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22, v’la la presse !


paru dans CQFD n°87 (mars 2011), rubrique , par Marie-Anne Boutoleau
mis en ligne le 09/05/2011 - commentaires

À Belleville, les biffins et leurs « marchés de la misère » sont les nouvelles proies de la chasse aux pauvres. Une fringante « brigade spéciale de terrain » de la police nationale quadrille désormais le quartier. Avec, en renfort, les quotidiens parisiens.

Belleville. Ce quartier populaire de Paris, qui abrite l’un des principaux marchés de chiffonniers de la capitale, est de plus en plus prisé par les veinards pouvant présenter de belles fiches de paye. Comme d’ordinaire dans ce cas, leur arrivée s’accompagne d’opérations visant à chasser les plus gueux. En janvier dernier, une nouvelle étape a été franchie avec la création d’une « brigade spéciale de terrain » de la police nationale. Désormais, la bleusaille, accompagnée de supplétifs municipaux, quadrille le quartier pour mettre fin aux « marchés de la misère ».

Une campagne de presse, illustrée de jolies photos, a escorté l’arrivée de ces nouveaux képis chasse-misère : « Nom de code : BST, pour brigade spécialisée de terrain de Belleville. Le préfet de police de Paris a annoncé hier la création de cette unité de police et son entrée en fonction dès lundi », claironnait Le Parisien dans son édition du 22 janvier dernier. En février, ce sont les gratuits 20 Minutes et Direct Matin qui bombardent l’évènement en une.

« Nous sommes bien conscients de la dimension sociale des marchés de la misère, concédaient les élus du Xe et du XIe arrondissement dans Le Parisien du 20 janvier. Mais, dans l’immédiat, notre priorité, c’est de libérer l’espace occupé par le marché sauvage. » Au journaliste, plus lèche-cul que fouille-merde, de conclure que « la solution viendra peut-être de la BST du bas-Belleville que la préfecture de police va mettre en place. »

Le 24 janvier, le jour de la première patrouille, Patrick Bloche, le maire socialiste du XIe arrondissement, soutient dans 20 Minutes que les pauvres sont ravis d’être expulsés : « La population de Belleville, qui est déjà précarisée, a parfois le sentiment d’être délaissée, abandonnée. La visibilité de cette brigade sera déterminante pour améliorer la qualité de vie dans le quartier. »

Quelques jours après la mise en place de la brigade, les journalistes du Parisien (20/02/11) et de 20 Minutes (11/02/11) retournent sur le terrain. Tout en flagornerie, le quotidien du groupe Amaury tresse des colliers de fleurs à la gent policière : « La nouvelle brigade […] était en effet très attendue par les habitants [Ha ?] et les élus des environs du carrefour Belleville. » Les deux journaux citent les mêmes propos du préfet, pour qui ses troupes doivent « établir un contact plus affirmé avec la population. » Cependant, le brave homme semble un peu honteux : « Notre but n’est pas de devenir une brigade anti-vente à la sauvette », explique-t-il, tout en soulignant que « ce sera bien évidemment une de nos priorités. »

Trop occupé à avaler les couleuvres préfectorales, Le Parisien peine à percevoir l’efficacité toute relative de la présence policière : « À la sortie du métro, les hommes de la BST pressent les derniers vendeurs de partir. Menace de contrôles, éclats de voix, cohue et confusion… L’ambiance est électrique, mais le carrefour Belleville finira par s’éclaircir. Le marché de la misère se reformera quelques minutes plus tard un peu plus loin. “C’est vrai que ça ne fait que déplacer les problèmes. Mais au moins… plus devant chez nous” », commente un riverain satisfait.

Si son confrère sert la soupe, 20 Minutes se veut légèrement plus ironique : « Les Bellevillois n’avaient jamais vu autant de bleu dans la rue », note-t-il, n’hésitant pas à écrire que cette nouvelle brigade « se veut plus musclée » que l’Unité territoriale de quartier (Uteq) qui l’a précédée. Au détour d’un verbe, le quotidien gratuit doute même de la performance du dispositif : « Des rondes quotidiennes censées affirmer une présence policière forte, endiguer le phénomène des marchés à la sauvette et lutter contre les trafics. » Et même s’il ne peut s’empêcher de conclure sur une agression de policiers à Asnières-Gennevilliers – qui subit la même expérience –, le quotidien donne aussi la parole aux biffins et à une habitante les soutenant, ce que son collègue payant se garde bien de faire. Alors, à quoi bon payer pour cette presse-là ?



3 commentaire(s)
  • Le 9 mai 2011 à 22h41, par Matthieu -

    Bonjour,

    Je ne comprends pas bien le sens de votre article. Le Parisien et 20 minutes ne sont pas des journaux et ce n’est pas nouveau.

    Par contre j’aurai attendu de vous une analyse remontant un peu le niveau sur la situation des biffins de Belleville.

    Votre article n’apporte rien. Je pense même qu’il dessert ce pour quoi vous entendez lutter en présentant (comme le Parisien et 20 minutes) une vision caricaturale et parcellaire de la situation du quartier.

    Cordialement

    Un habitant "veinard" du quartier

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  • Le 22 mai 2011 à 14h42 -

    A couronnes, a deux pas de belleville, nous étions un peu protégé.oh si peu ! un peu moins d’agression qu’a belleville a quelques centaines de metres,un peu moins de saleté.bref on respirait en tant qu’habitant du quartier un peu mieux.

    Nous sommes tous conscients que nous ne vivons pas dans l’ouest parisien ! là ou un tel marché ne tiendrait pas une heure ! les forces de l’ordre interviendraient et de toute facon la misere attirant la misere, ce type de marché ne s’installe pas donc naturellement dans le 16e arrt !

    nous ne vivons pas dans l’ouest parisien ! nous sommes tolérants ,voire amoureux de ces quartiers populaires et vivants...

    Mais la c’est trop ! Medecin dans ce quartier ,je m’en vais.Ailleurs plus loin car ce que je vois de mes fenetres est intolérable et il ne m’appartient pas de supporter toutes les insuffisances de notre société !! un médecin part , puis plus tard des commercants et des habitants... Pourtant il y a du travail pour des médecins ,des commercants...il ne s’agit pas de celà. Mais travailler dans la saleté,la pollution visuelle et sonore,l’insécurité grandissante que l’insuffisance de nos gouvernants apporte .Assez ! ne pouvant rien faire pour changer la done.....je me casse !!!!!!

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    • Le 26 mai 2011 à 13h50 -

      Vous avez raison ! Cassez-vous !!! Pas de quartiers pour les fachos qui ne supportent pas la pollution visuelle, sonore... Nous pensons que les gens de votre genre ont surtout peur des différent-E-s. Si l’élite de votre classe n’est pas capable de comprendre la politique taciturne que vivent les exclus, vous n’avez rien d’une élite pensante, parce que "médecin". Ne vous laissez pas corrompre par la peur qu’on tente de vous mâcher, regardez moins la télé et les torchons gratuits. Vous comprendrez peut-être que les plus pauvres ne l’ont pas choisi, mais subissent une illégalité et une inégalité grandissantes ! Quittez les pauvres pour les moins démuni-E-s vous vous en porterez mieux et laissez-nous nous organiser plutôt que de nous imposer vos lois.

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