CQFD

Il y a les historiens de garde, qui s’agrippent à une vision rance du passé, grouillant de Gaulois belliqueux et de Mérovingiens bon teint, servant ainsi un pouvoir figé, conservateur. Et il y a ceux qui cherchent dans les chapitres précédents des possibilités émancipatrices, à même de nourrir les luttes sociales [3]. Samuel Hayat est de ceux-là, lui qui a fourni sur les Gilets jaunes des textes bigrement éclairants [4]. Spécialiste des révolutions du XIXe siècle, il trace ici quelques pistes d’analyse, entre passé brûlant et présent jaune.

Par Martin Barzilai {JPEG}

Cet entretien est la version allongée d’une interview publiée dans le numéro 176 de CQFD, en kiosques jusqu’au jeudi 6 juin.

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Dans un texte publié sur Lundi matin  [1], vous présentez le mouvement des Gilets jaunes comme guidé par une aspiration démocratique similaire à celle qui avait animé des insurrections comme celles de 1848 ou 1871. Or ce n’est pas vraiment ce qui est mis en avant par les médias ou le pouvoir…

« Il n’y a rien de nouveau à voir les autorités nier le sens politique d’un soulèvement populaire. En juin 1848, le président de l’Assemblée décrit les insurgés comme voulant “l’anarchie, l’incendie, le pillage”. La Commune de Paris, en 1871, donne lieu à maintes descriptions de la (...)



Par Lasserpe {JPEG}



Dossier « Rap » - Introduction
Rap’s not dead

paru dans CQFD n°176 (mai 2019), par Cécile Kiefer, Emilien Bernard

Wesh, le crew du Chien rouge, avouez que ça vous coupe la chique, hein ? Un dossier rap dans CQFD, c’est pas exactement ce à quoi on vous a habitués. D’habitude on cause plus mouvements sociaux. Ou répression. Ou cavaliers de l’apocalypse. Et puis, la bande-son du Chien rouge, à la base, ce serait plus le punk, le garage, voire le blues ou le reggae. Mais faut pas croire : on garde aussi le doigt posé sur le pouls musical de l’époque. Et certain(e) s d’entre nous ont les oreilles emplies de hip-hop old-school ou de détonations rap contemporaines. L’idée d’un dossier sur la musique qui a envahi la planète façon Panzer, ça nous trottait donc dans la tête depuis un moment. Fallait juste le faire à notre sauce.

Par Julien Loïs {JPEG}

Ce qu’on questionne dans les pages qui suivent, c’est d’abord notre rapport ambivalent à une culture pleine de paradoxes, à la fois plus vivante que jamais et muséifiée, sociale-traître et émancipatrice, capable de nous arracher aussi bien des soupirs exaspérés (Maître Gims, cette plaie) que des enthousiasmes primaires, de ceux qui te font hocher la tête comme un adolescent quand tu découvres un son qui tue – une envolée chelou du daron Disiz La Peste, un flow anti-système du chantre des PMU parigots Hugo TSR, un vieil album retrouvé du Wu-Tang Clan ou le tube absolu de Soolking, Guérilla, au refrain chair de poule – « Je chante l’amour au milieu de cette guérilla, parce que je t’aimerai pour toujours mon Algéria ».

Et comme on clapote à Marseille, entre ciment et belle étoile, on connaît les pouvoirs magiques du rap en matière de réveil de l’apathie. Ici ont poussé les mauvaises herbes IAM et Fonky Family, jalons essentiels du rap hexagonal, engagés, remuants, dérangeants, agissants. Puis d’autres qui l’ont perpétué, frontalement, avec Keny Arkana en première ligne, môme star du coin (...)




Quelques grandes têtes sont tombées, mais le « système » algérien s’accroche. Alors, malgré le départ de Bouteflika et l’annonce d’élections en juillet, les rues ne désemplissent pas, portées par l’espoir que le surgissement du 22 février mène à de véritables changements.

Photo Nadjib Bouznad {JPEG}

« Quand ça s’installe dans la durée, les médias s’ennuient. » Voilà ce qu’a répondu Hacen Ouali, journaliste à El Watan, quand nous lui avons demandé pourquoi l’Algérie avait quasiment disparu des radars médiatiques français. Alors, quoi de neuf depuis notre dossier du mois dernier ?

Résumons rapidement les événements d’avril : (...)


Mobilisation écolo en Bretagne
À Landivisiau, ça gaze aussi très bien

paru dans CQFD n°174 (mars 2019), par Michel

Fin 2018, près de Landivisiau (Finistère), lorsqu’il a été officiellement annoncé, pour la énième fois, que les travaux de la future centrale à gaz (lire « Gaz à tous les étages », CQFD n° 161) débuteraient bientôt, personne ne s’est alarmé plus que ça. Mais fin janvier, deux ouvriers et une pelleteuse sont apparus sur le site (...)


À Marseille, il fut un temps où Juliette, Éliane, Nicole et Monique se baignaient dans la rivière du Jarret à côté de l’usine de soufre. Il fut un temps où l’on ramassait la salade à deux pas de Menpenti, un temps où le foyer populaire fut racheté par des communistes pour en faire un dispensaire gratuit, une bibliothèque, un bistrot, un lieu de vie.

La Une du n°148 de CQFD {JPEG}

Marseille, 1936, rue Brandis. Un bar est racheté par une poignée de militants communistes après les longues grèves du mois de juin. Un bar mais aussi un centre social organisé autour du Parti. En 1948, ce sont pas moins de 39 bars qui seront tenus par les communistes de Marseille. Si l’on est un bon communiste, gare aux tournées.

80 ans (...)


La « praxis vitale » selon Garcia
Penser avec sa chair

paru dans CQFD n°165 (mai 2018), par Sébastien Navarro

Retour sur le dernier livre du philosophe Renaud Garcia, Le Sens des limites – Contre l’abstraction capitaliste.

La couverture du livre "Le sens des limites – Contre l'abstraction capitaliste" de Renaud Garcia {JPEG}

Le monde est plat. Largeur, longueur et basta. Exit la 3D, les reliefs et les couleurs. Nous sommes tous des triangles, des carrés et des cercles. On nous a géométrisé la gueule. Ça s’est passé à la fin du siècle d’avant. En 1884, le professeur et théologien anglais Edwin A. Abbott publie Flatland, texte allégorique qui lui permet (...)


Contre le sexisme et l’homophobie dans le rap, un combat de fond
Nique le patriaRAPcat

paru dans CQFD n°176 (mai 2019), par K. Pils, illustré par

Rien d’un scoop : le sexisme et l’homophobie sont partout. Et le rap est très loin d’y échapper, ce que nous rappellent à longueur de journée des médias ravis de défourailler contre les banlieues. Alors plutôt que de ressasser des punchlines sexistes de rappeurs, on voudrait donner la parole à celles et ceux qui proposent un autre son de cloche.

Par Clé {JPEG}

C’est posé comme une évidence : ouais, le rap est une musique à part. C’est comme ça. C’est violent. C’est provoc’. Donc c’est sexiste.

Par exemple, le 1er mars dernier à Marseille, à la Dar Lamifa (bar associatif), un groupe de rap local a été sorti de scène après avoir tenu des propos sexistes et homophobes. Et ça n’a (...)


Demain comme aujourd’hui, le travail demeurera une centralité dans nos existences. Coercitif ou librement consenti, aliénant ou gratifiant, le chagrin continuera de charpenter le socle de notre vie commune. Parce que le futur est déjà à notre porte, CQFD vous propose trois envolées dystopiques.

D.R. {JPEG}

Walter Benjamin a eu cette formule : « Il faut organiser le pessimisme. »
Nous y sommes.

Et le monde devint machine

Les injonctions au plein-emploi résonnent encore alors même que le travail est mort. Politicards et économistes ont tout fait pour conserver ce mythe malgré la robotisation. Aujourd’hui, on ne travaille plus, on veille les (...)



Le petit bouquin d’une correctrice du Monde nous plonge dans les affres de l’orthographe. Et le pire, c’est qu’on y prend plaisir.

La couverture du livre "Au bonheur des fautes – Confessions d'une dompteuse de mots" de Muriel Gilbert {JPEG}

L’orthographe, nous ne l’aimions pas. Pas plus qu’elle ne nous appréciait. Jusqu’au jour où on s’est mis à publier ce journal. Si, depuis, la grammaire, la syntaxe et la typographie ne nous chérissent guère davantage, nous prenons un réel plaisir à les triturer. Jouer au correcteur, sans en avoir les compétences…

Muriel (...)


Témoignage d’un natif de Saint-Nazaire, Donato, qui a fait son initiation politique, entre autres, au tournant des années 1960 et 1970, dans un climat enthousiasmant de convergence des luttes. À méditer...

La Une du n°165 de CQFD, illustrée par Cécile Kiefer {JPEG}

Par quelle porte dérobée es-tu entré dans les événements de Mai 68 ?

« En 1967, j’ai 16 ans et demi et je me fais virer du lycée à Saint-Nazaire [Loire-Atlantique]. Des forces obscures décident de m’expédier à la campagne dans un internat à poigne, à Savenay. Mal leur en prend. Quand ça démarre, je me retrouve en position (...)


Kurdistan irakien
Maxmur, les semences de l’autonomie

paru dans CQFD n°147 (octobre 2016), par Loez, illustré par

Chassés dans les années 1990 de leurs villages de Turquie par la répression militaire, des dizaines de milliers de Kurdes s’exilèrent au nord de l’Irak. Sous la pression des Nations unies, Saddam Hussein leur octroya le camp de Maxmur dans un environnement hostile, pensant sans doute que les réfugiés n’y feraient pas de vieux os. Mais c’était sans compter sur leur ténacité. Reportage dans ce laboratoire politique et social sous l’égide du PKK.

Maxmur, Irak. Hussein dans la serre où les plantes souffrent du manque d'eau. Photo Loez {JPEG}

Un vent brûlant soulève des nuages de poussière en cette fin de juillet 2016. En pleine journée, le thermomètre grimpe jusqu’à 50°. En voyant les collines rocailleuses, arides et nues entourant le camp, on pourrait ajouter « soleil » et « sable » aux trois S, « stones, snakes and scorpions » [« pierres, serpents et scorpions »], qui (...)