CQFD

Édito-sommaire

Au sommaire du n°158


paru dans CQFD n°158 (octobre 2017), rubrique , rubrique , par l’équipe de CQFD, illustré par , illustré par , illustré par
mis en ligne le 06/10/2017 - commentaires

En kiosque !

En une : "1917 : Lénine rétablit les contrats aidés" par Placid !

Un article sera mis en ligne, chaque semaine. Les autres articles seront archivés sur notre site quelques mois plus tard. D’ici-là, tu as tout le temps d’aller saluer ton kiosquier ou de t’abonner...

Édito : La répression qui vient

« Nous voulons cesser ce genre d’incompréhension. Notre but n’est jamais d’agir avec surprise, mais avec un maximum de pédagogie, pour faire baisser le niveau de violence. »

Ainsi présente-t-on, au cabinet du directeur général de la gendarmerie nationale [1], le nouveau dispositif de maintien de l’ordre destiné à juguler la colère sociale qui monte. Ces pandores stratèges semblent vivre dans un monde merveilleux de type Bisounours, où les matraques seraient des sucres d’orge et les lacrymos du Chanel N°5. Pour eux, la question des violences policières n’existe pas, en manif comme en banlieue. Quid d’Adama Traoré, de Rémi Fraisse, de la cohorte de gens éborgnés, fracassés, comme à Bure récemment ? De l’« incompréhension ». Un non-sujet.

Nan, le vrai problème est celui posé par la présence de casseurs et autres professionnels de l’émeute dans les rangs des manifestants pacifiques. Ici, le condé pédagogue de la start-up society macronienne passe, pépouze, des Bisounours à Orwell, en plus high-tech. Aux oubliettes, les sommations par haut-parleur que personne n’entend ou la fusée rouge que personne ne voit. Finis, les arrosages systématiques de lacrymos ou les charges massives au premier incident. Voici venu le temps des grands panneaux lumineux à message variable disposés le long des cortèges (« À cinquante mètres, nos confrères pètent les dents d’un ado, veuillez faire un détour, cordialement »). Dans le même temps, les gradés « live-twitteront » à haute dose les accrochages (« Avons réglé la situation sans user de la force #frenchtechnocop sympa »).

Autre objectif : transformer les défilés en « bulles étanches », soit l’application du principe de la nasse au cortège tout entier. Il faut que la manif soit totalement exogène à la vi(ll)e, détachée de tout. Et puis, expliquent les gradés avec gourmandise, c’est vers les Ricains qu’il s’agit de se tourner, eux qui ont la chance de bénéficier des toutes dernières innovations. Comme la « projection de lumière stroboscopique aveuglante », les « produits de marquage type Smart Water » ou les « canons à sons de type Shofar ». Rien de flippant, hein. Juste de quoi garantir la sécurité des manifestants.

Bref, on n’a pas fini de se marrer en manif. Et si jamais le pékin moyen tique à l’idée de se faire démolir les oreilles à grand renfort d’ultra-sons ou défoncer les mirettes à coups de flashs, qu’il sache bien que tout ça se fera avec le maximum de « pédagogie ». T’as compris, pied tendre, ou bien il faut te l’expliquer à coups de « smart matraques » ?

Dossier 1917-2017 : on ne mélange pas les bolchos et les soviets !

Entretien avec l’historien Éric Aunoble : 1917-2017 : Que lire ? > « Marine Le Pen souhaite une révolution de la proximité », « Mélenchon appelle à une révolution citoyenne » ; « Révolution, le livre-programme de Macron se hisse dans le top des ventes », « La droite doit faire sa révolution populaire, explique Guillaume Peltier », etc. Si le mot « révolution » peut être ainsi mis à toutes les sauces de la politicaillerie, c’est sans doute qu’il a été complètement désamorcé.

Longtemps, la Révolution russe a servi de référent absolu au bouleversement du monde. Cela ne semble plus être le cas. Éric Aunoble est l’auteur d’un petit bouquin synthétique, La révolution russe, une histoire française : lectures et représentations depuis 1917 [2], qui parcourt la réception dans le champ éditorial et politique français de cet événement majeur. Rencontre avec un historien bolchevik autour d’un café chaud et d’un objet (presque) froid.

Anarchistes vs bolcheviks : Comment il ne faut pas faire la révolution ! > Peu avant sa mort en 1920, Kropotkine écrivait : « Nous apprenons à connaître en Russie comment le communisme ne doit pas être introduit. » Le vieux théoricien anarchiste se gardait d’attaquer trop ouvertement les nouveaux maîtres de Russie pour ne pas alimenter la réaction. Les anarchistes comptèrent néanmoins parmi les premiers critiques – et les premiers persécutés – du bolchevisme.

Chayanov, en défense des paysans : À la lueur du moujik > Pour Lénine comme pour Staline, le paysan était potentiellement soit un bourgeois, propriétaire terrien (koulak), soit un ouvrier prolétarisé bon à suer dans les usines à aliments que furent les kolkhozes et les sovkhozes. L’intellectuel Alexandre Chayanov (1888-1937) s’est opposé à cette vision binaire. En vain. Retour sur un martyr de la collectivisation.

Lénine face aux moujiks : L’électrification contre les soviets > Nos copains des éditions La Lenteur ont réédité le passionnant Lénine face aux moujiks [3], par Chantal de Crisenoy. On y prend la mesure de la véritable aversion du théoricien et leader de la Révolution russe pour les paysans. Depuis ses premiers écrits jusqu’à la fin de son règne, Lénine ne voyait en eux que des êtres « intrinsèquement petit-bourgeois ». Au mieux, des alliés de circonstance. Mais en définitive, des ennemis mortels. CQFD a pris le temps de s’entretenir avec Nicolas Eyguesier, l’un des éditeurs de La Lenteur.

En couple au cœur de la Révolution : Deux Américains au pays des soviets > Lorsqu’ils arrivent en Russie en septembre 1917, Louise Bryant et John Reed ont la trentaine. Ils se lancent dans une longue équipée journalistique et amoureuse, qui donnera deux livres revenant sur les événements ayant mené à Octobre 1917 : le classique Dix jours qui ébranlèrent le monde (1919), réédité dans son intégralité, et Six mois rouges en Russie (1918) de Louise Bryant, publié pour la première fois en français. Deux témoignages à chaud au cœur de l’action.

Par Mortimer. {JPEG}

Enquêtes et reportages d’ici et d’ailleurs

MOP, nos imprimeurs en lutte : Gaffe au Ricco-bonneteau ! > En grève ! Depuis le 26 septembre, les salariés de l’usine MPO, où est imprimé CQFD, bloquent totalement le site. Ultime recours pour dénoncer le pillage de l’activité organisé depuis le Luxembourg par leur propriétaire, le groupe Riccobono.

Coup de froid sur la rentrée sociale : « La Loi travail XXL n’est qu’un hors-d’œuvre » > Depuis que Macron a signé les ordonnances de la Loi travail, le mouvement social tente de se réinventer. Essoufflement, division, fatalisme : il y a les pièges à éviter. Et de nouvelles stratégies de lutte à définir.

Les grandes manœuvres antisociales de la Macronie : Des contrats vraiment pas aidés > Macron a raison, les CUI-CAE, c’est bidon. Mais ce qui vient est bien pire. À commencer par la brutalité du méga-plan social, que suppose la suppression de dizaines de milliers de ces emplois « aidés ». « Si on était correctement subventionnées, on n’aurait pas eu besoin d’avoir recours à ces contrats de merde ! », s’emporte Sophie, responsable associative. Petite balade marseillaise dans un paysage dévasté par un ouragan pas tropical.

Contrats aidés dans l’éducation - année zéro : « Aïcha, c’était l’œil de lynx de l’école » > Dans le secteur scolaire, quelque 23 000 personnes ont perdu (ou vont perdre) leur contrat aidé. Elles exerçaient pourtant des missions essentielles au bon fonctionnement des établissements : secrétariat, entretien, cantine, surveillance, informatique… État des lieux.

Carte postale : Ma folle journée du patrimoine... > Voilà qu’il remet ça ! Le mois passé, un GPS défectueux l’avait conduit à prendre ses vacances à Notre-Dame-des-Landes. Cette fois, c’est à René seul que revient la décision de se fader les Journées du patrimoine à Marseille. Drôle d’idée.

« Leur objectif : laver l’histoire » : Retour sur le dévoiement historique de la figure du mineur > En 1980 sortait Morts à 100 %, documentaire élaboré par Jean Lefaux et Agnès Guérin, qui taillait en pièces le mythe du mineur « héroïque ». Et le révélait pour ce qu’il était : un taf de forçat. Plus de 35 ans après, deux réalisateurs en livrent un épilogue [4] sans concession. Entretien avec un des protagonistes, TomJo.

Ultra-droite ultra-ridicule : Soral, ein Volk, ein Reich, eine dégringolade > Il bénéficiait encore récemment d’une relative audience et d’une certaine capacité de nuisance. Mais depuis trois ans, toutes deux s’effondrent : en roues libres, le pitoyable idéologue Alain Soral parvient de moins en moins à faire illusion auprès de ses adeptes. La fin des haricots ?

Barbara Balzerani – « Reprendre la main sur mon histoire » : Des Brigades Rouges à la littérature, une lutte de plume et de plomb > Barbara Balzerani est un témoin clé de l’histoire italienne des sixties et seventies. Impliquée dans la lutte armée alors que l’Italie bouillonnait de toutes parts, celle qui fut un temps l’une des dirigeantes des Brigades Rouges a connu les deux faces des années de plomb : l’espoir fiévreux et la répression. Pour son implication dans les actions de l’organisation, elle a passé vingt-cinq ans en détention. Rencontrée à Paris, elle revient sur ce pan d’histoire et sur l’œuvre littéraire qui désormais l’occupe.

Par Vincent Croguennec. {JPEG}

Drogue, sang et larmes : Mexique barbare, vraiment ? > Seuls l’Irak et l’Afghanistan font pire : au Mexique, 105 journalistes sont morts assassinés depuis l’an 2000. À l’occasion d’une tournée en France, le reporter Sergio Ocampo dresse le portrait d’un pays ni vraiment en paix, ni très démocratique.

Ouragans et solidarités caribéennes : Autant en apporte l’État ? > Le 6 septembre, l’ouragan Irma dévaste l’île de Saint-Martin. Douze jours plus tard, c’est Maria qui frappe la Guadeloupe et les îles voisines. Aude, qui habite depuis 34 ans Petit-Bourg, en Basse-Terre, témoigne des dégâts, des lourdeurs administratives et de l’entraide spontanée des îliens.

Ma cabane en Kabylie : « Remettre de la vie après les années de braise » > Raconte-Arts, festival populaire itinérant se tenant tous les ans en Kabylie, est un prétexte à vivre et à prendre l’espace. Les villageois sont à la fois organisateurs, spectateurs et acteurs. L’art de l’oralité et l’expression s’y font médiums actifs et décloisonnent les fonctionnements trop figés.

Siliconisation de Marseille : La philanthropie selon Google > Pendant deux jours, le Palais de la Bourse de Marseille s’est habillé aux couleurs de Google – bleu, rouge, jaune, vert. Joie et cotillons ! Une opération commerciale ? Pas vraiment : le fleuron de la Silicon Valley – gracieusement invité par la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) - n’est pas là pour faire du chiffre. Mais pour mener une opération de propagande à peine maquillée.


Notes


[1« Manifestations : la nouvelle stratégie anticasseurs de la police », Le Figaro, 29/09/2017.

[2Éditions La Fabrique, 2017.

[3Il s’agit à l’origine d’une thèse, initialement publiée au Seuil en 1978. Pour commander sa réédition, écrire à cette adresse : La Lenteur, Le Moulin à vent, 81140 Vaour. Ou demander à votre libraire de s’en charger - s’il ne s’exécute pas, le traiter de « valet de l’impérialisme nord-américain », ce qui est dialectiquement exact.

[4Morts à 100 % : Post-scriptum, de Modeste Richard et TomJo, à partir d’interviews réalisés par Grégory Tahar-Chaouch. Sortie DVD le 28 octobre, avec une projection à 20 h au cinéma L’Univers à Lille.



Ajouter un commentaire

Par l’équipe de CQFD


Dans le même numéro


Voir






Spip ø Squelette ø Ce site ø Suivre la vie du site RSS 2.0 ø Naviguer en https ø Soutenir CQFD ø Contacts