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Air France : Sous la chemise, le foutage de gueule


paru dans CQFD n°139 (janvier 2016), rubrique , par Jean-Baptiste Legars
mis en ligne le 21/03/2018 - commentaires

On les aurait presque oubliés, après les attentats et les régionales, les cinq d’Air France virés à cause d’un incident vestimentaire. Comme on aurait tendance à oublier ce que cette compagnie aérienne fait sur ses salariés depuis très très haut.

« Je vais bien. » Non, ce n’est pas une nouvelle marque de chemise, mais bien les propos tenus par Xavier Broseta, directeur des ressources humaines (DRH) d’Air France, dans un reportage diffusé le 3 décembre sur France 2, dans l’émission « Complément d’enquête ». « Je vais bien, déclarait donc celui qui, le 5 octobre dernier, escaladait un grillage torse nu suite à une action syndicale des salariés d’Air France. J’ai la chance d’être très bien entouré, cela m’a beaucoup aidé à ne pas descendre la pente. »

De la chance, les cinq salariés de la compagnie accusés de l’avoir agressé physiquement n’en ont pas eu beaucoup. Quatre d’entre eux ont été licenciés. Le cinquième, représentant du personnel, est en attente d’un rapport de l’inspection du travail. Mais l’on ne donne pas cher de son poste. Contacté quelques jours avant Noël, Yves Porte, secrétaire adjoint CGT d’Air France Cargo, nous confie : « Il y a de l’incompréhension. On est à la veille des fêtes, et ils n’ont pas le moral. Ils se font licencier pour faute lourde, sans autres indemnités que quelques centaines d’euros. Or, ils ont 15 ou 25 ans de boîte ! Certains ont plus de 50 ans, d’autres ont des enfants en bas âge. La sanction semble disproportionnée. » Surtout si l’on en croit Xavier Broseta, toujours dans l’émission diffusée sur France 2 :« On me dit que les images sont très violentes mais moi, sur le moment, franchement, je n’ai pas ressenti de peur, et pas non plus de sentiment de menace par rapport à mon intégrité physique. » Le syndicaliste complète les propos de son DRH : « Sur les vidéos, on voit beaucoup de bousculade, mais pas de coup de poing, pas de gifle. À un moment donné, on voit juste une main qui se pose sur une épaule. »

Qu’importe. Ce sera la porte. Même si ce déshabillage en règle a eu lieu lors d’une action syndicale qui n’est pas tombée du ciel tel un vulgaire Airbus A320 dans les Alpes-de-Haute-Provence. Le 5 octobre, les salariés d’Air France manifestaient en marge d’un comité central d’entreprise après l’annonce d’une restructuration menaçant jusqu’à 2 900 emplois. Or, ils venaient de consentir, à travers le plan Transform 2015 lancé en 2012, à trois ans de gel des salaires, de perte de jours de repos, et la suppression de plus de 5 500 postes sous forme de départs volontaires et de départs à la retraite non remplacés. Et au moment où est promise la nouvelle charrette, le groupe Air France-KLM annonce 480 millions d’euros de bénéfice pour le troisième trimestre 2015, contre 86 millions un an plus tôt. Bref, de quoi énerver des salariés qui se font essorer depuis des années. Même un socialiste pourrait comprendre ça, non ?

Eh bien non. Le Premier ministre Manuel Valls déclarait, le 6 octobre dernier : «  Ces agissements sont l’œuvre de voyous ». Dans la vraie vie, ces « voyous », on appelle ça des gens en colère. Et un jour, peut-être bien qu’ils vous les feront bouffer, vos chemises.



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Par Jean-Baptiste Legars


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