CQFD

En kiosque à partir du vendredi 14 avril 2016.

En une : "Refusons de parvenir" de Damien Roudeau.

Un article sera mis en ligne, chaque semaine. Les autres articles seront archivés sur notre site trois mois plus tard. D’ici-là, tu as tout le temps d’aller saluer ton kiosquier ou de t’abonner...

L’édito de la rédaction : Police socialiste

17 mars. Abords de l’université de Tolbiac. Un minois cireux qui dépasse d’une parka à capuche fourrée. Regard perdu, voix hésitante : «  Y a une fille, elle s’est fait balayer par les CRS, une fille hein, genre... vraiment, et ils l’ont matraquée par terre et le camion de pompiers qui est juste là, ben, elle est en train de saigner, genre... vraiment [Il passe sa main sur le côté gauche de son visage]. Elle s’est fait matraquer au visage. Je trouve pas ça n-n-normal. Surtout, on les a jamais agressés. » Étudiants poil aux dents, on va te la gauchir ta gueule de gauchiste, on va te l’abréger ton AG. Chiendent de chienlit : on passe tes racines à la broyeuse et ça repart en rhizome. 1968, CRS = SS. 1986, Oussekine ad patres, une pancarte plastronne : « Universités : 1 mort, la sélection commence ». 2006, mouvement anti-CPE, pluie de matraques sur les étudiant-e-s du Mirail toulousain : «  Des jeunes tombaient, des gens hurlaient, des chaussures volaient », hoquette une responsable administrative de la fac.

25 mars 2016. Énième point d’orgue au lycée Henri-Bergson, XIXe arrondissement parisien. Adan, 17 ans, maintenu énergiquement par deux pandores : « Lève-toi, lève-toi ! » Plus qu’un ordre, un aboiement guttural bourré d’une testostérone haineuse. Et là, vlan !, le poing ganté d’un RoboCop assermenté qui fuse et s’abat sur la face du gamin. Pixelisée, la patate de forain fait le grand huit sur les réseaux sociaux. Consternation, cris d’orfraie et indignation généralisée. Choqué, Cazeneuve sonne les bœufs-carotte pour faire la lumière, toute la lumière. Et v’là ces tristes sires de la gouvernance qui y vont de leur affliction en carton-pâte. Comment, c’est notre police républicaine qui se conduit ainsi ?

Hasard calendaire, l’ONG chrétienne Acat sort un bilan sur les violences policières françaises de ces dix dernières années. Taser, Flash-Balls, gestes d’immobilisation, le rapport décortique 89 cas de blessures graves dont 26 ont causé la mort de la victime. Auteure du rapport, Aline Daillère résume : « On glisse d’une conception où l’on maintenait à distance des manifestants à une conception où l’on vise ces manifestants. » La jeunesse dans la rue, c’est le cauchemar de tout gouvernement qui doit éviter tout à la fois l’enflement de la colère et la déflagration politique d’une bavure. Alors intimider, masser des effectifs caparaçonnés comme pour une guerre qui ne dit pas son nom. La leçon doit être claire : la police est une armée comme une autre. Les lycéen.ne.s ne s’y sont pas trompé.e.s : le lendemain des violences policières (pléonasme) à Bergson, deux commissariats étaient attaqués en plein Paris, et les réserves de deux Franprix redistribuées aux migrant.e.s et gens de la rue. Leçon.

From Graffitivre. {JPEG} Merci Graffitivre.

Le dossier : Refus de parvenir

Depuis de nombreuses années, l’équipe lausannoise du Centre international de recherches sur l’anarchie tente d’actualiser la théorie et les pratiques du refus de parvenir nées au début du XXe siècle. Au-delà des seuls appels à déserter le système et des comportements d’esquive individuels, il s’agit de participer à une émancipation de la société tout entière.

Illustrations de Baptiste Alchourroun.

Première partie : Les « Anars » Une vie à ne pas parvenir

Deuxième partie : Les chemins de traverse

  • D’Arthur et les dix vins au Not-working class hero
  • Ne pas revenir... Pendant sept mois, il a mené la course, loin devant les autres concurrents de cette première édition du Golden Globe. Avant de faire demi-tour à quelques semaines d’un retour triomphal en Europe, parce qu’il préférait continuer à arpenter les océans. Un magnifique bras d’honneur, signé du plus refuznik des marins, Bernard Moitessier. Hardi, moussaillon !

Troisième partie : les losers

  • Les perdants magnifiques du cinéma américain « And the winner is… » comme le rappelle tous les ans la cérémonie des Oscars, Hollywood est affaire de gagnants, de cartons au box-office et de success-stories – à l’écran comme dans la vie. Pourtant, les vainqueurs n’ont pas toujours eu la cote à Hollywood, qui a connu des perdants au grand cœur, des marginaux hors-la-loi et autres rebelles sans cause. Petit tour d’horizon de ces losers magnifiques qui ont fait l’histoire du 7e art US.
  • Bartleby ou la leçon (...)


Par Nicolas de la Casinière. {JPEG}



Elle sait se faire discrète, se faire oublier. Elle est délicatement nichée au creux d’une colonne, l’ombre d’une page, le coin d’un mot. Devant combien de regards aguerris est-elle passée sans se faire prendre ? Combien de relecteurs, de relectrices, ne l’ont pas remarquée malgré leurs efforts ? Elle reste, elle résiste, entêtée : la coquille. Cette petite faute de frappe, de conjugaison ou d’accord a su se planquer pendant tout le bouclage pour n’apparaître (et dès le premier coup d’œil !) qu’une fois imprimée.

Mais parfois, elle devient plus grasse et douteuse : une vraie boulette ! Comme le mois dernier où nous avions nommé Le Drian au ministère de l’Intérieur. Plus grave, nous avions daté l’explosion d’AZF à Toulouse en 2005 au lieu de 2001 (nos excuses aux victimes, nos crachats aux coupables) et avions aussi oublié une note de bas de page quelque part... L’autre fois, un sur-titre du mois précédent n’avait pas été changé ! Le Chien rouge... de honte !

Et si, grâce aux vaillantes relectrices Lole et Gina, elles sont bien plus rares dans nos pages que dans celles de la presse mainstream, les coquilles restent les preuves tenaces de notre humanité. Nous ne sommes pas des machines, pas des robots-pisse-copies, mais des artisans de l’information et de la critique sociale. Alors, si vous en trouvez encore, amis lecteurs et amies lectrices, tel un œuf en chocolat oublié depuis Pâques de l’an dernier au fond du jardin, recueillez-la doucement, cette petite coquille timide... Elle sera pour vous comme une hirondelle espiègle annonçant les beaux jours. Et vive le printemps !

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Depuis de nombreuses années, l’équipe lausannoise du Centre international de recherches sur l’anarchie [1] tente d’actualiser la théorie et les pratiques du refus de parvenir nées au début du XXe siècle. Au-delà des seuls appels à déserter le système et des comportements d’esquive individuels, il s’agit de participer à une émancipation de la société tout entière.

JPEG On ne compte plus dans la littérature du XIXe siècle les personnages de parvenus, chez Balzac, Stendhal ou Flaubert, tous traités avec condescendance : l’arriviste est unanimement détesté, décrit comme un homme dévoré par l’ambition et son ascension se termine immanquablement par une chute abyssale, car il ne parvient jamais à en assumer les contradictions. Pour lui qui se trouve tout en bas de l’échelle sociale, tous les moyens sont bons et tous les coups sont permis pour parvenir à ses fins dans une lutte des places n’ayant rien à envier au struggle for life darwinien. Mais ce petit manège ne concerne que la « haute » : ceux qui sont bien en place sciant les branches auxquels les aspirants essaient de se raccrocher pour les détrôner. Dans une société où le capitalisme sauvage (non encore domestiqué par le compromis social-démocrate) se déploie sans vergogne, le paraître et l’argent sont (déjà) canonisés. Le parvenu s’y coule comme dans une seconde peau à grand renfort de compromissions. De l’autre côté de la barricade, le non parvenu ne (...)


Philippe Pujol a reçu le prix Albert Londres 2014 pour sa série d’articles « Quartiers shit ». Il y chroniquait la misère et le trafic dans les cités. Il publie La Fabrique du monstre aux Arènes (2016), où il met aussi à nu clientélisme politique et pègre immobilière.

Photo de Gilles Favier. {JPEG}

Photo : Gilles Favier, qui publie Marseillais du Nord aux éditions du Bec en l’air, sortie en mai 2016.

Comment passe-t-on de journaliste « provincial » au prix Albert Londres ?

Je suis entré à La Marseillaise [1] en 2003 comme localier, puis aux faits-divers en échange d’un CDI. Je trouvais ça marrant de rencontrer du flic, du voyou, mais je n’ai pas de passion spéciale pour le fait-divers. J’écris plutôt de la chronique sociale, surtout pas du polar, comme ont dit certains. J’ai fait un peu de tout, culture, société, quartiers, mais j’ai toujours été privé de politique, à cause de mon supposé manque d’engagement pour la cause !

Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire sur les cités ? Révolte ? Ambition ?

C’est plus con que ça. Le plaisir et le jeu. Et le hasard. J’avais une colonne qui s’appelait « Désordre ordinaire », page 15 – autonomie totale, ça m’arrangeait. Les lecteurs adoraient mes brèves décalées, ça les faisait rire. Je bossais avec Myriam Guillaume, qui connaissait mieux les quartiers que moi. Elle écrivait autour de (...)


Le numéro 137 de CQFD étant proche de l’épuisement, nous avons souhaité proposer à nos lecteurs sur Internet et à qui voudra l’intégralité du dossier "Au-delà de Podemos : le pari municipaliste". Le pdf est à télécharger ci-dessous.

Par Emilie Seto. {JPEG} En 2011, les places des villes espagnoles furent occupées par celles et ceux qui disaient stop à la corruption, aux injustices sociales, au gouvernement par la dette et à la violence de l’État. La Puerta del Sol à Madrid ou la Plaça Catalunya à Barcelone, entre autres, étaient devenues de grands campements où s’expérimentaient la démocratie directe et la solidarité retrouvée.

Cinq ans plus tard, à Paris et partout en France, il y a comme un air de famille entre ce mouvement dit des « indigné.e.s », débuté un 15 mai (15-M) de l’autre côté des Pyrénées, et la Nuit Debout, initiée un 31 et 32 mars, avec ses places occupées et ses assemblées générales qui ne veulent pas en finir. Les différences existent, certes, mais certains aspects dessinent une courbe historique commune. Cinq ans plus tard, dans l’État espagnol, le bipartisme a cessé, chahuté par la gauche de Podemos et le centre-droit de Ciudadanos, le pays se retrouve dans l’impossibilité de former un gouvernement depuis quatre mois, et le mouvement social continue à battre le pavé, notamment (...)


Plus de 20 000 hommes, femmes et enfants sont bloqués dans le nord de la Grèce. La moitié survit dans la détresse la plus totale au camp d’Idomeni, à la frontière avec la Macédoine. Pour « désaturer » la zone et préparer l’accueil à long terme, le gouvernement d’Alexis Tsipras a ouvert plusieurs camps de « relocalisation » [1] en dur.

« Mon grand-père a passé quatre ans dans un camp comme celui-ci au début des années 1920. Il avait dû quitter son village d’Anatolie à cause de la guerre entre la Grèce et la Turquie. À l’époque, il y a eu un échange de population forcé entre les deux pays : plus d’un million de chrétiens sont arrivés de Turquie pendant que 500 000 musulmans quittaient la Grèce. Ici, on appelle ça la Grande Catastrophe. » Odysseas Chiliditis est l’un des responsables de Symbiosis, une ONG écologiste basée à Thessalonique, le grand port du nord-est de la péninsule hellénique. Quand la crise migratoire a commencé en 2015, il a immédiatement décidé de lancer un programme d’aide aux réfugiés.

Depuis la fin du mois de février, il se rend presque tous les jours au camp de Diavata, à une vingtaine de kilomètres de Thessalonique sur la route de Kilkis, pour distribuer de la nourriture, des vêtements et des produits de première nécessité. Plus de 2 500 personnes sont accueillies dans cette ancienne caserne militaire aménagée à la hâte en camp de réfugiés. Les (...)


Pendant sept mois, il a mené la course, loin devant les autres concurrents de cette première édition du Golden Globe. Avant de faire demi-tour à quelques semaines d’un retour triomphal en Europe, parce qu’il préférait continuer à arpenter les océans. Un magnifique bras d’honneur, signé du plus refuznik des marins, Bernard Moitessier. Hardi, moussaillon !

La voici enfin, droit devant. La ligne d’arrivée du Golden Globe. Pour Bernard Moitessier, la franchir en tête s’annonce (presque) comme une simple formalité. Bien plus rapide que ses concurrents, le navigateur français a pratiquement course gagnée. Encore quelques petites semaines de navigation, le temps de remonter l’Atlantique du Sud au Nord, et il remportera la première édition de cette course en solitaire autour du monde, sans escale ni assistance. Un exploit d’autant plus remarquable que le ketch [1] en acier sur lequel il navigue, Joshua [2], a été armé de bric et de broc, avec deux poteaux télégraphiques pour mâts et des câbles EDF pour étais et haubans. Peu importe, Bernard Moitessier mène le voilier à la coque rouge vif au maximum de ses capacités. Non par envie de gagner, expliquera-t-il plus tard, mais parce que son navire est fait pour avaler les miles. Et aussi parce que tous deux s’entendent comme larrons en foire : « C’est une histoire entre Joshua et moi, entre moi et le ciel, une belle histoire à nous seuls, une grande histoire (...)


En pleine mobilisation contre la loi Travail, les employeurs de salariés low-cost tenaient salon à Paris. Tandis que McDonald’s, Carrefour, Sodexo, Monoprix et consorts se pliaient en quatre pour ferrer du chômeur, un coach en « management motivationnel » exhortait les futures recrues à se prendre pour Usain Bolt. Monde du travail, monde de tarés.

C’est une foire de maquignons comme il s’en tient par centaines, mais avec un petit truc en plus qui intrigue : SoJob, le « salon social du recrutement privé ». « Social », la précision a son importance. Depuis le temps que cet adjectif se retourne comme une chaussette pour rhabiller sémantiquement les panards de l’employeur (social, le plan qui te jette à la rue ; social, le dialogue en vertu duquel on ampute tes droits, etc.), il était logique qu’il serve aussi de garniture aux emplois socialement les plus dégradés. SoJob, nous avertit la brochure, « est né d’une nécessité sociale : favoriser la rencontre entre vous, qui exercez ou qui souhaitez exercer dans le privé, et de grandes entreprises à fort potentiel de recrutement venant de secteurs diversifiés : hôtellerie, restauration, artisanat alimentaire, grande distribution, coiffure, esthétique, services à la personne ». Bref, la confrérie des secteurs « sous tension », pourvoyeuse de tâches épanouissantes et de plans de carrière sensationnels, dont la presse déplore régulièrement qu’elle « peine (...)



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