CQFD

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CQFD parle dans le poste radio au cours de l’émission "Presse Libérée" tous les deuxièmes mardis du mois de 11h30 à 13h en direct sur Radio Galère, rediffusé tous les deuxièmes vendredis du mois de 12h30 à 14h sur Radio Zinzine..

En Une : "La croissance repart !" de Sirou.

Le dossier : « Ne plus rien attendre de l’État ? »

« Dans un monde aujourd’hui insupportable et qui, bientôt, le sera bien plus encore, il est temps pour chacun de se prendre en main, sans attendre indéfiniment des solutions miraculeuses », professe Jacques Attali dans son dernier opus, en vente dans tous les halls de gare. Il y encourage ses contemporains à « ne plus rien attendre de l’État ». Plutôt cocasse de la part d’un type qui vit pendu depuis trois décennies au croupion de ce même État en tant que conseiller des princes.

Derrière le discours néolibéral sur l’indispensable désengagement de l’État se cache une relation incestueuse entre la puissance publique et les intérêts privés. On a affaire là à un Janus hypocrite – ou schizo… D’un côté il organise l’auto-sabordage, puis la privatisation de ses services publics – la Poste, la santé, l’éducation, Pôle emploi… –, et de l’autre il n’hésite pas à renflouer, en 2008, les banques spéculatives – juste après avoir clamé que ses caisses étaient vides ! Cette apparente contradiction peut-elle être rectifiée de l’intérieur ? Peut-on espérer, en votant Syriza, Podemos, Die Linke ou Front de gauche, revenir à un supposé âge d’or du capitalisme industriel, quand la finance était au service de la production et pas le contraire ?

Rappelons que l’appareil étatique n’a jamais été une entité philanthropique servant d’arbitre entre le fort et le faible. Lorsqu’au XIXe siècle il dote le territoire d’un dense réseau de chemin de fer, c’est que le capital a besoin de transporter matières premières et produits manufacturés. Lorsqu’il instaure l’éducation gratuite et obligatoire, le patronat est friand de personnel compétent. Lorsque Keynes prône une (relative) répartition des richesses, il se trouve que le marché a besoin de nouveaux consommateurs. Et lorsque aujourd’hui le Léviathan s’auto-démantèle, c’est parce que la concurrence exacerbée du marché mondial exige la privatisation des services. Dans chacune de ces étapes, il est en adéquation avec les besoins de l’économie. L’État régulateur de Keynes, tout comme la planification soviétique, n’a été qu’un moment du capitalisme.

Lutter contre la grande braderie des acquis sociaux et des services publics est bien sûr légitime, mais sauf à croire qu’un retour aux Trente Glorieuses est possible – et souhaitable ? –, on est en droit de critiquer les effets pernicieux de ce paternalisme. On serait bien avisé, sauf à rêver d’un salaire universel administré par un nouvel État « total » – l’État jusque dans la soupe ! –, d’imaginer une vie ailleurs.

« Dans les démocraties, les citoyens […] sont consommateurs égoïstes de services publics qu’ils ne songent plus eux-mêmes à rendre aux autres. […] Je nomme ces gens – largement majoritaires, et pas seulement au sein des démocraties – les “résignés-réclamants”. Résignés à ne pas choisir leur vie ; réclamant quelques compensations à leur servitude. »

Dans la bouche d’un grand valet de l’État comme Attali, ce constat plein de mépris n’est bien sûr qu’une énième couche de mélasse sur la tartine ultra-libérale. Néanmoins, une fois écarté le baratin égocentré du coach sarko-mitterrandien, il faut reconnaître qu’il y a du vrai là-dedans. Partout où l’État a mis les mains, la société a perdu en culture de l’entraide et en liberté de manœuvre. Partout où l’État avance, la société civile recule. En France, l’administration, qui a servi de modèle à la bureaucratie soviétique comme au parti d’État mexicain, a tendance à investir toute la vie sociale, jusque dans la gestion des grandes émotions collectives (« Je suis Charlie »). Quel secteur économique n’est pas branché sur ses mannes ? Presse, agriculture, industrie, secteur associatif et culturel… L’État règne partout, et jusque dans les têtes. Là où plus au sud la densité des liens sociaux est la condition indispensable à la survie de chacun, ici, l’individu établit une relation solitaire avec l’administration : qui pour obtenir une subvention, qui pour le RSA, les APL, l’ASS, la CAF, la prime agricole, un emploi aidé… Est-ce un hasard si les Français sont champions de la consommation d’antidépresseurs remboursés par la Sécu ? Demandez aux (...)



Par Nicolas de la Casinière. {PNG}



Ce matin deux jeunes Grecs complètement anarchistes se sont introduits dans nos locaux où pour une fois nous étions bien cinq à « travailler ». On a discuté dans notre meilleur anglo-marseillais avant d’échafauder de belles sympathies envers Diane et Theodore qui voyagent à moto vers le pays de Podemos. À Belsunce, on s’est offert un copieux couscous (3 euros la gamelle). Coincés entre le mur d’Hadrien, un maquettiste offert par la revue Z, qui attend son assiette, et le reste de la troupe, les Grecs nous ont raconté leur pays. Theodore, avec sa tête de pâtre grec (véridique), parle comme une mitraillette et évoque les milliers de manifestants sur les places, les policiers qui chargent avec les gaz et les canons à eau ; à ses côtés, Diane essaie de tempérer son compagnon qui dévore son assiette. Ils ont faim, les Grecs ! Comme explique Diane, Syriza n’a pas encore fait ce qu’il n’avait pas dit qu’il ferait. Compris ? En gros la rue est heureuse, débarrassée des salauds qui ont vendu le pays, Samaras et consorts. Mieux, d’après Theodore, Varoufakis, le tonitruant ministre des Finances, est un type qui, il y a trois mois encore, avait les lunettes plongées dans des théories sur Keynes et ne se mêlait pas de politique. Syriza l’a appelé. Il a répondu : «  Imasté Dio, Imasté tris » (« Nous sommes deux, avec Tsipras, nous sommes trois… » [1]). Comme le dit Theodore, les flics ne sont plus surarmés comme pendant les dernières années. C’est que Syriza ne craint pas encore le peuple, alors ? Ah, ça y est, Hadrien a eu son couscous. Pas trop tôt ! Car, comme le dit toujours notre Matéo qu’on a envoyé spécialement enquêter au Kurdistan : « Vide ton assiette car on t’attend à la maquette ! »

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Keuwah ? Vous ignorez tout du cinéma jamaïcain ? Des punks iraniens, pakistanais ou birmans ? Du western Zapata ? De la littérature skinhead de Stewart Home ? Des films de série Z aux héroïnes crypto-féministes ? De la Black panther culture ? Des bouquins de S. F. érotiques ? Et les noms de Don Letts, Derrick Morgan, Rico Rodriguez, The Stalin ou The Slits ne vous évoquent strictement rien ?

Ok, inutile de continuer ce petit jeu de name dropping jusqu’à ce qu’une petite lueur s’éclaire enfin au fond de vos yeux, on a compris, vous ne lisez pas ChériBibi tout simplement ! Or à ChériBibi, « c’est la marge qui tient les pages (Godard) », sans pour autant que ces pages soient réservées à une poignée d’happy few férus de cultures alternatives. Menée depuis 2007 de main de (sans dieu ni) maître par deux fanatiques des mauvais genres, la revue, « paraissant approximativement tous les 6 mois » (hum  ! voir un peu plus), et tirée à 3 000 exemplaires, a pour principe de vouloir « causer de trucs plutôt méprisés par l’intelligentsia “militante”, de redorer le blason d’œuvres “populaires”  », et « permettre à tout un chacun de prendre conscience qu’il est l’acteur de sa propre culture ». Rencontre avec le rude boy Daniel Paris-Clavel dans son fief d’Ivry-sur-Seine.

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CQFD  : Alors le scoop du dernier ChériBibi c’est une interview de Gainsbourg… Où as-tu déterré ça ?

Daniel Paris-Clavel  : Dans le RER, j’ai croisé un voisin, Michel Narbonne, et en discutant, il me dit avoir interviewé Gainsbourg fin 1980 pour Le Soldat, «  le mensuel de l’âge des casernes », qui était le journal des comités de soldats militant pour leurs droits civiques. C’était quelques mois après que des paras soient venus à Strasbourg interrompre un concert de Gainsbourg à cause de sa reprise de La Marseillaise en reggae. Le Soldat n’avait publié qu’une page d’extraits à l’époque, reprise dans Politis à la mort de Gainsbourg. Ayant récupéré l’enregistrement, j’ai pu en retranscrire et en publier l’intégralité, accompagné de photos inédites prises en 1988 par le photographe Marc Pataut lors d’un faux interrogatoire de Gainsbourg au commissariat d’Aubervillers. Alors qu’est-ce que fout Gainsbourg dans ChériBibi ? D’une part, il fait partie intégrante de la culture populaire, ce n’est pas un produit (...)


C’qu’y a de piquant avec l’essai bien documenté et bien charpenté du docteur en histoire François Fourn sur Étienne Cabet ou le temps de l’utopie (Vendémiaire), c’est qu’il nous montre que la réalité ressemble parfois drôlement aux caricatures grossières qu’on fait d’elle. Le parcours ubuesque de l’idéaliste surchauffé Cabet (1788-1856) aurait pu être imaginé de toutes pièces par un bédéiste goguenard.

Caricature d'époque de l'utopie icarienne par le dessinateur Cham (1818-1870). {PNG}

C’est lors de son exil à Londres en 1834 que l’ex-avocat « exerçant près la Cour royale » Étienne Cabet propose, avec son Voyage en Icarie, une cité idéale « de l’équité, du partage et de la solidarité » qui combine dans son mode de fonctionnement la démocratie représentative à l’échelle nationale incarnée par 2 000 députés et la démocratie directe à l’échelon local. Pour le reste, « il n’y a pas de tribunaux. Les écoliers dans leurs écoles, les ouvriers dans leurs ateliers, les citoyens dans la commune se jugent entre eux ». À quoi s’ajoutent l’abolition de l’argent et celle du « système de la domination (...)


Par Thierry Guitard. {PNG}

Dans la rame du métro, fatigués par une interminable journée de labeur, les voyageurs ayant l’incommensurable chance de bénéficier d’un siège somnolent tandis que les autres debout luttent agglutinés autour de la barre verticale. Une jeune fille au teint olivâtre vêtue d’une robe à pois avec un fichu dépareillé sur la tête entre dans le compartiment à la station Les Halles et de sa voix juvénile harangue avec un fort accent les passagers  : « Je viens de Syrie où c’est la guerre, j’ai perdu mes parents, s’il vous plaît donnez-moi de l’argent pour manger ». Elle excite la compassion de quelques âmes charitables qui se débarrassent auprès d’elle de leur petite monnaie. Remerciant ses bienfaiteurs avec effusion, elle descend à Châtelet en faisant tinter la ferraille récoltée dans son gobelet en carton.

C’est sur la ligne Boulogne-Pont de Saint-Cloud qu’on la recroise quelque temps plus tard, reconnaissable à sa robe, son fichu et son accent aux origines indéfinies. Seul son discours s’est transformé  : « Je viens d’Ukraine où (...)


Accompagner le changement (comprendre la restructuration), est l’un des leitmotivs à la mode chez les nouveaux managers. Dans le cadre de la cession de notre usine par le franco-français Total à la société autrichienne Borealis il y a un an, ces petits génies se sont dit qu’un saupoudrage de dirigeants belges permettrait de mieux faire face à ce séisme culturel. En effet, comme tout le monde le sait, la France et la Belgique c’est pareil. Donc, on s’est retrouvés avec des PDG, DRH ainsi que des chefs de service belges. Le hic, c’est qu’ils sont majoritairement flamands et que, question langue, il a fallu qu’ils se mettent au français, comme pas mal de chez nous ont dû se mettre à l’anglais.

Par Efix. {PNG}

Au-delà des problèmes de langues, c’est à un véritable choc de culture sociale que nous avons assisté. Car nos nouveaux patrons, qui n’en reviennent toujours pas, ont découvert le droit du travail, les syndicats, les grèves et j’en passe. Leur étonnement a été particulièrement profond lorsqu’ils se sont rendu compte que les salariés pouvaient (...)


Par Caroline Sury. {PNG} Quand soudain, c’est le drame  : l’homme avec qui nous étions joyeusement en train de nous ébattre débande [1]. Alerte maximale, branle-bas de combat, mayday mayday et, surtout, dilemme : que faire [2]  ? On nous a dit qu’il fallait lui assurer que ce n’était pas grave, on nous a dit qu’il ne fallait surtout pas faire comme si ce n’était pas grave, on nous a dit de faire comme si de rien n’était, on nous a dit de l’aider à rebander fissa. Parmi toutes ces consignes passablement contradictoires, on ne sait jamais laquelle choisir et de toute façon, quoi qu’on fasse, il y a deux chances sur trois pour que notre partenaire se sente (au choix) diminué, ridiculisé ou floué.

Face au cas inverse, en revanche, – lorsque c’est nous, femme, qui débandons –, à aucun moment, nulle part, jamais personne ne nous a donné le moindre petit début de marche à suivre. Même le mot n’existe pas : qui parmi nous s’est déjà imaginée « démouiller » ?

Certes, les différences sont notoires  : la principale manifestation physique du désir (...)


Après La Rotative à Tours, CQFD poursuit sa virée en compagnie des canards indépendants locaux qui, chacun dans leur coin de France et de Navarre, s’échinent à faire entendre une autre voix que celle du bulletin municipal. Avec Le Postillon grenoblois, nous allons interroger les ombres et les lumières de la politique menée par la nouvelle municipalité verte et rouge.

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Pas tous les jours facile d’habiter à Grenoble. Depuis l’arrivée au pouvoir municipal, en mars dernier, d’une équipe composée de membres d’Europe écologie les Verts, du Parti de Gauche et de collectifs « citoyens », le Grenoblois se trouve régulièrement sommé par ces connaissances plus ou moins « de gauche » siégeant hors de la cuvette de répondre à ce type de questions  : « Ça doit quand même être sympa d’avoir un maire écolo, non ? », « Alors, qu’est-ce qu’il y a de nouveau, à Grenoble ? Fais-nous rêver un peu. »

Cette curiosité enthousiaste a redoublé fin novembre, lorsque la municipalité est parvenue à faire une très belle opération de communication en annonçant la « fin de la publicité » à Grenoble. Une annonce qui a fait le tour des médias nationaux, même si les Grenoblois verront encore quotidiennement les œuvres des disciples de Séguéla pendant de nombreuses années  : la « fin de la publicité » ne concerne que les 326 panneaux de JC Decaux, mais pas les centaines d’espaces sur les abribus, qui devraient encore (...)



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