CQFD

À les croire, la Bretagne aurait besoin d’une énorme centrale à énergie fossile (le gaz naturel), et Landivisiau serait l’endroit idéal pour l’accueillir. Un projet censément justifié par la nécessité d’éviter des coupures massives d’électricité [5] et d’en finir avec « l’assistanat énergétique » de la région [6]. Ce discours martelé par les pouvoirs publics, Guénolé le conteste. Entretien avec un opposant à un autre grand projet inutile dans le grand Ouest.

Cela fait près d’une trentaine d’années que ce projet de centrale figure dans les cartons – où en est-il, exactement ?

« Il n’y a toujours pas de date de début des travaux pour cette centrale à cycle combiné au gaz naturel, même s’ils sont tous les six mois annoncés pour demain. Jusqu’à présent, tous les recours intentés contre le projet ont été perdus. Mais il en reste encore deux sur lesquels statuer. Le premier devant le conseil d’État, contre l’arrêté Batho autorisant la construction. Et le second en cour d’appel administrative, sur le dossier ICPE (Installation classée protection de l’environnement).

Les recours ont largement contribué à freiner le projet. Ainsi que l’auto-saisine du dossier par la Commission européenne, qui tiquait sur la question du financement par l’État d’un opérateur privé. Il faut dire que le subventionnement public est plus que conséquent : on parle ici de la bagatelle de 40 millions d’euros annuels sur vingt ans… Un cadeau indispensable à la faisabilité du projet : plusieurs centrales à gaz ont récemment été arrêtées parce qu’elles n’étaient pas rentables. En mai, la Commission a finalement délivré un avis favorable, à condition que Direct Énergie ne revende pas d’électricité à Enedis (filiale distribution d’EDF), pour respecter le principe de libre concurrence. Direct Énergie s’est alors associée avec Siemens pour lancer la Compagnie Électrique Bretonne (CEB), chargée de construire et exploiter la centrale. Un tour de passe-passe qui permettra la revente d’électricité de la CEB à Direct Énergie sans que Bruxelles ne proteste. Bingo ! »

Et où en est la mobilisation sur le terrain ?

« Pour être honnête, c’est un peu poussif en ce moment. Les plus récentes manifestations n’ont pas rassemblé plus de quelques centaines de personnes – on est loin des grandes mobilisations passées. Autour de 2010, plusieurs associations de protection de l’environnement (qui formeront le collectif Gaspare [1], également composé d’individus et d’élus), avait pourtant bien lancé le mouvement, en initiant de grandes manifestations aux quatre endroits alors potentiellement concernés par l’implantation de la centrale. Derrière le slogan ‘‘ Non à la centrale. Ni ici, ni ailleurs ’’, on retrouvait des gens de tout le Finistère. Mais depuis, le soufflé est retombé.

Gaspare a également commandé à un bureau d’étude l’élaboration d’un scénario alternatif pour la production électrique bretonne [2]. Avec l’idée de faire du lobbying auprès des élus de la région pour modifier le Pacte électrique breton de 2010, qui intègre le projet de centrale. De son côté, l’association ‘‘ Landivisiau doit dire non à la centrale ’’ s’est chargée des recours juridiques tout en chapeautant l’opposition sur le terrain – des modes d’action très différents, mais qui ont bien cohabité.

Si la mobilisation a faibli sur le Finistère, elle reste très forte à Landivisiau et dans ses alentours. Le slogan ‘‘ Ni ici, ni ailleurs ’’ est affiché partout – à tel point qu’on ne s’interroge plus vraiment sur ce qu’il signifie. Et beaucoup de gens se bougent, portés par une même opposition franche au projet. Pour autant, diverses sensibilités écologistes se côtoient, dans la lutte comme au sein de l’association. Certains relient le combat contre la centrale à celui de l’île de Sein pour l’autonomie énergétique. D’autres se retrouvent dans les idées d’Alternatiba. Et d’autres encore essayent de construire des ponts avec les différents collectifs en lutte dans l’ouest de la Bretagne (contre l’extraction de sable ou les projets miniers) pour esquisser une dynamique commune. Cette volonté de convergence, ou du moins de coordination inter-luttes, s’affirme de plus en plus depuis une manifestation sur ce thème à Landivisiau en novembre 2015. »

Par Etienne Savoye. {JPEG}

Comment se positionnent les élus face au projet ?

« Il existe un collectif d’élus opposés à la centrale, mais il se contente de prendre rendez-vous avec les chefs de cabinet des différents ministres de l’Écologie. Par contre, les élus municipaux qui défendent le projet se démènent pour le faire aboutir. Avec deux arguments principaux : la création d’emplois et le risque de black-out hivernal. Ils s’appuient aussi sur le fait que la construction de la centrale figure dans le (...)



Par Nicolas De La Casinière. {JPEG}



Il y a bien longtemps, dans un local lointain, très lointain

Octobre 2017, de lourds nuages planent sur la galaxie CQFD : les comptes sont vides et la lente érosion des abonnements n’arrange rien. Pire ! La fin programmé des emplois aidés (merci Dark Macron !) rendra presque impossible la réalisation des prochains numéros. Le mensuel du Chien rouge ne passera sans doute pas l’hiver…

Un nouvel espoir. Novembre 2017, la résistance s’organise. Un appel est lancé : il faut 1 000 abonnés supplémentaires (et des croquettes fraîches) pour continuer le combat contre l’Empire de la presse mainstream. Princesse Cécile, la maquettiste, pourtant blessée à la main, mène la lutte graphiquement. Le nouveau Jedi de rédaction, JB Skywalker, œuvre gracieusement à ses côtés. Obiwan KenobIffik et GobYoda remuent ciel et terre pour trouver de nouveaux points de vente. Han Bruno Le Dantec part en reportage du Mexique aux Alpes. C3MatéoPO et ChewbaTewfiq s’escriment à relayer sur les réso-socios les grognements du Chien rouge... Les autres se démènent sur tous les fronts. Pour réparer le Faucon InDesignium, un crowdfunding est même lancé sur HelloAsso. On ne va pas se laisser faire !

La mouise contre-attaque. C’est alors que Vé2D2, vaillant droïde en charge du courrier et de la gestion, transmet l’incroyable nouvelle : l’Étoile de la mort préfectorale aurait autorisé Pôle emploi à nous proposer deux emplois aidés. Champagne et cotillons ? Presque. Un seul contrat est finalement validé. Pour le Jedi de rédaction, c’est niet.

Le retour du chien rouge. Alors que la position de nos héros semble désespérée, c’est grâce aux lecteurs et lectrices Ewoks que la situation se rétablit. Vé2D2 l’annonce dans un stridulant effet sonore : 600 abonnés de plus en deux mois – et ce n’est pas fini. Sans oublier les centaines de chèques de soutien et les dons du crowdfunding. De quoi embaucher le Jedi de rédaction. Et poursuivre le combat contre l’Empire !

Merci à vous toutes et tous.

Par Benoit Guillaume. {JPEG}(...)




Octobre 1917, il se passe quelque chose en Russie. Octobre 2017, le mensuel CQFD sort un dossier revenant sur ces événements. Janvier 2018, l’intégralité de ce dossier est consultable gratuitement sur le site du journal. Après... c’est à chacun d’entre nous d’écrire l’histoire.

Par Vladimir Lebedev. {JPEG}

Les orientations du Politburo

Contre le complexe d’avant-garde

Anarchistes vs bolcheviks : Comment il ne faut pas faire la révolution !

Le Politburo paysan

Chayanov, en défense des paysans : A la lueur du Moujik

Lénine face aux moujiks : L’électrification contre les soviets

Les lectures du Politburo

Entretien avec l’historien Eric Aunoble. 1917-2017 : Que lire ?

Anthologie de l’avenir radieux


Brèves, articles courts et morceaux volés du dossier "1917-2017, on ne mélange pas les bolchos et les soviets" du CQFD n°158 rassemblés en un seul article... Ici, en une fois et rien que pour vous !

Lénine serait jaloux !

Anthologie de l’avenir radieux

Cronstadt

JPEG« Le 17 mars, le gouvernement communiste annonça sa “ victoire ” sur le prolétariat de Cronstadt, et le 18, il commémora les martyrs de la Commune de Paris. Il était évident, aux yeux de tous ceux qui assistèrent, muets, aux forfaits commis par les bolcheviques, que ce crime était bien plus monstrueux que le massacre des communards de 1871, car il avait été accompli au nom de la révolution sociale, au nom d’une république socialiste. L’histoire ne s’y trompera pas. Dans les annales de la Révolution russe, les noms de Trotski, Zinoviev et Dybenko rejoindront ceux de Thiers et Galifet.

Dix-sept affreuses journées, plus affreuses que toutes celles que j’avais connues en Russie. Des journées de supplice, à cause de mon impuissance totale devant les terribles événements qui se déroulaient sous nos yeux. Je rendais visite ce jour-là à un ami qui était soigné dans un hôpital depuis des mois. Il était effondré. Beaucoup de ceux qui avaient été blessés au cours de l’assaut contre Cronstadt avaient été (...)


Nos copains des éditions La Lenteur ont réédité le passionnant Lénine face aux moujiks [1], par Chantal de Crisenoy. On y prend la mesure de la véritable aversion du théoricien et leader de la Révolution russe pour les paysans. Depuis ses premiers écrits jusqu’à la fin de son règne, Lénine ne voyait en eux que des êtres « intrinsèquement petit‑bourgeois ». Au mieux, des alliés de circonstance. Mais en définitive, des ennemis mortels. CQFD s’est entretenu avec Nicolas Eyguesier, l’un des éditeurs de La Lenteur.

JPEGPeux‑tu nous raconter l’histoire de cette édition ?

« Un jour, traînant mon âme damnée de thésard dans les rayons d’une bibliothèque universitaire, je suis tombé sur la liste des bouquins de la collection ‘‘ Univers historique ’’ du Seuil. Un titre, Lénine face aux moujiks, m’a interpellé. Le collectif éditorial de La Lenteur en a fait une lecture collective, et y a retrouvé deux thèmes qui nous tiennent à cœur : l’histoire des luttes contre la modernisation d’une part, et le rôle de l’idéologie de gauche (marxiste en l’occurrence) dans cette modernisation de l’autre. Il y avait là un cas emblématique, pur, de cette lutte entre la paysannerie et la gauche moderniste. De plus, cette histoire permet une bonne compréhension –- comme un résumé - de ce qu’a été la Révolution russe. La thèse de Chantal de Crisenoy a la puissance d’un pamphlet ! Elle y démontre l’ignorance crasse et les préjugés de Lénine en ce qui concerne la paysannerie russe. Son aveuglement idéologique l’empêche de voir dans le paysan et sa communauté (...)


Pour Lénine comme pour Staline, le paysan était soit un bourgeois, propriétaire terrien (koulak), soit un ouvrier prolétarisé bon à suer dans les usines à aliments que furent les kolkhozes et les sovkhozes. L’intellectuel Alexandre Chayanov (1888‑1937) s’est opposé à cette vision binaire. En vain. Retour sur un martyr de la collectivisation.

Pour le marxisme-léninisme et sa théorie mécanique de la succession des stades historiques, la figure du paysan était avant tout vouée à l’extinction sous l’effet du progrès de la grande industrie. Ni Lénine, ni évidemment Staline à sa suite n’eurent d’égards pour le paysan tel qu’il était, porteur d’un mode de vie et d’une culture spécifiques. Ils le virent toujours comme une forme malléable sous l’effet de l’inéluctable pénétration des rapports capitalistes dans les campagnes.

Dans le contexte des années 1920, marqué par la guerre civile, l’économie ne pouvait retrouver son niveau de productivité d’avant-guerre qu’en s’appuyant sur les secteurs pré-industriels, pompant leurs ressources afin de dégager une plus‑value redistribuée ensuite par l’État à la classe ouvrière. Pour le bien du socialisme, il fallait donc en passer par une phase d’ « accumulation primitive », éradiquant les structures héritées de l’économie paysanne familiale. Tel est le programme, purement barbare, que Staline systématisa en 1928 sous le (...)


Peu avant sa mort en 1920, Kropotkine écrivait : « Nous apprenons à connaître en Russie comment le communisme ne doit pas être introduit. » Le vieux théoricien anarchiste se gardait d’attaquer trop ouvertement les nouveaux maîtres de Russie pour ne pas alimenter la réaction. Les anarchistes comptèrent néanmoins parmi les premiers critiques – et les premiers persécutés – du bolchevisme.

20 décembre 1917. Moins de deux mois après le « coup d’État d’octobre » (selon la formule de Rosa Luxemburg) est créée la Commission extraordinaire de lutte contre le sabotage et la contre‑révolution –- en russe Vetchéka. Voilà lancée la sinistre Tchéka, organe de répression du nouveau pouvoir indépendant de la justice. « Au nombre des facteurs qui ont assuré la victoire des bolcheviks, écrit l’historien Michel Heller, il faut compter […] une découverte géniale de Lénine : l’utilisation de la police politique et de la terreur pour qui veut garder le pouvoir. »

Le presidium de la VCheKa (de gauche à droite) Yakov Peters, Józef Unszlicht, Abram Belenky (debout), Felix Dzerzhinsky, Vyacheslav Menzhinsky, 1921. CC {JPEG}

11‑12 avril 1918. Des détachements armés de la Tchéka attaquent les vingt‑six locaux anarchistes de Moscou. Dans deux lieux, de violents combats opposent tchékistes et anarchistes. Bilan : une quarantaine de morts et plus de cinq cents arrestations parmi les anarchistes, ainsi que le démantèlement des organisations libertaires de la nouvelle capitale russe. Désormais, les bolcheviks qualifient les anarchistes de « bandits ». Dans la novlangue qui s’invente, il s’agit  (...)


« Marine Le Pen souhaite une révolution de la proximité » ; « Mélenchon appelle à une révolution citoyenne » ; «  Révolution, le livre-programme de Macron se hisse dans le top des ventes » ; «  La droite doit faire sa révolution populaire » explique Guillaume Peltier, etc. Si le mot « révolution » peut être ainsi mis à toutes les sauces de la politicaillerie, c’est sans doute qu’il a été complètement désamorcé.

Longtemps, la Révolution russe a servi de référent absolu au bouleversement du monde. Cela ne semble plus être le cas. Éric Aunoble est l’auteur d’un petit bouquin synthétique, La Révolution russe, une histoire française : lectures et représentations depuis 1917 [10], qui parcourt la réception dans le champ éditorial et politique français de cet événement majeur. Rencontre avec un historien bolchevik autour d’un café chaud et d’un objet (presque) froid.

Par Bruno Bartkowiak. {JPEG}

Rentrons dans le vif du sujet : que reste‑t-il du mythe d’Octobre ? Tu notes qu’il ne mobilise plus depuis longtemps...

Je crains qu’il n’en reste politiquement pas grand‑-chose. Plusieurs lecteurs m’ont d’ailleurs reproché d’avoir écrit qu’il y avait fort peu de chances que la Révolution russe redevienne un événement politique mobilisable, comme cela pouvait l’être encore lors de Mai-68. Et même encore en 1986, lors de l’opposition à la loi Devaquet : j’ai le souvenir d’être venu représenter la fac de Brest au comité de grève de Paris VIII, où on discutait « Pour ou contre la dictature du prolétariat » entre marxistes et libertaires ! Pour autant, si 1917 peut et doit encore nourrir la réflexion de militants, je ne pense pas que cela redevienne un enjeu de débat central.

Même si la contestation actuelle sur les ordonnances monte en puissance, ça m’étonnerait que tout le monde se pose la question de savoir s’il faut des soviets, un parti bolchevik, etc. À titre de comparaison, la Résistance, à travers le programme du CNR, (...)



Spip ø Squelette ø Ce site ø Suivre la vie du site RSS 2.0 ø Naviguer en https ø Soutenir CQFD ø Contacts