CQFD

Délires transhumanistes et résilience marseillaise

Demain (on) ne meurt jamais


paru dans CQFD n°166 (juin 2018), rubrique , par Christophe Goby
mis en ligne le 24/08/2018 - commentaires

Crever ? C’est pour les nazes, clament les transhumanistes. Deux ouvrages reviennent sur ce refus du trépas. À ma droite, Aventures chez les transhumanistes, du journaliste irlandais Mark O’Connell [1] ; à ma gauche, Homme augmenté, humanité diminuée, de Philippe Baqué [2]. Recension croisée.

JPEGDe votre fauteuil défoncé, avec une Kro à la main et CQFD ouvert à la présente page, vous vous sentez sans doute bien loin des transhumanistes. À la rédaction, c’est pareil : personne n’y rêve de se faire cryogéniser, de s’augmenter ou de se laisser sucer le cerveau par une machine. C’est qu’on est à Marseille, et on préfère trouver bath de glander à l’anse de Maldormé ou de deviser en braillant dans un bar de La Plaine.

Les transhumanistes rencontrés par Mark O’Connell sont, eux, des cerveaux dérangés qui bullent sur leur tablette entre une plate-forme Google et le désert de l’Arizona. Que veulent ces gugusses ? Ne plus vivre sous la tyrannie de la mort et améliorer leurs capacités physiques et cérébrales. En bref, ils refusent d’être le produit d’une évolution aveugle. Rien que ça, les mecs. On leur souhaite bien du courage, vu qu’ici on n’arrive déjà pas à se comprendre entre nous et que la seule chose qu’on souhaite améliorer, c’est notre score au Vélodrome. Autant dire que c’est pas demain la veille qu’on va se laisser aspirer le cerveau dans une machine…

Au gré de ses recherches, Mark O’Connell a rencontré de nombreux chercheurs aux points de vue certes divergents, mais toujours mégalo. Ray Kurzweill, star du mouvement, explique ainsi qu’en 2030 on pourra télécharger notre cerveau, histoire de nous débarrasser de ces encombrants corps périssables. Finis les gueules de bois : un coup de reset et ça repart ! Au cours de cette lecture d’Aventures chez les transhumanistes, facilitée par une traduction érudite [3], on apprend aussi que la science-fiction est désormais advenue : des macchabées attendent déjà dans des congélateurs qu’on les en sorte plus tard, façon bâtonnets de poisson reconstitué. Alcor, la boîte de Max More, pilier du mouvement, conserve ainsi 117 corps, clients ayant raqué plein pot de leur vivant pour revenir dans le futur. Bonne chance, les gars ! Quand vous ressortirez en 2070, c’est la petite-fille de Marion Maréchal-Le Pen qui présidera les States !

Le livre de Philippe Bacqué traite du même sujet, mais en partant de la maladie d’Alzheimer : l’immortalité pour les riches (tant pis s’ils ne se souviennent de rien), la mort pour les pauvres. Lutter contre le vieillissement est l’une des priorités des grands labos médicaux, rappelle Homme augmenté, humanité diminuée. Parce que ça rapporte grave.

Ce qui payera aussi, c’est la destruction des emplois et leur remplacement par des robots, réputés moins grévistes. Le domaine de l’intelligence artificielle est ainsi investi par des milliers de startup, rachetées au gré de leurs succès par Google ou par d’autres multinationales tentaculaires. Elles se retrouvent lors de grands raouts, notamment pour comparer leurs progrès en matière de véhicules autonomes. Uber n’attend que ça pour jeter ses conducteurs aux oubliettes. C’est le progrès, mec ! Sur le site du Forum économique mondial, on trouve ainsi la liste des vingt premiers boulots qui seront récupérés par des « copains » robots : postiers, comptables, secrétaires…tout ça à la benne. Et alors ? Tu ne veux quand même pas qu’on ressuscite les allumeurs de réverbères ou le poinçonneur des Lilas ?

Mais ne vous inquiétez pas. Ceux qui annoncent la fin du travail pour demain se sont gourés : il nous reste encore quelques belles années de boulot de merde. Et ce ne sont pas les riches qui vont s’en charger. Eux préfèrent nous faire chier au maximum, avant de se faire congeler. Mais gaffe, on va tout débrancher !

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Notes


[1L’échappée, 2018.

[2Agone, 2017.

[3NDLR : l’azimuté camarade Goby oublie de préciser que le traducteur de ce livre, Émilien Bernard, est soutier à CQFD. Copinage, quand tu nous tiens...



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Par Christophe Goby


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