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En une : "Chroniques portuaires" de Baptiste Alchourroun.

Un article sera mis en ligne, chaque semaine. Les autres articles seront archivés sur notre site quelques mois plus tard. D’ici-là, tu as tout le temps d’aller saluer ton kiosquier ou de t’abonner...

Au temps béni des colonies

La France est un beau pays, mais son indécrottable nostalgie peut devenir, à la longue, tuante. Pendant combien de générations faudra-t-il encore attendre, patiemment assis au bord de la rivière (oued, en arabe), à regarder voguer les cadavres, avant qu’elle ne renonce aux oripeaux de son glorieux passé colonial ?
Voilà qu’un banquier photogénique, qui jusque-là chevauchait fièrement la crête haute des sondages, souffre soudain un brusque trou d’air dans les intentions de vote après avoir déclaré, histoire de se donner une stature internationale, que «  la colonisation est un crime contre l’humanité, une vraie barbarie ». Patatras ! Impardonnable manquement à la chansonnette de Sardou. Au doux songe du « rôle positif » des armées civilisatrices et « des colons à cigare et cravache [1] » ! Remember le débat en 2005 autour du vote d’une loi mémorielle [2] : « Il y a eu des instituteurs qui ont alphabétisé, il y a eu des médecins qui ont soigné », clamait l’alors ministre de la police Sarkozy.
Ils seraient presque attendrissants ces notables de la droite rance, toujours virils bien que spirituellement cacochymes, quand ils caressent dans le sens du poil de la bête leur électorat pied-noir, harki, militaire à la retraite ou franchement facho… Ils nous feraient presque sourire si leurs simagrées ethnocentriques et autres frimes patriocardes n’avaient de graves conséquences sur l’imaginaire national et les doctrines du maintien de l’ordre dans les quartiers populaires.
Les socialistes, quant à eux, n’ont jamais été en reste pour s’enliser dans les sables des expéditions de pacification, de Jules Ferry à François Mitterrand. C’est bien SOS-Racisme qui a pris en tenaille, juste en face du FN, les marcheurs pour l’Égalité et contre le racisme de 1983, les reléguant d’abord au statut de victimes (la main jaune semblait dire : « Bouge pas, mon pote, on s’occupe de tout ! »), pour mieux ensuite les assigner à une race, à une religion, puis à un rôle d’épouvantail émeutier / terroriste. C’est cette injonction à rester sur le pas de la porte qui s’est craquelé ces jours-ci, quand les lycées parisiens ont été bloqués en solidarité avec les banlieusards contre les violences policières. Bienvenu(e) s chez vous ! Il était temps. Parce que Théo et Adama, comme l’élève (noir) du lycée Bergson pendant le mouvement contre la loi El Khomri, ils l’ont senti passer, cette putain de nostalgie.

* CQFD prépare pour avril un dossier « racisme et violences policières »concocté au plus près de la rue.

Dossier : Chroniques portuaires

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Par Hector de la Vallée

Faire place portuaire S’il se dit que la géographie sert d’abord à faire la guerre, l’inverse est aussi vrai. En témoigne la politique industrialo-portuaire qui profite de la « table rase » pour réaménager Le Havre. Ou du moins, pour s’y essayer.

Le Havre. Le dernier bar de docker Jean-Pierre Levaray, qui nous a conté pendant de nombreuses années ses aventures à l’usine, est normand. C’est donc en régional de l’étape qu’il va nous parler du port du Havre et de ses dockers rebelles. Choses vues et entendues.

Les rendez-vous manqués des quais Bastion communiste depuis la seconde moitié du XXe siècle, les dockers ont vu leur métier détruit par la conteneurisation et attaqué par les politiques néo-libérales européennes. Retour sur la réforme de leur statut et sur la question syndicale à travers l’exemple du port de Saint-Nazaire.

La croisière abuse Désormais premier port de croisière français, Marseille se frotte les mains – les immenses navires se bousculent au portillon. Champagne ! Mais si la municipalité se félicite des (prétendues) retombées financières, elle ne dit mot des lourdes nuisances qui accompagnent ce tourisme caricatural. Histoire d’un naufrage.

« Que diable allaient-ils faire dans cette trière ? » Le gouvernement Tsipras et l’oligarchie grecque ont tout fait pour que la compagnie para-étatique chinoise COSCO prenne possession du Pirée, l’un des principaux ports de commerce de la Méditerranée. Pas vraiment une aubaine pour les travailleurs grecs. C’est en tout cas ce que disent les premiers concernés, lesquels évoquent un véritable bordel organisé. Enquête aux portes d’Athènes.

Pas de mac, pas d’amarres Les ports, elle connaît. Depuis ses 17 ans, Delphine y vit. C’est une « fille (...)



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Par Pirikk


La Nasa est formelle : il y a de la vie à CQFD. Et l’on ne parle pas des souris qui pullulaient l’été dernier, non, ce problème a été réglé. D’abord, une nouvelle interprète à la maquette, Cécile K. (Welcome dans la team !) venue nous filer un coup de main salvateur pour ce numéro. Nous avons aussi l’insigne honneur de recevoir la branche toulousaine du binôme Graffitivre. Comme nous étions en plein bouclage et en train d’écrire ces lignes, interview express :
– « Colossal succès en librairie, plus de 9 000 ventes ! Graffitivre sera bientôt disponible en Pléiade ?
Hé ouais, gros, toi-même tu sais ! On remercie le Chien rouge, la team de CQFD et Victor Bâton sans qui rien n’aurait été possible. Apéro ?
Je finis ce " ça brûle " et go ! »
Autre forme de vie détectée à CQFD : Palimpseste. N’écoutant que son courage et un certain télévangéliste présidentiable, notre copain Julien Tewfiq (qui ne fait donc pas que regarder des séries) a monté un drôle de projeeeeeeeeeet qui devrait mettre un peu de beurre dans ses pâtes et dans nos épinards. Il s’agit de mutualiser avec les collègues des revues Jef Klak et Z (en attendant que cette liste s’allonge) nos moyens (humains, techniques et financiers) de diffusion. Il s’apprête donc à aller porter dans tous les recoins de France, de Belgique et de Navarre nos publications, à la rencontre des lecteurs de demain, des lieux de diffusion alternatifs ou à découvrir, des foires du livre ou du pâté en croûte… On le contacte à palimpseste.diffusion@gmail.com pour proposer une soirée de présentation, une invitation dans un salon ou un dîner aux chandelles sous les tropiques. « Allez, apéro ! »




Le processus de gentrification, qui, dans les rêves les plus fous de la mairie, doit aboutir à reléguer en périphérie une bonne moitié de la population marseillaise, passe aussi par un alourdissement continuel de la fiscalité locale. Face à ce nouvel épisode de la guerre aux pauvres, un seul mot d’ordre : faut pas payer !

Et voici venir le temps des belles promesses électorales ! Les différents candidats dévoilent peu à peu les grandes lignes de leurs programmes à moins de 60 jours du premier tour de la présidentielle. Chez Macron, entre réduction conséquente de l’impôt sur les sociétés - qu’elles contournent déjà allègrement via divers procédés d’optimisation fiscale ou autres sucreries gouvernementales – et réforme de l’impôt de solidarité sur la fortune, on trouve l’exonération de la taxe d’habitation pour 4 français sur 5 en 2020. Selon l’ancien locataire de Bercy, qui n’a rien fait dans ce sens quand il était en poste, il s’agit d’en finir avec « l’impôt le plus injuste » de l’hexagone. Maxime Picard, de Solidaires Finances Publiques, ne croit pas à la magie. « C’est vrai que cette taxe ne prend pas assez en compte les revenus des ménages. Mais la proposition semble surtout démagogique. Comment financer les collectivités en leur retirant cette source très importante de recettes ? En taillant encore dans la dépense publique ? En augmentant d’autres prélèvement (...)


Avec son spectacle Prosodie, la compositrice Émilie Mousset explore la dimension sensible du langage en s’intéressant à la créativité vocale et auditive des très jeunes enfants entendants. 25 minutes d’écoute, huit hauts-parleurs, quelques couettes… et une pièce sonore jouée en direct qui prend le souffle comme point de départ, jusqu’à parvenir au langage articulé [2]. Entretien.

Par Eric Sneed. {JPEG}

CQFD  : Pourrais-tu expliciter le titre de ton spectacle, Prosodie ?
Émilie Mousset : Pour les musicologues comme pour les linguistes, la prosodie, c’est ce qui définit l’enveloppe musicale de la parole : son grain, ses composantes harmoniques, sa densité, ses attaques. C’est l’écoute des phénomènes d’accentuation et d’intonation des phonèmes, mais aussi des variations de hauteur, de durée, d’intensité et de timbre. Ce sont toutes les inflexions musicales, les émotions, les intentions sous-jacentes à la parole, qui font que sonnent les hésitations, l’irritation, la tristesse, la peur, la colère, la douceur. La prosodie, pour résumer, c’est la part de signification apportée par la voix au-delà du sens initial du mot : c’est la mélodie du langage. C’est une notion qui permet de faire émerger l’importance du sensible et de l’affect dans les liens étroits qui unissent le langage et la musique. C’est d’ailleurs là, pour moi, que le rapport avec le champ de la petite enfance est immédiat. Pour le jeune enfant entendant, sans même (...)


Les ports étant superfliqués depuis le 11 septembre, les passagers clandestins seraient-ils en voie d’extinction ? Rien n’est moins sûr. Mais la mer est parfois chargée de leur disparition. Le profit des armateurs ne supporte pas les déperditions, même passagères.

On dénombre à peine ceux qui se font arrêter, à peine ceux dont on retrouve les corps. Depuis le Bangladesh, le Nigeria, l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, ils tentent leur chance sans trop savoir où se dirige le bateau qu’ils empruntent. Quelques provisions, de l’eau, et ils s’enferment dans des conteneurs, se planquent là où ils peuvent, un recoin de la salle des machines ou de la cargaison, voire le compartiment du gouvernail, où trempés d’embruns ils risquent de tomber et de disparaître dans les remous de l’hélice.

En mai 2015, les dockers du port de Philadelphie trouvent le corps sans vie d’un Ivoirien qui vient de passer 19 jours de mer au fond d’un cargo anglais. Sans plus de recherches, les autorités annoncent qu’il serait mort au choix de chaleur, d’un manque d’oxygène, d’une intoxication aux traitements insecticides des fèves de cacao qu’il a côtoyés tout du long ou enseveli sous cette cargaison mouvante. À côté du cadavre gonflé, un sac à dos, du lait en poudre et des emballages de barres... chocolatées.

En août (...)


Nos archives : Avril 2016

La jeune tradition du carnaval de La Plaine, à Marseille, gagne en vivacité. Voilà trois quartiers impliqués dans son déroulement, toujours aussi indépendant. Une fois encore, c’est la sinistre reconquête urbaine qui a été mise au pilori, puis au feu.

Après sa répression en 2014, Carnaval a connu un regain de créativité, fédérant autour de son « jour des fous » et de sa fourmillante préparation les énergies croisées d’au moins trois quartiers : La Plaine (depuis dix-sept ans), Noailles (depuis une dizaine d’années) et les Réformés (depuis 2015). Voilà deux ans que le Caramentran, char principal symbolisant l’hiver et tous les pépins que la population locale a pu endurer, se voit accompagné par d’autres équipages, promis comme lui aux flammes à l’issue d’un grand-guignolesque procès en place publique.

Ce dimanche 13 mars, entre autres constructions, un monstre marin – dont la carcasse avait été soudée par des soudeurs soudanais virtuoses – figurait l’odyssée des réfugiés-migrants-clandestins : un frêle esquif chargé de têtes brunes voguait sur la croupe de l’orque. La symbolique était fraîche, directe, puissante. La présence des migrants, et celle des enfants des trois quartiers ayant participé aux ateliers de fabrication de masques, réclamait une bienveillante sagesse de la (...)


La proposition zapatiste d’une candidature indigène aux présidentielles mexicaines de 2018 aura surpris tout le monde. À commencer par les membres du Congrès national indigène (CNI). Mais la force de l’armée zapatiste (EZLN) n’est-elle pas d’être toujours là où on ne l’attend pas ? Et d’ailleurs, sera-t-elle vraiment de la partie électorale ? CQFD a envoyé deux reporters dans les montagnes du Sud-Est mexicain pour tirer cette histoire au clair.

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"I hope today money doesn’t make me do stupid things"

Aguas Azules, chiapas, Mex., 9 janvier 2015
Les communautés tzeltales acquises au zapatisme bloquent la route d’accès à cinq magnifiques cascades. Là, où les touristes ont pour habitude de se baigner avant de repartir avec quelque artisanat local, le gouvernement mexicain a en projet des complexes hôteliers luxueux et des golfs, après spoliation des territoires indiens. Il envoie donc mille de ses militaires tirer à balles réelles sur ces familles impudentes qui veulent rester maîtres en leur demeure. Deux ans plus tard, au pied des cascades, nous croisons un artisan : « Ils peuvent toujours revenir, ils n’auront pas nos terres », nous dit-il avec assurance. Son regard, pourtant paisible, pèse autant qu’un communiqué.

C’est comme ça partout, tout le temps. Quand l’État mexicain décide de « développer » un territoire indigène, il enlève, torture, emprisonne, viole ou livre aux narcos les récalcitrants. Ici, tout le monde se souvient des 43 étudiants d’Ayotzinapa, toujours portés disparus. « Depuis (...)


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Par Juliette Barbanègre

« Un cargo, de nos jours, ce n’est plus un bateau, c’est une machine flottante. Or, une machine n’a que faire des matelots, vous le savez aussi bien que moi, même si vous n’y entendez rien ; ce sont des ouvriers et des mécaniciens qu’il lui faut ; le capitaine se transforme en ingénieur, le timonier (même lui !) tourne au mécanicien et fait bouger des manettes. Adieu la romantique vie en mer ! Romantique, d’ailleurs, notre vie ne l’a jamais été, selon moi, sinon dans l’imagination des littérateurs ; […] Possible qu’il y ait eu jadis, quelque romantisme dans la vie de capitaine ou de pilote ; mais dans celle du matelot, jamais. Son romantisme, à lui, c’est de travailler comme un nègre et d’être traité comme un chien. [1] »

Ces phrases de Traven ont été publiées en 1926, mais résonnent toujours avec acuité. Loin des oripeaux de la liberté dont on a pu les parer, les navires marchands ont d’abord pour gueule celle de l’usine. Les machines flottantes, qui transportaient à l’époque quelques milliers de tonnes de marchandises, ont été (...)



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