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Déluge sur la zone humide


paru dans CQFD n°108 (février 2013), par Gilles Lucas, illustré par
mis en ligne le 20/03/2013 - commentaires

Loin de la boue, des sous-bois et des tirs de grenades, les officines préfectorales tapies dans l’ombre ont, en l’espace de quelques semaines, déversé sur les habitants de la Zone à défendre une véritable pluie d’arrêtés destinées à multiplier contrôles et interdictions.

Appuyant la violence policière et la « communication » de l’État et des industriels, pas moins de vingt et une mesures exceptionnelles d’interdiction ont été publiées, entre le 26 novembre 2012 et le 21 janvier 2013, par les préfectures de Loire-Atlantique et de la région Bretagne.

Arguant des risques « de trouble à l’ordre public occasionné par l’utilisation de carburant, notamment d’incendies de véhicules et de bâtiments », par ces dangereux individus qui, justement, construisent des habitations et utilisent leurs voitures et camions ne serait-ce que pour faire quelques emplettes, l’arrêté préfectoral n°2012335-0001 du 3 décembre 2012 condamne à la panne sèche tous les habitants de la Zad. Renouvelé de semaine en semaine, le dernier en date court jusqu’au 4 mars 2013. Depuis le 26 novembre, pénétrer sur ce coin de bocage en possession de feux d’artifices ou d’hypothétiques explosifs – ainsi que l’espèrent tant les partisans de l’État – est également prohibé, les seules détonations admises étant celles produites par les grenades et autres gomme-cognes des robocops. Le 7 décembre, un autre arrêté préfectoral (le n°2012342-0002) signé du préfet de la région Pays de la Loire, ordonnait aux forces de police de bloquer tout véhicule transportant des matériaux de constructions au prétexte que « des opposants au projet d’aéroport prônant le recours à la violence contre l’État et la société concessionnaire Aéroport Grand Ouest réoccupent différents sites dont l’expulsion a été décidée judiciairement  ». Cet arrêté, reconduit régulièrement comme les précédents, se contente d’une vague définition de ce que sont ces matériaux de construction, englobant probablement tous les articles du rayon quincaillerie d’une grande surface spécialisée. Agrémentée de quelques interdictions de circulation ou de transports de chapiteaux, la production intensive de ces oukases républicains a pour première conséquence de valider les comportements abusifs des forces de police et de les couvrir, ensuite, pour tout acte débordant leurs prérogatives légales.

Mais, dura lex, chacun de ces arrêtés préfectoraux est accompagné d’une note relative aux possibilités de contestation de la décision administrative. Elle précise, très sérieusement, « qu’un recours peut être formé dans un délai de deux mois suivant la notification », tout en ajoutant qu’une telle procédure n’a aucun effet suspensif. Ne s’agirait-il pas là d’une belle incitation à l’activité citoyenne face aux éventuels débordements de l’État ? Le cynisme et le mépris n’en deviennent que plus patents dès qu’on observe les dates de publication de ces interdictions : sitôt leurs validités achevées, elles se voient remplacer avec les mêmes contenus et argumentaires pour une nouvelle durée, rendant de fait inopérante toutes velléités de recours devant quelque tribunal administratif. Autant de manœuvres venues d’une époque où les ordonnances royales ne se souciaient pas de justice ! par Thierry Guitard

Cerise sur le gâteau, au détour de cette inflation d’ « édits » préfectoraux, apparaît la nomination par décret du 8 novembre de Françoise Souleiman, ex-secrétaire générale de la préfecture de Haute-Garonne, en tant que « préfète déléguée à la défense et à la sécurité auprès du préfet de la région Bretagne ». Mazette ! Belle promotion pour cette femme à poigne, formée à l’école de Charles Pasqua du temps où il tenait le ministère de l’Intérieur et couvrait ses hommes à la gâchette facile. La voilà dorénavant dotée d’une autorité dont elle ne disposait pas à l’époque où, à Toulouse, il y a quelques mois encore, elle s’activait à expulser sans-papiers, Roms et occupants de bâtiments laissés à l’abandon. Aux dires de quelques-uns de ces derniers, son acharnement à envoyer des forces de police et sa présence ostentatoire lors des assauts contre des lieux d’habitations où vivaient des familles en situation de grande précarité lui avaient valu le surnom de « sinistre Souleiman ». Ayant aujourd’hui la charge de coordonner « la défense et la sécurité de la zone Ouest », englobant les régions Bretagne, Pays de la Loire, Centre, et les deux départements normands, l’installation de cette « homme » d’État – ainsi qu’elle aime à se définir – par le premier Ministre Ayrault et le président de la République, laisse augurer une ambiance « de dialogue et de respect » adaptée à ses goûts. « Le bleu [de la police] et le vert [des militaires], ça fait des couleurs assez jolies », affirmait-elle le 15 janvier, sur Radio Campus Rennes.

En attendant que les forces spéciales reviennent du Mali, l’État et toute son armada juridique avec ses surenchères d’imagination s’échinent manifestement à satisfaire les crispations compulsives et mégalomaniaques de quelques politiques et des puissants industriels qui sont leurs donneurs d’ordre.



2 commentaire(s)
  • Le 20 mars 2013 à 09h53, par Bernie -

    Salut ,

    C’est pas souleiman mais souliman .

    Peu d’infos sur cette personne sur le net mais c’est + facile à trouver avec la bonne orthographe .

    A+

    Répondre à ce message

  • Le 20 mars 2013 à 11h35 -

    je ne comprends pas bien l’intitulé d’affectation, « préfète déléguée à la défense et à la sécurité auprès du préfet de la région Bretagne », quand Notre-Dame des Landes est, divisée par l’histoire de l’Etat Français puis de la IV République, une commune en région Pays de Loire, et que les sénateurs français ont refusé le 1er mars, un amendement visant à ouvrir le débat sur le retour de la Loire atlantique en Bretagne.

    http://www.publicsenat.fr/lcp/politique/quand-s-nateurs-bretons-se-mobilisent-bretagne-historique-345353

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Par Gilles Lucas


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