CQFD

Dans les montagnes du Briançonnais, plusieurs exilés ont perdu la vie en tentant de rejoindre l’Hexagone. Traqués par la police et l’extrême droite, ils sont secourus par des militants solidaires, que l’État cherche à intimider. Trois d’entre eux ont même passé neuf jours en prison.

C’était un petit miracle : depuis deux ans que les migrants franchissent les cols des Hautes-Alpes pour passer en France, aucun n’avait perdu la vie sur ce périlleux chemin. Hélas, au mois de mai, les beaux jours ont révélé trois cadavres. Les premiers dans le Briançonnais.

À la frontière franco-italienne, le droit d’asile est foulé aux pieds. Chaque jour, la police hexagonale repousse des exilés, même mineurs, au mépris des procédures légales et de l’humanité. Sous Hollande comme sous Macron, l’État français refuse de prendre sa part dans l’accueil des pauvres hères débarqués en Italie par centaines de milliers. Que Rome se débrouille ! Rome s’est débrouillée : à la suite d’accords troubles avec la Libye, les flux de réfugiés ont ralenti. Combien sont-ils désormais, ces Subsahariens coincés sur la rive sud de la Méditerranée, dans ce pays de torture, de racket, d’emprisonnement arbitraire et d’esclavage ? Ce pays où l’épouvantable député Éric Ciotti (LR) voudrait que l’Aquarius ramène les rescapés des naufrages, puisqu’en Italie, le gouvernement néofasciste a commencé à fermer ses ports.

Heureusement, dans ce grand drame de notre époque qu’est la question migratoire, d’autres choisissent la fraternité. Une option de plus en plus risquée.

Montgenèvre, 10 mars

Dans les Hautes-Alpes, Benoît Ducos est menuisier. Cet hiver, il multiplie les maraudes pour porter secours aux migrants qui tentent de traverser la frontière. Mal équipés, non habitués à de telles altitudes, les exilés risquent leur vie en tentant d’esquiver les forces de l’ordre. Ce soir-là, Benoît repère six personnes dans la nuit, dont un couple avec ses deux enfants.

« La maman était vraiment épuisée. En discutant, on a appris qu’elle était enceinte de huit mois et demi, se souvient-il. On s’est donc dit qu’il fallait la descendre à l’hôpital le plus rapidement possible. On a essayé de se dépêcher, mais on a été arrêtés à l’entrée de Briançon. Et il n’y a pas eu moyen de faire comprendre à la dizaine de douaniers rigolant autour de mon véhicule que cette femme souffrait atrocement et qu’il y avait une urgence vitale... On a perdu beaucoup de temps. » Selon la préfecture, l’attente n’a duré que 16 minutes. Mais d’après Benoît Ducos, entre le début du contrôle et l’arrivée des pompiers, il s’est passé plus d’une heure…

« Vers 23 h 10 ou 23 h 15, la maman a enfin été transportée à l’hôpital. Et nous, avec le papa et les enfants, on a été emmenés au poste de police. Moi, j’ai été relâché rapidement. Mais le lendemain, on a appris que l’hôpital avait dû insister auprès de la police aux frontières pour faire revenir le papa et les enfants, qui étaient en train d’être reconduits en Italie alors que la maman accouchait ! C’était un accouchement par césarienne, donc difficile et risqué, qui ne pouvait se faire ni dans la neige, ni dans une voiture. »

Quelques jours plus tard, Benoît sera convoqué par la police aux frontières, soupçonné d’aide à « l’entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d’un étranger en France ». Tarif potentiel ? Cinq ans de prison.

Col de L’Échelle, 21 avril

L’été dernier, le groupuscule Génération identitaire avait affrété un bateau en Méditerranée, pour refouler les migrants vers les eaux libyennes.

Cette année, même concept, mais à la montagne. Une petite centaine d’activistes d’extrême droite, issus de plusieurs pays d’Europe, se retrouvent au col de l’Échelle. D’après eux, à la frontière franco-italienne, l’État fait preuve de laxisme. Les néofascistes installent donc une clôture en plastique pour matérialiser cette frontière, qui se trouve en réalité quelques kilomètres en contrebas.

Des 4x4 rutilants, des hélicoptères tournant dans le ciel : pour cette opération de propagande, les moyens sont considérables.

Dans une vidéo diffusée sur le Web, les militants xénophobes expliquent leur théorie : « L’immigration massive » est un « danger mortel ». Il faudrait donc que la jeunesse européenne « reprenne son avenir en main et défende sa civilisation ».

Clavière, 22 avril

Le lendemain, les soutiens des migrants répliquent par une manifestation. Parties de Clavière, dernier village italien avant le col de Montgenèvre, quelque 120 personnes, accompagnées d’une trentaine (...)



Par Lasserpe. {JPEG}



C’est le cœur lourd et la mine triste que je vous annonce le départ pour l’autre rive de Christophe Goby. Tout un paradoxe ! Lui qui n’avait de cesse de se plaindre du ton larmoyant de certains de nos « Ça brûle ! » : « Je n’en peux plus de lire qu’on n’a pas d’oseille… On ne se marre pas assez, dans ce journal… » Totof, elle n’est pas si bonne, cette blague-là. Toi qui voulais qu’on rigole et qu’on chante.

Champion des jeux de mots(-laids), il arpentait la ville sur sa bicyclette en quête d’enquêtes sur telle Zad du diable ou tel sale Salon du savon. De chacune de ses expéditions loin de Marseille, il rapportait reportages, fourmes d’Ambert et chants révolutionnaires.

Atteint d’une graphomanie galopante, il envoyait ses (trop nombreux) papiers l’encre à peine sèche. Oh, comme souvent les personnes chargées de relire ses articles se sont arraché les cheveux pour faire la part des choses entre blagues et infos ! « Chauve qui peut », disaient-elles, à la fin. Mais il ne faisait pas qu’écrire. Il vendait ! VRP number one du Chien rouge, le gars Goby. En manif comme au rade du coin, il t’abonnait avant que tu n’aies le temps de finir ta mousse. Bon camarade, toujours le cœur sur la main et la main à la patte, la pâte à tarte et la tarte à la crème parfois un peu lourde. On l’aimait comme il était, tout simplement.

Pour nous, il était un mystère : « Mais comment fait-il, l’animal ? » Boulimique de bouquins, il avait lu tous les livres. Affamé de rencontres, il connaissait tout le monde. Et pourtant… il était fin et vif comme un goéland anorexique.

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Sur cette photo, nous voyons très clairement que Totof assurait la propagande pour le chien rouge de tout temps et en tous lieux.

Trop de travail, trop d’enfants, trop de fourmes, trop de tournées internationales avec sa chorale de cœur, La Lutte enchantée, trop à Sud, trop au nord… Totof pourra enfin aller faire s’abonner à CQFD les anges (...)




Suite à l’attentat raté du Thalys et à la boucherie du Bataclan, une loi de sécurisation des transports en commun frappe fort… sur les fraudeurs. Allez comprendre le lien. On a eu les militants anti-COP21 assignés à résidence dans le cadre de l’état d’urgence. On aura les fraudeurs et leurs mutuelles [4] criminalisés par une loi visant le terrorisme. Car la fraude, Mesdames et Messieurs, contribuerait « à l’enracinement du sentiment d’insécurité » dans les transports. Dont acte.

La loi bénéficie d’une procédure accélérée. Fouilles, palpations, agents en civil et interdictions d’accès visent les terroristes qui se laisseraient ausculter la ceinture abdominale. Mais à considérer le nombre d’articles concernant la répression de la fraude, on voit d’un seul coup d’œil l’intérêt réel de la loi : satisfaire les exploitants de transports en commun pour qui la fraude représenterait un manque à gagner de 500 millions d’euros par an (300 pour la SNCF, 100 pour la RATP et 100 pour les entreprises de province). La panoplie des mesures (...)


Réedités par Le Temps des cerises et illustrés par le génial graveur anti-patriotard Frans Masereel, voici, pour commencer en beauté, Liluli suivi de La Révolte des machines de Romain Rolland, deux farces héroï-comiques mettant en garde, nous sommes à la fin de la Grande Guerre, contre « la prolifération des cimetières » et contre la vision d’avenir swiftienne de « troupeaux d’hommes et de femmes que les machines mènent paître ».

Une autre réédition judicieuse, enrichie par un préambule du franc-tireur toujours inspiré Louis Janover et par une postface d’un des rares marxologues pas complètement empesé, Maximilien Rubel, celle, chez Libertalia, de Notes pour servir à l’histoire de la Commune de Paris de Jules Andrieu, un fonctionnaire « épris de justice et de poésie », ça a existé ! Lequel veillera à ce que les services publics (eau, éclairage, égouts) ne soient pas court-circuités par les Versaillais tout en relevant les bourdes des émeutiers dans un fort lucide Manuel pratique des fautes, afin qu’on aille beaucoup plus loin dans la refonte (...)


Séquestrer sa direction lors d’un conflit social ? Ben oui, cela fait partie du rapport de forces. Cela ne semble pas évident pour la justice qui vient de condamner à de la prison ferme huit ex-salariés de Goodyear.

Assignations à résidence, convocations, gardes à vue, prison… En ce moment [1], ça tombe dru sur les militants politiques et syndicaux. Plus encore que sous Sarkozy ! Une condamnation à 24 mois de prison, dont 9 mois ferme, ça ne s’était jamais vu sous la cinquième République. C’est ce qu’ont pris, pour « séquestration » de cadres, huit ex-salariés de Goodyear le 12 janvier dernier à Amiens. « C’est un procès politique, soutient Mickaël Wamen, responsable CGT de Goodyear et faisant partie des condamnés. On avait voté pour Hollande en pensant qu’on allait être débarrassés de ce qui s’était fait avant mais c’est pire. Non seulement notre usine est fermée, mais en plus on se retrouve en taule parce qu’on a tenu tête à une multinationale puissante. »

Rappelons-nous. Les sept longues années de bagarre des salariés de Goodyear ont été marquées par des conflits durs avec un patronat violent ayant recours à des vigiles et des hommes de main. Quant aux plaintes déposées par les militants de Goodyear concernant le droit au travail et la santé (...)


Les valises se bouclent. Idyllique moment pour y fourrer quelques livres mutins baignant dans le désir de refaire le monde qu’on allait cruchement laisser de côté.

68, une histoire collective, réédité par La Découverte/Poche, n’est pas seulement un fourre-tout sociologique glutineux, certaines sections de la brique étant prises en mains par de vrais connaisseurs des sujets attaqués. C’est ainsi que c’est le chantre de L’Insurrection situationniste, Laurent Chollet, qui signe les pages sur les situs et les freaks, que Jean-Louis Violeau traite acerbement de l’urbanisme utopiste et que Laurent Dupuis-Déri, l’historien des blacks blocks, s’occupe de la révolte des « nègres blancs » au Québec ; tandis qu’Alain Brossat, l’historien des Tupamaros, raconte l’épopée intrépide de la Zengakuren nippone qui compliqua la vie de quelques porte-avions nucléaires US.

Mais qu’en est-il dans tout ça des « utopies communautaires » d’avant et d’après 68 à la campagne ou à la périphérie des villes ? Selon les rapports de police, entre 1967 et 1973, (...)


Pour l’antiterrorisme, c’est zéro. Mais pour garder les petits vieux en déshérence et alpaguer les kleptomanes dans les grands magasins, la technologie de vidéosurveillance dite intelligente fait une remarquable percée. Au doigt et à l’œil.

Bistrotier à Hadleigh, dans le Suffolk, Simon Gordon a monté Facewatch, une petite société qui vend de la reconnaissance faciale vidéo, développée pour confondre les indélicats dont les mains baladeuses s’égarent dans les sacs des clientes du pub. Facewatch couple les images de vidéosurveillance avec un fichier de voleurs à l’étalage, plus de 10 000 profils alimentés par les boutiquiers [1]. Des supposés chapardeurs qui n’ont même pas été jugés. Hey ! Ce type qui entre dans le champ de la caméra ressemble fort à une des fiches ! Alerte. C’est la forme électronique du physionomiste repérant les interdits de casino. Utilisé contre le terrorisme, c’est zéro. De nouveaux algorithmes ont beau scruter les images dynamiques pour détecter les gens louches, il faut qu’ils soient déjà connus, fichés, documentés. Et dans le métro, les logiciels sont réglés pour alerter les comportements dits suspects d’« objets » humains.

La technologie VCA (video content analysis) recoupe flux vidéo et bases d’images à partir d’enregistrements de situation (...)


Murray Bookchin, dont les sympatoches éditions montréalaises Écosociété viennent de rassembler les textes pionniers clés (1965-70) sous le titre Au-delà de la rareté et sous le sous-titre non moins explicite L’Anarchisme dans une société d’abondance, reste l’agitateur anarcho-utopiste bien rationnel par excellence. Partant du principe qu’on n’a aucunement le choix, que «  l’alternative se situe entre l’utopie ou l’extinction en tant que société  », que de par leur nature libertaire même les groupes qui vont réimaginer la société devraient «  encourager le révolutionnaire à se révolutionner lui-même  », à «  infléchir sa propre destinée  », à «  faire de sa vie une expérience multiforme, pleine et totale  », il propose qu’on se crée ensemble tout de suite dans la spontanéité une société non hiérarchique et non concurrentielle de l’auto-épanouissement généralisé. Une société complètement autogérée naturellement et «  contrôlée par tous  » où «  chacun et chacune serait partie prenante de la vie (...)



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