CQFD

Édito-sommaire

Au sommaire du n°141 : spécial Socialos


paru dans CQFD n°141 (mars 2016), rubrique , par Momo Brücke, Jean-Baptiste Legars, l’équipe de CQFD, illustré par , illustré par , illustré par
mis en ligne le 04/03/2016 - commentaires

En kiosque à partir du vendredi 04 mars 2016.

En une : "Socialiste de ta mère" d’Aurel .

Un article sera mis en ligne, chaque semaine. Les autres articles seront archivés sur notre site trois mois plus tard. D’ici-là, tu as tout le temps d’aller saluer ton kiosquier ou de t’abonner...

Le dossier :

Le propre du socialiste au pouvoir est de salir tout ce qu’il touche

Le Parti Socialiste est magique. On a beau ne rien en espérer, il parvient encore et toujours à décevoir ! A chaque petite phrase retorse, énième projet de loi ou nouvelle proposition de réforme, nous restons cois devant tant de bassesse. De félonie. De renoncement. Franchement, cela confine au grand art ! Mais ils sont payés pour ça : faire avaler les mesures scélérates que la droite n’osait pas dégainer par crainte de la rue. Eux peuvent se le permettre, puisque dans leur blaze il y a « social ».

Dans notre numéro post-élections présidentielles de 2012 , nous fustigions l’arrivée à l’Elysée du PS et de sa clique, déjà convaincus qu’il n’y avait pas grand-chose à en attendre. « Un éléphant, ça trompe énormément ! », affirmions-nous en une, estimant que l’espace entre la « droite décomplexée » de Nicolas Sarkozy et la « gauche normale » de François Hollande avait l’épaisseur d’un bulletin de vote passé à la machine. Mais, à nous relire aujourd’hui, on découvre avec consternation que nos prédictions étaient bien en deçà du cynisme déployé depuis par leur offensive antisociale.

Et pourtant, c’était tellement prévisible. La gauche de gouvernement est toujours victime du syndrome Daladier. Vous savez, ce radical, ministre de la Défense du Front populaire, qui arrive au pouvoir en 1938 et décide d’« aménager » – pour ne pas dire détruire – la semaine des 40 heures. La société des loisirs et des bains de mer se réveilla de bonne heure au son de « Il faut remettre la France au travail ! ». À minuit moins dix dans le siècle, cette voix chevrotante s’accompagna d’un énième décret-loi visant les étrangers indésirables. Des camps de concentration s’érigèrent pour accueillir républicains espagnols, antinazis allemands ou autrichiens – souvent juifs – que l’on s’apprêtait à expulser dans « leurs pays ». Sur fond de montée des fascismes, Edouard Daladier fit de sa gestion droitière le paradigme d’une gauche perdue, sans valeur, et qui finira écrasée – ou absorbée – par l’État français du maréchal Pétain.

Ça, c’est la manifestation originale du syndrome Daladier. Aujourd’hui, son symptôme manifeste est à rechercher dans le projet de loi de réforme du Code du travail défendu par le ministère de Myriam El Khomri, et qui sied à nombre de députés de droite. À bien y regarder, ce projet est une synthèse de différentes études concoctées dans les think tanks libéraux. « Aménagement » de la semaine des 35 heures, plafonnement des indemnités prud’homales, facilitation des licenciements, priorité donnée à la négociation d’entreprise, accords dit « offensifs » en faveur de l’emploi – les accords collectifs ne sont plus là pour « défendre » les salariés, mais pour permettre une meilleure compétitivité des entreprises. Ces propositions, d’ordinaire avancées par les syndicats patronaux et leurs députés de droite, sont en passe de devenir l’étendard gouvernemental de la sacro-sainte liberté d’entreprendre contre tous les « conservatismes ».

Pragmatiques, les socialistes ? Ils le sont moins quand ils occupent les bancs de l’opposition : François Hollande, le 21 février 2006, apostrophait ainsi le gouvernement de Dominique de Villepin après le recours au 49-3 qui fera passer l’éphémère Contrat première embauche (CPE) : « Vous avez fait du code du travail le bouc émissaire de votre incapacité à créer de l’emploi et fait de son démantèlement l’objet même de votre politique. » Retour à l’envoyeur.

Le coup de l’opposition, c’est au tour de Martine Aubry de nous le servir. Rompue à la chose politique, la briscarde sait qu’un parti doit toujours proposer une alternative en son sein. En compagnie de lieutenants frondeurs, elle se délecte de l’opportunité offerte par la casse du droit du travail fomentée par ses collègues. « Trop, c’est trop ! » lancent les socialos contrariés qui ne se reconnaissent pas dans la gestion des affaires courantes par le gouvernement. Sans vergogne, cette ancienne directrice adjointe de Péchiney – boîte de l’industriel Jean Gandois, président du CNPF, ancêtre du Medef, de 1994 à 1997 – n’hésite pas, dans la tribune cosignée dans Le Monde [1], à mobiliser la mémoire du mouvement ouvrier. Celui-là même que son parti, depuis sa création en 1969, s’est évertué à ne jamais représenter. Comment dire cela... ? Martine, nous n’y croyons pas deux minutes.

Car, après avoir décortiqué la politique du PS en matière d’économie (page 10), de social (page 11), d’urbanisme (pages 12 et 13), de migration (page 14), de sécurité (page 15) et d’environnement (page 16), nous sommes arrivés à cette conclusion : elle salit tout. Peut-être parce que le propre des socialistes au pouvoir sera toujours de nous mettre une sale droite.

Momo Brücke & Jean-Baptiste Legars

Par Etienne Savoye. {JPEG}

Économie : Une vraie « gauche » de droite > Ce cadre dirigeant d’une grande organisation patronale, qui souhaite rester anonyme, avait attiré notre attention en marge d’un forum économique alors qu’il souhaitait, à mots couverts, la réélection de François Hollande. Sa logique est simple : ce qu’a fait la gauche, la droite ne le ferait pas aussi facilement. Il tire pour nous le bilan du socialisme au pouvoir, désignant on ne peut mieux nos ennemis de classe. Propos (presque) imaginés par TomJo.

Précaires : le socialisme punitif > Des décennies de précarisation l’ont montré : la gestion capitaliste du chômage et des chômeurs constitue un laboratoire des mutations du salariat. Ou comment le chômage est tout simplement devenu un moment du travail.

En direct de Socialie : Avec des vrais bouts de socialistes dedans > Certains à CQFD sont envoyés en reportage à Istanbul, d’autres en Espagne… Puni, notre Tewfiq a été envoyé en Socialie prendre langue avec des militants du PS. Rencontres avec un permanent, une éco-socialiste et un colleur d’affiches de 1981. Alors, pas trop déçus, les camarades ?

Marseille et Defferre : La clientèle contre la commune > La commune est l’espace premier d’une possible émancipation sociale. La classe politique, de gauche comme de droite, y a toujours cherché un indispensable ancrage local, se muant alors en caste de notables. Bien que singulier, l’exemple marseillais est parlant. Petite histoire d’un socialisme municipal aux multiples clientèles.

Gauche coloniale : Le bon vieux vote des colonies > L’enjeu du vote pied-noir a parfois jeté des passerelles entre parti socialiste et extrême droite, mais Gaston Defferre, Georges Frêche et François Mitterrand ne sont plus là pour en témoigner. Alors, pures manœuvres politiciennes ou vieux fond colonialiste ?

Tonfa socialiste : Sécurité : quand la rose pique les idées de la droite > Alors que le gouvernement use ses rotules en courbettes vers la droite et son arsenal politico-émotionnel, un retour sur les dernières décennies montre que la conversion sécuritaire du PS a déjà soufflé ses vingt bougies. C’est bien connu, pour combattre le FN, il faut s’en inspirer.

Environnement : Moi président, l’écologie, je m’en fous > Le Grenelle de l’Environnement de Nicolas Sarkozy n’a pas réellement dépollué l’air, éclairci l’eau des rivières, régulé le climat, nettoyé les sols, arrêté le nucléaire… Sans surprise, et ce malgré la Cop 21, le Parti socialiste garde le cap. Petit tour d’horizon dans un nuage de dioxine.

Enquêtes et reportages

En bonus : un poster à détacher "la carte de ZAD" de Notre-Dame-Des-Landes ! Par Mano, Pia & les formes vives et Quentin Faucompré.

Par Quentin Faucompré. {JPEG}

Calais : Trois idiots dans la jungle > Un récent rapport étatique consacré à Calais évoquait « un sentiment de grande inquiétude face à la dérive autogestionnaire du bidonville ». Pour qui s’est rendu dans la « jungle » avec des yeux humains, c’est le sentiment inverse qui s’impose. Dans la désolation, ce sont justement les initiatives échappant à l’État qui maintiennent une forme d’espoir. À l’image de cette gargote pakistanaise dressée dans la boue, Les Trois Idiots.

Boulot : Cramés, les salariés ! > Promis à la broyeuse libérale, le droit du travail subit une attaque en règle portée par la ministre El Khomri. Mais avant même que le gros livre rouge ne soit dépiauté, des légions de zélés du turbin finissent cramés par le burn out. Travailleur ou chômeur : le calice jusqu’à la lie tu boiras !

Paysans : Cocus, créateurs et alternatifs > Si la viticulture n’est pas toute l’agriculture, elle en est l’un des bastions les plus avancés donc l’un des plus éclairants. Trois portraits de couples de viticulteurs des côtes-du-rhône, trois visions différentes du métier de paysan.

Guerre : Aux origines du désastre libyen > Un scénar de naïfs : en 2011, les puissances occidentales auraient soutenu les rebelles libyens pour établir la démocratie. Patatras ! De récentes indiscrétions dévoilent des dessous de table peu reluisants.

Bilan : Venezuela irréversible > Après le bilan critique du chavisme dressé par Fabrice Andréani et Marc Saint-Upéry dans CQFD n°139, Jacobo Rivero, journaliste indépendant et ancien correspondant en Europe du canal vénézuélien TeleSur, souligne ici certaines conquêtes durables. Le débat continue…

États-Unis : Le « socialisme » made in Bernie > Rarement, dans l’histoire étasunienne, on aura vu un discours aussi volontariste pour la réduction des inégalités que celui de Bernie Sanders, lors des primaires démocrates pour l’élection présidentielle. Au pays du libéralisme flamboyant, certains Américains seraient-ils soudain touchés par la grâce de la justice sociale ?

Essais nucléaires : Paradis sous les bombes > Des promesses, encore des promesses. Et un sacré foutage de gueule condescendant en prime. Voilà ce qu’a apporté dans ses valises François Hollande, lors de son escale à Tahiti, le 22 février dernier. Pas de quoi faire rire Roland Oldham, président de l’association polynésienne Moruroa e Tatou (« Moruroa et nous ») qui rassemble des victimes des 193 essais nucléaires réalisés par la France de 1966 à 1996 à Moruroa et Fangataufa. En 1966, il manifestait déjà contre « le développement éclatant » pour la Polynésie (dixit de Gaulle) représenté par la bombe atomique. Il avait 16 ans. Cinquante ans après, 540 cancers se déclarent chaque année parmi une population de 260 000 personnes… et combien de mort-nés, de mômes déformés ? Oui, les Polynésiens ont participé au rayonnement de la France. Comme souris de laboratoire. Rappel des faits avec un militant dont la ténacité et la bonne humeur n’abdiquent pas face aux mensonges et aux tumeurs.

Cultures et analyses

Théâtre : « Nous n’avons pas tiré les leçons d’Auschwitz et de La Kolyma. » > L’Espèce humaine est un immense texte publié en 1947. Monologue intérieur relatant l’expérience concentrationnaire de Robert Antelme (1917-1990), il est interprété avec justesse et émotion par la Compagnie Monsieur Madame. Sur scène, dans un décor presque nu, ils sont deux, Maylis Bouffartigue et Diogène Ntarindwa. Puis, quand la parole s’éteint, elle laisse place aux mots du débat, avec l’historien Olivier Lecour Grandmaison. Rencontre avec les trois protagonistes, au terme d’une représentation chez Armand Gatti, à Montreuil.

Medias : Lulu l’Nantais > Le journal satirique nantais, La Lettre à Lulu, a vingt ans. Entretien avec notre complice Nicolas de La Casinière.

Liban, laban et confiture > Rencontre avec Lena Mehrej, de la revue Samandal, basée à Beyrouth

Ma cabane pas au Canada : La batucada des migrants fait guincher les grincheux > Et si l’hospitalité et l’ancrage passaient aussi par le groove d’un samba-reggae bien senti ? À rebours des fatalismes de bon ton, les Marseillais de la batucada Metêketú viennent faire mentir les vérités toutes faites, n’en déplaise à la flicaille embusquée et aux craintifs renfrognés. Musique, ritmistas !

Bouquin : Caryl Férey, Indien du polar > Entre correction d’épreuves et virée en Équateur, Caryl Férey, globe-trotter du roman noir, nous cause de Condor, son nouveau polar à paraître le 17 mars. Fair-play et déconneur, il n’exige pas de relire ses propos : «  Je te fais confiance, hein, tu vas pas raconter que j’appelle à voter Fillon  ?   »


Notes


[1 « Sortir de l’impasse », Le Monde, 24 février 2016.



2 commentaire(s)

Ajouter un commentaire

Par Momo Brücke


Par Jean-Baptiste Legars


Par l’équipe de CQFD


Dans le même numéro


1 | 2

Voir






Spip ø Squelette ø Ce site ø Suivre la vie du site RSS 2.0 ø Naviguer en https ø Soutenir CQFD ø Contacts