CQFD

En kiosque à partir du vendredi 02 septembre.

En une : "Des livres en lutte" de Ruoyi Jin.

Un article sera mis en ligne, chaque semaine. Les autres articles seront archivés sur notre site trois mois plus tard. D’ici-là, tu as tout le temps d’aller saluer ton kiosquier ou de t’abonner...

L’édito : La fabrique du bouc émissaire (phase 5)

«  Cette phase correspond au moment où, de façon plus ou moins ritualisé, une fois la désignation effectuée, les accusations se font de plus en plus pressantes, de plus en plus violentes. À ce moment, celui qui lance la première pierre déculpabilise le reste du groupe qui s’engouffre dans la voie ainsi tracée, de plus en plus vite, en se posant de moins en moins de questions, autant happé par la dynamique que par les ressentiments réels. Le groupe devient une foule dans une indifférenciation quasi totale, dans une logique où les différences liées à la nature du ressentiment s’estompent au profit du ressentiment lui-même. » Tirée du site de l’Observatoire du bouc émissaire et des violences institutionnelles, l’analyse sied comme un gant plombé à cette rentrée 2016 en France.

La course à l’échalote islamophobe a fait la tournée des plages. Relayée fin août par le concours de pitreries xénophobes entre Sarkozy et Valls, l’un dévoilant son programme identitaire d’« assimilation » des populations immigrées, l’autre exigeant la « discrétion » des « pas-de-chez-nous » dans l’espace public. La France devient une coquille vide qui ne tiendrait debout que par ses phobies anti-arabes et les grigris de l’identité nationale.

C’est bien à une stratégie du choc qu’est soumis ce pays. Climat anxiogène, méfiance, ennemi intérieur, parole raciste libérée, « israélisation de la sécurité [1] », impunité policière… S’agit-il d’écraser la conscience collective sous une telle angoisse que dix lois Travail puissent passer sans même utiliser le 49.3 ? En tout cas, la classe politique tient là le grand effroi qui lui permettra de survivre encore quelque temps à sa vilenie et à son impopularité.

Alors que la compétition de tous contre tous imposée par le capital mondialisé obscurcit l’horizon, beaucoup évoquent les risques de guerre civile rongeant les sociétés occidentales. Ni avec le racisme d’État, ni avec les tarés du djihad : enrayer cette mécanique délétère ne pourra venir que de la rue, des places, d’un mouvement social.

Par Rémy Cattelain. {JPEG}

Dossier spécial 12 pages : Des livres et des luttes

La nuit des libraires : Témoignage d’un ancien libraire indépendant Que faire quand les lecteurs se raréfient, les loyers augmentent, les grandes surfaces s’implantent et les distributeurs augmentent leurs marges ? Tenir, tenir... jusqu’à fermer un lieu de sociabilité.

« La distribution est une condition d’autonomie » : Une autre idée de la logistique à Barcelone Près de 200 entreprises de diffusion/distribution existent à travers le pays, contre une dizaine en France. À Barcelone, une petite structure tient tête aux géants du secteur. Petit topo dans le quartier caniculaire du Raval, par Miguel Martin, participant de Virus.

De quoi Amazon est-il le nom ? Une série de grèves et d’enquêtes journalistiques ont dévoilé le monde industriel qui se cache derrière le site Internet d’Amazon. Mais depuis peu, la critique du e-mastodonte s’est enrichie d’une dénonciation de ce qu’il produit : des entrepôts immenses dans lesquels des ouvriers s’échinent à manutentionner des colis commandés depuis un fauteuil de salon.

Avec des fléchettes en papier : Vies et combats de la Petite Bibliothèque Ronde de Clamart Gouverner en gérant, c’est le nouveau credo des édiles politiques. Dans la banlieue parisienne de Clamart, une librairie pour enfants au cœur d’une cité en fait les frais : prouver son efficacité ou dégager, voilà le deal de la mairie.

Mais aussi : un entretien avec le collectif des correcteurs précaires de Paris, un autre avec Cédric Biagini sur la lecture numérique et une rencontre avec le collectif des travailleus/euses du livre de Toulouse. Mais aussi un bref regard sur l’édition critique qui n’est pas un dîner de gala !

Et enfin et surtout... Une superbe Carte du Monde de l’édition en France, réalisée par Séditions Graphiques.

D.R. {JPEG}

Enquêtes et reportages

Pour ce numéro de rentrée, CQFD va vous raconter ses "vacances" :

On part pour la Bretagne sud où comme ailleurs en France, le bilan touristique est morose et les commerçants tirent la gueule. Au port du Crouesty, commune d’Arzon, mi-juillet, on a trouvé le bouc-émissaire idéal : des militants CGT venus informer les saisonniers sur leurs droits. C’est : La loi El Khomri à la (...)



Par Graffitivre. {JPEG}



« Malgré la tournure capitaliste que tu prends avec tes tarifs prohibitifs, je continue coûte que coûte. » Voilà ce qu’écrit Fouad à propos de notre CQFD à 4 balles, même si nos « tarifs dignes d’un bar parisien de Château rouge cherchant la gentrification » ne l’empêchent pas encore de nous lire. Et nous l’en remercions…

Ce n’est d’ailleurs pas fini puisque nous allons, à partir du mois d’octobre, aligner le prix de l’abonnement sur celui du canard, histoire de ne pas tomber sous le coup de la loi interdisant la vente à perte. Eh oui  ! nos aimables 28 euros ne permettaient plus de financer un journal s’alourdissant de 8 pages et de 80 000 signes. Dès le mois prochain et notre n°147, l’abo passera de 28 à 36 euros et le petit budget de 22 à 29 balles. C’est donc la dernière fois que nous écrivons ici  : ABONNEZ-VOUS pendant qu’il en est encore temps – le mois prochain, ça sera plus reuch. La bonne nouvelle, c’est que tout détenteur d’une fiche S peut désormais bénéficier d’un abonnement gratuit (sur présentation de ladite-fiche)  !

Si l’abonnement individuel et collectif est essentiel à notre survie, les dépôts en librairie le sont tout autant. Donc, rendez-nous un service, parlez-en à vos libraires préférés en exigeant qu’ils nous demandent un dépôt à cette adresse  : abonnement@cqfd-journal.org.

Carnet rose : Le 21 juillet dernier, le petit Zyad a vu le jour dans ce monde cruel et la petite Lou nous rejoignait un mois plus tard. On leur souhaite que des belles choses.




En Bretagne sud comme ailleurs en France, le bilan touristique est morose et les commerçants tirent la gueule. Au port du Crouesty, commune d’Arzon, mi-juillet, on a trouvé le bouc-émissaire idéal : des militants CGT venus informer les saisonniers sur leurs droits.

Par Ferri. {JPEG}

La scène n’aura pas duré plus d’une demi-heure. Sur les quais du port de plaisance, entre une brocante à prix d’or et les voiliers rutilants des rupins aux pulls roses noués en écharpe, les syndicalistes CGT ont posé leur stand rouge avec tracts et drapeaux. Soudain, une horde vociférante a déboulé de nulle part  : « Cassez-vous, la CGT, pas de ça chez nous ! » Il s’agissait d’une quinzaine d’hommes, certains visiblement éméchés, des gérants avec leurs employés invités à défendre le clan de la restauration. Parmi eux, une femme seulement, surexcitée, jubilait, sautait, attisait l’agressivité de ses comparses, à mesure que sa couperose tournait au violet  : « Vas-y mon Gégé, montre-leur  !   » L’un deux a exigé de voir l’autorisation de la mairie. Justement, il était là, le maire, depuis le début. Avec sa moustache blanche en tablier de sapeur, ses trois paquets de clope à la main, il passait par là en revenant du bureau de tabac situé derrière.

– «  C’est vous le maire ? », s’est mis à hurler un petit rougeaud à (...)


Gouverner en gérant, c’est le nouveau credo des édiles politiques. Dans la banlieue parisienne de Clamart, une bibliothèque pour enfants au cœur d’une cité en fait les frais : prouver son efficacité ou dégager, voilà le deal de la mairie.

« J’ai tant d’argent.

100 000 j’ai dans ma tirelire

100 000 j’ai dans ma banque [...]

J’ai tant d’argent mais c’est pas vrai. »

(Chantal, 13 ans. [1])

Après quelques heures à l’arpenter sous un soleil de plomb, le constat tombe, fatal et sec : Clamart n’a rien de rock & roll. Petite ville des Hauts-de-Seine peuplée d’environ 50 000 péquins, elle présente en ce mois d’août caniculaire un visage bigrement roupillant. Banlieue résidentielle, j’écris ton nom en lettres d’ennui. « C’est sûr que c’est tranquille ici, pépère », résume un jeune clamartois suant, penché en territoire bar-tabac sur la grille de mots-croisés du Parisien. Il n’a pas tort. Que ce soit dans sa partie haute (plus populaire) ou basse (bourgeoise), Clamart n’envoie pas du rêve.

Deux dates phares ont pourtant agité la ville dans les sixties. D’abord le 22 août 1962 et la tentative d’attentat de l’OAS contre le Général de Gaulle (dite du « Petit-Clamart »), qui vit le grand machin mitraillé s’en sortir miraculeusement et sa zouz Yvonne se (...)


Après l’attentat de Nice et l’assassinat du père Hamel à Saint-Étienne-du-Rouvray, l’ancien ministre de la Défense, Hervé Morin, en appelait «  à l’israélisation de notre sécurité  ». Depuis les attentats de Charlie-Hebdo, cette référence est de plus en plus brandie dans la course au tout sécuritaire. Mais sur quoi repose au juste le modèle israélien  ? Cet été, CQFD avait un envoyé spécial à Tel-Aviv.

Au début du mois d’août, la Knesset, le parlement israélien, a abaissé de 14 à 12 ans l’âge minimum d’emprisonnement pour les auteurs «  d’actes terroristes graves sur le territoire israélien   », sachant que cette loi est déjà appliquée en Cisjordanie. C’est la réponse trouvée face aux attaques aux couteaux. Depuis octobre 2015, ces agressions à l’aveugle, perpétrées souvent par des gamins, ont fait 34 victimes israéliennes, deux américaines, une érythréenne et une soudanaise. On dénombre 219 Palestiniens abattus par les autorités israéliennes lors de ces attaques ou en représailles et régulièrement, les associations de défense des droits de l’homme accusent les soldats israéliens d’avoir exécuté de sang-froid certains d’entre eux alors qu’ils étaient ligotés à terre. Les quelques enquêtes ouvertes ont été rapidement classées, les autorités préférant évoquer «  l’instinct de survie de la police  ». Sans ambages, le chef de la police de Jérusalem, Moshe Edri, déclare ainsi  : «  Toute personne qui (...)


Introduction du dossier "Des livres et des luttes" : douze pages de reportages, d’analyses, de cartographie et de rencontres autour du livre, de ses travailleurs et de ses combats. A retrouver dans le numéro 146 (septembre 2016) de CQFD.

« J’ai appris à écrire, et bougrement bien. Des oiseaux et des trucs dans ce goût-là ; pas seulement de l’écriture de mots. Mon père serait pas content s’il me voyait sortir un oiseau comme ça d’un seul coup de crayon. (...) Les fantaisies de ce genre-là, ça lui plaît pas. Déjà l’écriture, il aime pas ça. J’ai idée qu’ça lui fait un peu peur. À chaque fois que Pa a vu de l’écriture, y a toujours eu quelqu’un qui lui a pris quelque chose. »

John Steinbeck, Les Raisins de la colère, 1939.

Lire et écrire sonne encore comme l’un des premiers marqueurs sociaux, élémentaire écrémage pour séparer les aptes des inaptes, les sachants des ignares, voire les barbares des civilisés. Plus encore que le nom des rues ou les documents administratifs, l’épaisseur des livres, et les jargons dont ils s’arment, exclut et divise. Selon l’Insee, en 2014, 70% des ouvriers et des agriculteurs, et 40% des employés contre 20% des cadres n’avaient ouvert aucun livre. La « démocratisation » de la culture tant désirée par la gauche post-68 a (...)


Comment réformer l’école de la République ? En formant mieux les enseignants ? En limitant le nombre d’élèves par classe ? En accompagnant les enfants vers la liberté, l’égalité et la fraternité ? Pas du tout. Pour le gouvernement, un seul plan de bataille : le tout numérique !

« Nous avons besoin d’un plan ambitieux dans le domaine du numérique. Il n’est pas dans l’habitude de la France de passer à côté des révolutions. Nous ne raterons pas celle-ci. »

Najat Vallaud-Belkacem. Salon international du numérique éducatif, 21 janvier 2016.

On était prévenus : en manque d’idées pour l’éducation, François Hollande avait – dès 2009 – tout misé sur l’innovation technique. Après avoir distribué des ordinateurs portables, il prit la décision d’équiper collèges et lycées de sa région de Corrèze en tablettes numériques. Sitôt pensé, sitôt acheté, une commande de 13 000 iPads fut passée en 2010 pour 1,5 million d’euros aux frais du contribuable. À défaut de changer quoi que ce soit aux conditions de travail des enseignants et faute de donner de la consistance aux enseignements, une telle action avait au moins le mérite de relancer l’économie et de se la jouer moderne. Un an après les effets d’annonce, une enquête de l’Inspection générale de l’éducation nationale faisait le tour des classes de Corrèze (...)


Qu’advient-il lorsqu’un brillant universitaire à l’œuvre déjà foisonnante accède au statut de référence internationale de la contestation, brinquebalé de colloques en conférences, d’émissions en manifestations ? On peut se le demander à la lecture de Bureaucratie, le dernier livre de David Graeber, figure du mouvement Occupy, traduit en français aux éditions Les liens qui libèrent.

Par Emilie Seto. {JPEG} Lecteur attentif de Graeber depuis assez longtemps maintenant, dès sa période « underground », pourrais-je dire, il m’a fallu revenir plusieurs fois sur ce livre, constitué principalement de trois articles datés de 2012, pour me rendre à cette fâcheuse évidence : notre « anthropologue-anarchiste » peut désormais tout se permettre, y compris exhumer ses fonds de tiroir de façon éhontée. Entendons-nous bien cependant : Bureaucratie contient dans son premier article des développements intéressants qui manient le paradoxe avec goût. On pense d’ordinaire une opposition entre l’État et le marché ? Il n’en est rien : la rationalité marchande se coule parfaitement dans le principe d’efficacité de la bureaucratie. Efficacité seulement prétendue, car dans une société entièrement régie par des contrats (un rêve libertarien !), la nécessité de recourir à des rapports bureaucratiques serait multipliée et non limitée, segmentant les relations collectives entre dépôt de projets et réponse à des contrôles. Voilà des éléments indéniablement (...)



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