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Au sommaire du 137


paru dans CQFD n°137 (novembre 2015), rubrique , par l’équipe de CQFD, illustré par , illustré par
mis en ligne le 06/11/2015 - commentaires

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On écoute l’émission de ce mois de novembre par ici !

Et aussi sur Canal Sud !

En Une : "Le pari municipaliste" par Emilie Seto.

Supplément 12 pages : Au-delà de Podemos : le pari municipaliste

Dossier réalisé par Bruno Le Dantec et Ferdinand Cazalis.

« Ah oui, vous allez rencontrer les mairies Podemos ! », nous disait-on alors que nous préparions notre descente de trois semaines vers le Sud. Barcelone, Madrid, Séville, El Coronil, Puerto Real, Cadix... Les gens rencontrés sur la route nous ont narré leur descente aux enfers, celle d’un rêve espagnol vendu par les banques et les gouvernements successifs qui ont passé les quinze dernières années à creuser la dette publique. Ou comment mettre un peuple à genou par la finance. Comment escamoter le politique au profit de l’économie.

Pendant 30 ans, l’Espagne a vécu bercée par deux songes : le mythe d’une transition démocratique libérée des séquelles du franquisme, alors que la monarchie et les pactes de la Moncloa scellaient le testament politique du vieux dictateur. Et plus tard, le mirage européen qui, en finançant « généreusement » l’intégration de l’Espagne à la modernité libérale, créa l’illusion d’un pays de petits propriétaires voués à la consommation et à l’individualisme. On ouvrait plutôt les vannes d’un affairisme débridé, d’une corruption endémique et d’une bulle immobilière dont la population paie le prix fort aujourd’hui avec cette crise – celle que les plus lucides préfèrent appeler par son vrai nom : une méga-arnaque.

Comme la Grèce, l’Espagne a pris de plein fouet le krach financier de 2008. Les banques, renflouées avec l’argent public, ont fait main basse sur un parc immobilier qui compte aujourd’hui 3 millions de logements vides. Entre 2008 et 2013, 600 000 familles ont été expulsées de leur foyer. L’économie espagnole a détruit 3,5 millions d’emplois et le taux de chômage est passé à 22%. Les salaires, sabrés jusqu’à 20%. Des services publics privatisés – ou privés de moyens, puisqu’il faut bien rembourser la dette… Pour couronner le tout, la loi « Mordaza » votée en 2014 est directement dirigée contre la protestation populaire. Cette loi bâillon permet à la police de sauter l’étape du tribunal et de verbaliser directement (entre 100 € et 600 000 €) les réunions et autres occupations de l’espace public, la résistance à une expulsion ou aux forces de l’ordre, les interventions surprise dans les médias ou les manifestations festives dans les administrations, etc.

Ce tour d’écrou répressif veut en finir avec le temps des mouvements sociaux de grande ampleur, tels que les occupations de place de 2011, les marées sociales contre l’austérité et la privatisation des services publics, les marches pour la dignité, l’encerclement du Congrès en 2012… Après avoir touché le plafond de verre d’institutions sourdes à toute expression politique venant de la rue, les espoirs d’une population excédée se sont portés sur Podemos, un nouveau parti qui monte, guidé par un homme au catogan violet sachant surfer sur le ras-le-bol généralisé contre la « caste » et son bipartisme. Le parti de Pablo Iglesias se fonde sur une base populaire et ses cercles locaux cultivent la démocratie directe. Mais les cadres de Podemos disputent le vrai pouvoir. La cour des grands ou rien. «  Une des principales leçons que nous enseigne Game of Thrones est que, sur le terrain politique, il n’y a jamais de place pour la légitimité de manière seulement abstraite, pour une légitimité qui n’aurait pas vertu à se transformer en pouvoir politique alternatif, et, en ce sens, qui n’a pas vocation à disputer le pouvoir. » (Pablo Iglesias, Les leçons politiques de Game of Thrones, Post-éditions 2015.)

Ainsi, contrairement à ce que supposaient nos ami-e-s avant le voyage, contrairement à la vulgarisation des médias français, Podemos, focalisé sur les législatives du 20 décembre prochain, n’a pas misé sur les élections municipales de mai dernier. Erreur stratégique pour certains. Mains libres pour d’autres, qui ont su lancer un pari municipaliste à partir de leur seule expérience de terrain.

Le 24 mai 2015, des listes de convergence issues des mouvements sociaux, composées de militants de base et de figures d’une société civile désireuse de s’émanciper des politiciens professionnels, ont pris Barcelone, Madrid, Saragosse, Cadix, La Corogne… Sans compter Valencia et Pamplona, aux mains de gauches nationalistes, et des dizaines de localités plus petites. Ce dossier est né de la curiosité, et d’une intuition. Ce qui, contre toute attente, a fait basculer les grandes villes d’Espagne à gauche de la gauche, révèle des enjeux qui dépassent sans doute la ligne des Pyrénées.

Partout où nous sommes passés frémissait comme une remontée de sève du vieil esprit libertaire des années 1930 qui irrigue encore, souterrainement, la conscience collective – la guerre civile en moins. Sans dogmatisme, avec l’envie de trouver des solutions à l’urgence sociale et d’expérimenter de nouvelles formes de fonctionnement collectif, en prise avec des pratiques de transformation sociale. Sans espérances échevelées. Un mouvement lucide sur ses limites, à la fois pragmatique et stratégique.

De la parole directe, des images et des reportages... De quoi partager avec les lectrices et lecteurs de CQFD la révolte, l’émotion et les doutes cueillis en chemin.

Madrid la rouge ? Entre gestion et subversion > Pour Esperanza Aguirre, candidate malheureuse du Partido popular (PP) aux élections municipales de mai 2015, Madrid est tombé aux mains des « rouges », qui vont implanter des soviets dans tous les districts. « Elle n’est pas con, Esperanza, c’est exactement ce que nous voulons faire ! », goguenardise Pablo Carmona, activiste aujourd’hui en poste à la mairie. Des « rouges » qui, comme en 1936, vont « incendier les églises et violer les bonnes sœurs », selon le tweet d’une députée de Valencia le soir des élections municipales de mai dernier. Où en est-on cent jours plus tard ?

« Prolonger la colère de la rue » : Entretien avec Carlos Macías, porte-parole de la PAH de Barcelone > Sous ses lunettes et barbe fine, le visage souriant de Carlos a longtemps voyagé en Amérique latine, rapportant dans les valises de ses yeux une expérience de révolutionnaire avisé. Il retrace l’histoire des Plataformas de afectados por la hipoteca (PAH) luttant contre le système inique des hypothèques et expulsions.

Apoyo Mutuo : Les assemblées ouvertes de la PAH de Vallecas > Après plus d’un demi-million d’expulsions locatives et hypothécaires en cinq ans, la question du logement en Espagne est brûlante. La Plataforma de afectados por la hipoteca (PAH), avec ses 240 regroupements, est devenue un puissant mouvement populaire, riche en expériences. Impressionné, CQFD a assisté à une assemblée de la PAH de Vallecas, l’un des districts les plus pauvres et turbulents de Madrid.

« Tout espace de lutte est aussi un espace de débat » : Entretien avec Mayte Sánchez, première adjointe au maire de Puerto Real. > À 31 ans, Mayte est déléguée au logement social et à la participation citoyenne à la mairie de Puerto Real, ville ouvrière de 40 000 âmes dans la baie de Cadix. Elle raconte comment un ancien fief du Parti communiste voué à la construction navale et aéronautique a basculé vers l’hypothèse Podemos.

La mairie des sans-terre > Si les yeux sont le miroir de l’âme, le paysage reflète l’histoire d’un pays. Celui qu’on traverse entre Séville et El Coronil en dit long sur la structure sociale de la région. Depuis la Reconquista, la monoculture latifundiaire règne ici en maître, pour les siècles des siècles. Et ce ne sont pas les quarante ans de pouvoir sans partage du PSOE en Andalousie qui y auront changé grand-chose. De loin en loin, un bourg apparaît, comme un mirage surgi de nulle part. C’est là où se concentre le peuple sans terre, là où le latifundio vient puiser la main-d’œuvre dont il a – de moins en moins – besoin.

L’agora des 100 jours > Cadix. Un port vieux de 3000 ans dont l’imaginaire tourne plus volontiers autour du carnaval que des processions de Semana santa – et où entre ami-e-s on aime à s’appeler « ma foufounette » ou « petite bite folle » –, ne peut que réserver quelques bonnes surprises. En juin, après vingt ans de gouvernement municipal conservateur, une liste apparentée Podemos, Por Cádiz sí se puede, a raflé la mairie de cette ville de 150 000 âmes avec un taux de chômage de 42%.

Corrala la bahía > « Nous étions quatre familles de Cadix qui venions d’être expulsées. On a ouvert la Corrala La Bahía le 10 janvier 2015. J’ai été la première, l’instigatrice de tout ça ! », lance Stefania avec fierté. Jeune fille au look très quartier, elle a le parler clair, comme qui monte au combat par la force des choses. Elle nous reçoit dans sa mini-boutique de toilettage pour chiens. Comme beaucoup, même avec un emploi, elle ne peut faire face aux factures et au loyer.

La Maison du Peuple > Filiale de General Motors (GM) dans la baie de Cadix, Delphi fabriquait des composants d’automotion – amortisseurs, systèmes de direction et roulements à billes. Puis GM l’a bradé et l’usine a périclité. « Nous étions près de 2 000 ouvriers, se souvient José María. Si on compte les boîtes de sous-traitance, la fermeture de Delphi a affecté près de 4 000 familles. » Huit ans après la fermeture de leur usine, 500 ex-Delphi sont encore sur le carreau, spoliés de leur indemnité de licenciement et abreuvés de promesses par leurs syndicats et le gouvernement régional, qui ont fait de leur malheur un business.

« La politique se fabrique en dehors de l’institution » > Entretien avec Pablo Carmona, conseiller municipal de Madrid > Pablo est correcteur dans l’édition, il a longtemps participé à l’équipe de distribution de livres de Traficantes de Sueños – librairie, centre de formation et maison d’édition – qui plonge ses racines dans l’autonomie radicale des années 1980 et a aujourd’hui pignon sur rue. Il a participé à Ganemos Madrid, l’une des composantes d’Ahora Madrid, la liste qui a pris la mairie de Madrid autour de Manuela Carmena. Il est à présent en charge de deux arrondissements huppés, Salamanca et Moratalaz.

L’invasion des terrasses volantes : Airbnb contre Barcelone > Les 7,5 millions de touristes visitant chaque année Barcelone semblent un cadeau tombé du ciel par avions low-cost pour l’économie locale. Comment la nouvelle mairie combat-elle la « touristification », qui pousse les habitants à abandonner leur vie de quartier aux promoteurs et à la frénésie locative des usagers d’Airbnb ?

« Prendre d’assaut la terre » : Entretien avec Jacobo Rivero, journaliste indépendant à Madrid > Jacobo a publié aussi bien dans l’institutionnel El País que dans l’indépendant Diagonal. Il a été correspondant de la télévision vénézuélienne TeleSur, a publié un livre sur le basket-ball, un autre sur Podemos. La nouvelle mairie de Madrid vient de l’embaucher pour relancer une radio locale. Rencontre hydratée au gin-tonic sur son balcon du quartier populeux de Lavapiés.

Par Negrescolor. {JPEG}

Enquêtes et reportages

Réfugiés : Au Vigan, on attend… > Le 25 juin, la municipalité du Vigan décide d’accueillir des familles syriennes. Fin octobre, malgré les belles paroles du gouvernement, elles ne sont toujours pas installées. Attendrait-on que soient passées les élections régionales ?

Faux débats : Démocratie participative à la sauce nantaise > Échaudée par la contestation autour du projet d’aéroport de Notre-Dames-des-Landes, Johanna Rolland, la nouvelle maire de Nantes, a promis d’organiser une série de grands débats citoyens tout au long de son mandat. Le premier d’entre eux, intitulé « Nantes, la Loire et nous », avait comme but implicite de faire passer le projet d’un nouveau pont enjambant la Loire. Récit de la « grande Journée citoyenne » qui clôturait ce premier « débat » au pays de la Com’ où la « parole citoyenne » sait enfin s’accorder avec celle des pouvoirs en place.

Nucléaire : Et l’atome sauva le climat > Contenir le réchauffement climatique sous la barre des 2%, tel est le défi. Face aux appétits des industriels de l’éolien et du solaire, les promoteurs du nucléaire entendent bien jouer fortissimo leur partition bas-carbonée. Florilège recueilli à l’ombre du panache d’un champignon atomique.

Turquie : Fièvre ottomane, fictions nationales > Depuis sa formation, l’État turc ne cesse d’étoffer ses principes nationalistes  : à l’indivisibilité de la nation s’adjoignent désormais le ciment idéologique du sunnisme et la réactivation d’un passé ottoman mythifié. Alors qu’un conflit ouvert est en cours entre le gouvernement turc et le mouvement kurde, fantasme d’unité nationale et résistance à l’hégémonie culturelle s’expriment à travers les enjeux linguistiques, au cœur des luttes politiques.

Je reviens de l’usine : Un nouveau plan de casse > Jeudi 8 octobre, journée nationale d’action interprofessionnelle et intersyndicale. Au Havre, ce matin, le port et la ville sont complètement bloqués par les manifestants.

Surveillance politique : L’école Montessori espionnait les anars ! > Dans une indifférence quasi générale, une bibliothèque anarchiste est mise sous surveillance depuis les locaux d’une école. La NSA ? Les services nord coréens ? Le FSB russe ? Non pas, plutôt de mystérieux barbouzes made in France aidés par des pédagogues bobos.

Etude de CAF : Avis de gros temps sur les mères isolées > Le charcutage des aides personnalisées au logement (APL) va permettre à l’état d’économiser 225 millions d’euros en 2016. Ce n’est pas cher payer le plaisir de mettre les pauvres un peu plus sur la paille. Et ce sont surtout les mères isolées qui vont morfler. Témoignage.

Lectures et cultures

Philo : Lordon’s calling > Dans son essai sur l’état, Imperium. Structures et affects des corps politiques (éditions La Fabrique, septembre 2015), Frédéric Lordon affirme que « la seule force est celle du vertical » et que « le bout de l’émancipation vraie est loin » et « même inatteignable », avant de convenir, en citant Beckett, qu’il faut pourtant garder le cap : « essayer encore, rater encore, rater mieux ». Le philosophe Renaud Garcia nous propose une recension critique de l’ouvrage d’un point de vue anarchiste.

Entretien : La fabrique du théâtre > Spécialiste de la Révolution française, maître de conférences à la Sorbonne, Guillaume Mazeau est l’auteur de l’époustouflant Bain de l’histoire. Charlotte Corday et l’attentat contre Marat (Champ Vallon, 2009). Il vient de consacrer 18 mois à l’élaboration de la pièce Ça ira. Fin de Louis, avec Joël Pommerat, l’un des poids lourds du théâtre français.



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