréfient. Michel Apostolo, responsable de la commission foncière à la Confédération paysanne, a participé à une action de remise en culture de terres dans le Vaucluse. Rencontre.

Les mains épaisses et la moustache d’un président du conseil, Michel Apostolo porte ce jour un tee-shirt « Sauvons la Culture » : « Les propriétaires de terres ne veulent pas louer aux paysans, ils spéculent en attendant que les terrains soient constructibles. » Dans le Luberon, 30% des exploitations ont disparu en dix ans, et la surface agricole a régressé de 17%. C’est ce qui a conduit une centaine de militants de la Confédération paysanne du Vaucluse à labourer et remettre en culture, il y a un an, une parcelle en friche de 4 hectares à Lauris. « Il y avait trois tracteurs qui passaient les disques, un autre qui labourait et le dernier semait du sorgho sur lequel on pouvait lire ZAP, Zone agricole protégée. »

Un paysan du coin qui cherchait des terres a entamé une procédure de terre inculte auprès du préfet [1] afin qu’il impose la mise en culture. «  Le préfet peut obliger à louer, et il existe un Fonds départemental de gestion de l’espace rural (FDGER) pour remettre en culture », précise Michel. Mais dans le Luberon, la spéculation va bon train, et si tout le monde dans la région veut manger bio, la moitié des agriculteurs du coin a plus de 55 ans...

Michel raconte qu’à Brignoles, dans le Var, une autre ZAP a existé. « Ce n’est pas une sanctuarisation, mais on remet en cause le droit d’usage de ces terres qui pourraient faire l’objet d’un bail au bénéfice d’un paysan », ajoute-t-il. De fait, au comité technique de la Safer, organisme en charge des transactions agricoles en France, on lui a subtilement répondu : «  Tu veux faire un kolkhoze ? » Toujours dans le Var, au Cannet-des-Maures, le maire avait tenté de mettre 30 hectares de terres agricoles en construction, mais il a dû faire machine arrière après un recours juridique et une action symbolique de mise en culture. « Nous avons peu de moyens militants face à l’artificialisation », concède Michel. Or, comme le clament ces paysans : «  La terre agricole, c’est notre outil de travail, pas votre tirelire ! »

La suite du dossier

France : Le sel de la terre accaparée

L’accaparement des terres est un nouveau visage du colonialisme

Politiques de terres volées

Le nerf de l’agraire


Notes


[1Le Code rural prévoit que toute terre en friche, n’étant manifestement pas exploitée par son propriétaire, peut être réquisitionnée afin d’être cultivée par un agriculteur.



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