CQFD

En kiosque à partir du samedi 7 mai 2016.

En une : "Debout République". Photo de Yann Levy.

Un article sera mis en ligne, chaque semaine. Les autres articles seront archivés sur notre site trois mois plus tard. D’ici-là, tu as tout le temps d’aller saluer ton kiosquier ou de t’abonner...

L’édito : La police déteste tout le monde !

Paris, le 1er mai, boulevard Diderot. Les CRS font obstruction à la traditionnelle journée de solidarité des travailleurs, pensant isoler le bon grain de l’ivraie, les gentils pacifistes des redoutables casseurs. En vérité, les choses sont devenues un peu plus compliquées que cela. Qui peut prétendre que le slogan « Tout le monde déteste la police ! » n’est entonné que par une infime minorité ? Par moments, au vu de la présence policière massive, certains manifestants, à bout de patience, croyaient assister à une manif de flics encerclée par des ouvrier.e.s, étudiant.e.s, précaires, etc. Face à la rangée de robocops, sourds à toute discussion – la plupart utilisent des bouchons d’oreille pour ne pas entendre les insultes et les quolibets – et prompts à gazer tout ce qui s’agite, une vieille citation revient à l’esprit : « La question n’est pas de comprendre pourquoi il y a des gens qui se battent contre la police, mais pourquoi il n’y en a pas plus. » C’est de qui déjà ? Wilhem Reich ? A moins que ce ne soit apocryphe… Peu importe.

« Il n’y a pas de casseurs qui s’infiltrent et cassent pour le fun, estimait ainsi un syndicaliste rennais dans Le Monde du 2 mai. […] Ils ne sont pas en marge du mouvement social, ils sont intégrés aux cortèges. » Les mobilisations du printemps 2016 ont changé la donne. Le discours politico-médiatique sur les « casseurs » a de moins en moins de prise parmi les gens mobilisés. La montée en puissance de la violence dans les cortèges est en grande partie une réaction à la stratégie de tension d’un pouvoir qui veut imposer ses conditions de manifester. Il s’agit aussi d’un légitime sentiment de révolte face à une répression sans frein : plus de mille arrestations enregistrées depuis le début de la mobilisation contre la loi El Khomri.

Pour autant le sempiternel débat sur la violence – c’est bien ou c’est pas bien ? (sondage Chien rouge/CQFD) – est un bourbier qui englue ceux qui s’en font les dépositaires dans des postures stériles. Il y a certes des violences nuisibles au mouvement et qui mettent certains espaces de lutte en danger – ceux où l’on veut pouvoir venir avec nos enfants par exemple. Ainsi, le 1er mai au soir, prenant prétexte d’une attaque contre un magasin de sport, place de la République, les gaz lacrymogènes policiers ont eu raison de la tenue d’une Nuit Debout pourtant massive. Et ça, c’est évidemment ce que souhaitent les tenants du retour à l’ordre.

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Dossier spécial : Debout partout

Paris-République : Le mois le plus long Plusieurs nuits se superposent à la Nuit Debout parisienne, qui a débuté un 32 mars pour ne plus finir. Une somme de singularités et de rencontres qu’on ne peut résumer ni figer. Voici donc quelques-unes de ces lunes, sans précision de calendrier, sans prétention d’éclairage, sans possibilité de mettre à jour. Un humble rappel des réveils souriants, parsemé d’oublis obscurs.

Paris-Banlieues : À l’aube de nouvelles Nuits Non, la République n’est pas le centre du monde. Les banlieues et les quartiers se lèvent aussi ! Reportage à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis et sur la place des Fêtes, à Paris, où, loin des grands médias, on fait aussi sa Nuit Debout, même avec peu de monde.

Rennes : La bataille du centre-ville Drapeaux, slogans, banderoles et distribution de sérum phy. Les manifs rennaises ressemblent aux autres. À une différence près : le centre-ville, interdit d’accès par la mairie et la préfecture, est devenu un enjeu du mouvement social.

Lille : Convergence des nuits A Lille la Nuit Debout s’oppose parfois à l’activisme. Un horizon commun en perspective ?

Marseille : Le S.O. fait son chaud Crânes rasés, oreillettes, gazeuses sous le bras, carrure imposante derrière des lunettes de soleil, talkies-walkies… Impossible de rater ces aficionados des manifs. Et attention, ils veillent au grain : tout doit se passer dans les clous. Enquête spéciale au cœur du Service d’ordre (S.O.) CGT-Sécurité.

Syndicats : Un Pastis... bien noyé ! Lors du 51e congrès de la CGT, Martinez a installé son leadership, mais sous la surveillance tendue de sa base.

Précariat : « Tout le monde apprend avec la crise » Exilé en France après les mouvements italiens des années 1970, auteur du Gouvernement par la dette et de Marcel Duchamp et le refus du (...)



Par Soulcié. {JPEG}



Faire un journal de critique et d’expérimentations sociales en plein mouvement social, c’est pas de la tarte ! Surtout quand le bouclage tombe en plein week-end de mobilisation nationale, entre 28 avril et 1er mai contre la loi Travail, mais aussi de mobilisation locale pour la défense du quartier de la Plaine à Marseille. Bref, difficile d’être au four et au moulin, à la rédaction et en AG, en manif et sur nos articles, dans la rue et sur la planche à dessin… Heureusement qu’une fois de plus, Adrien de la Revue Z est venu en renfort pour donner la main à la maquette.

Finalement, à CQFD comme aux Nuits Debout, nous ferraillons sur deux fronts : la critique ET l’expérimentation – or entre le marteau et l’enclume, c’est parfois douloureux. Quel crève-cœur de devoir quitter une manif sauvage pour rentrer au local assurer le secrétariat de rédaction ou de renoncer à une commission « Grève générale » pour pondre son article dans les délais. Et puis, ce supplice de Tantale : relayer une actualité qui se dérobe encore et toujours. Ces lignes seront imprimées le 3 mai, jour de débat et de manif’ du côté de l’Assemblée nationale dont nous ne parlerons donc pas. Quand vous lirez notre dossier sur le mouvement social, peut-être que tout le pouvoir aura basculé entre les mains des assemblées de quartier, de village, de lycée ? Tempus fugit ! Mais la lutte continuera, puisqu’il faudra penser alors à se fédérer sans se bureaucratiser ! En attendant, militons – si possible sans trop nous militariser – pour le droit à la grève des militants, des militantes et de leurs tantes !

Photo de Ferdinand Cazalis. {JPEG}

Impression du CQFD 143, dans la nuit du 3 au 4 mai 2016. Merci encore aux travailleurs à l’imprimerie.

Photo de Ferdinand Cazalis. {JPEG}

Post-vinum : Méhu, quand il passait au local, s’annonçait d’un rire tonitruant. Relou parfois et ivre souvent, il aimait nous chambrer : «  Jamais vu des chômeurs bosser autant ! » On ira le débusquer au paradis des alcoolos pour (...)




À l’occasion du trentième anniversaire de l’accident de Tchernobyl, l’association La qualité de vie [2] a vu grand. De 9h à minuit, plus de cinquante personnes – médecins, chercheurs, travailleurs et militants –, sont intervenus, le samedi 23 avril, à la mairie du 2e arrondissement de Paris pour une conférence-marathon intitulée « Tchernobyl day and night » [3]. En voici quelques morceaux choisis pour éclairer radieusement l’actualité de cet accident.

Au cœur de la nuit du 26 avril 1986, le réacteur n°4 de la centrale ukrainienne de Tchernobyl explose. Deux jours plus tard, alors que les autorités soviétiques restent muettes, les Suédois donnent l’alerte ; des balises viennent de repérer une brusque hausse de la radioactivité dans leur atmosphère. En France, les détecteurs de la centrale de Cruas ont aussi enregistré un pic de radioactivité, comme ceux de plusieurs installations du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Mais face à la nouvelle qui vient de fuiter, obligeant le Kremlin à admettre un accident à Tchernobyl, le directeur du Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI), Pierre Pellerin, se montre catégorique au journal télévisé d’Antenne 2 : aucune retombée sur le sol national n’est à craindre. Même son de cloche chez Alain Madelin, nommé depuis un mois ministre de l’Industrie par Jacques Chirac. Fringant, il annonce en direct du journal la mise en place d’une cellule d’information accompagnée de son aimable numéro vert pour désamorcer « une (...)


Plusieurs nuits se superposent à la Nuit Debout parisienne, qui a débuté un 32 mars [4] pour ne plus finir. Une somme de singularités et de rencontres qu’on ne peut résumer ni figer. Voici donc quelques-unes de ces lunes, sans précision de calendrier, sans prétention d’éclairage, sans possibilité de mettre à jour. Un humble rappel des réveils souriants, parsemé d’oublis obscurs.

« Au contraire de l’ordre cosmique, il y a en histoire des jours qui ne se lèvent pas. Pour se montrer, des nouveautés se déguisent, qu’étouffera peut-être leur habit d’emprunt, celui d’hier. Ce moment fragile est également celui de la décision humaine, qui va trier entre les destins possibles. À cet instant qui laisse entrevoir une mutation, correspond la trace de quelques mots qui, dans l’entrebâillement d’un système, annoncent la couleur d’une autre culture, avec une prise de parole d’un type différent. »

Michel de Certeau, « Le pouvoir de parler », 1968.

Photo de Yann Lévy. {JPEG}

Nuit sans rêve

On est d’abord sidéré. Parce qu’on a d’autres marmites sur le feu, parce qu’on se souvient des précédents et qu’on ne sait jamais si ça va prendre, avant que ça prenne. On ne plonge pas tout de suite, donc, on goûte l’eau du bout des orteils. Faut dire qu’on a l’étrange sensation de nager en mer ennemie, place de la République. Dans ce modèle de non-lieu haussmannien où fume encore l’écume des chefs d’État défilant après les attentats. On (...)


Dans son numéro 143, actuellement en kiosque, CQFD consacre son dossier "Debout partout" au mouvement social en cours, sur huit pages. En voici l’introduction et un premier article, au sujet de l’aube des Nuits debout d’Aubervilliers et de Place des Fêtes à Paris (20e).

« Ceci n’est pas un exercice [1] »

«  Ce n’est pas une crise, c’est un système », dit un slogan des manifestations d’avril et de mai 2016, appelées à durer. Uni.e.s contre la loi Travail et le traité transatlantique en arrière-plan, beaucoup partagent la même désillusion : comment a-t-on pu voter PS ? Et face à la proposition carriériste de devenir fakir à la place du fakir des plus « progressistes » (Front de Gauche, Podemos, Syriza, etc.), on ne sent plus que la décomposition de la verticalité, de la démocratie représentative et de la personnalisation du pouvoir. Le déferlement des violences policières, l’ultralibéralisme et la malhonnêteté des « socialistes » ont tellement décharné les mots politiques de leur sens, qu’il ne reste plus qu’à tout inventer.

« Vous pensiez vraiment qu’on resterait sur Twitter », lisait-on sur des banderoles lycéennes de Bourg-en-Bresse. Ce sont les plus jeunes, celles et ceux qu’on croyait résigné.e.s à la vie 2.0 et la concurrence généralisée qui ont su les premiers déborder le syndicalisme à papa (...)


Depuis de nombreuses années, l’équipe lausannoise du Centre international de recherches sur l’anarchie [1] tente d’actualiser la théorie et les pratiques du refus de parvenir nées au début du XXe siècle. Au-delà des seuls appels à déserter le système et des comportements d’esquive individuels, il s’agit de participer à une émancipation de la société tout entière.

JPEG On ne compte plus dans la littérature du XIXe siècle les personnages de parvenus, chez Balzac, Stendhal ou Flaubert, tous traités avec condescendance : l’arriviste est unanimement détesté, décrit comme un homme dévoré par l’ambition et son ascension se termine immanquablement par une chute abyssale, car il ne parvient jamais à en assumer les contradictions. Pour lui qui se trouve tout en bas de l’échelle sociale, tous les moyens sont bons et tous les coups sont permis pour parvenir à ses fins dans une lutte des places n’ayant rien à envier au struggle for life darwinien. Mais ce petit manège ne concerne que la « haute » : ceux qui sont bien en place sciant les branches auxquels les aspirants essaient de se raccrocher pour les détrôner. Dans une société où le capitalisme sauvage (non encore domestiqué par le compromis social-démocrate) se déploie sans vergogne, le paraître et l’argent sont (déjà) canonisés. Le parvenu s’y coule comme dans une seconde peau à grand renfort de compromissions. De l’autre côté de la barricade, le non parvenu ne (...)


Philippe Pujol a reçu le prix Albert Londres 2014 pour sa série d’articles « Quartiers shit ». Il y chroniquait la misère et le trafic dans les cités. Il publie La Fabrique du monstre aux Arènes (2016), où il met aussi à nu clientélisme politique et pègre immobilière.

Photo de Gilles Favier. {JPEG}

Photo : Gilles Favier, qui publie Marseillais du Nord aux éditions du Bec en l’air, sortie en mai 2016.

Comment passe-t-on de journaliste « provincial » au prix Albert Londres ?

Je suis entré à La Marseillaise [1] en 2003 comme localier, puis aux faits-divers en échange d’un CDI. Je trouvais ça marrant de rencontrer du flic, du voyou, mais je n’ai pas de passion spéciale pour le fait-divers. J’écris plutôt de la chronique sociale, surtout pas du polar, comme ont dit certains. J’ai fait un peu de tout, culture, société, quartiers, mais j’ai toujours été privé de politique, à cause de mon supposé manque d’engagement pour la cause !

Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire sur les cités ? Révolte ? Ambition ?

C’est plus con que ça. Le plaisir et le jeu. Et le hasard. J’avais une colonne qui s’appelait « Désordre ordinaire », page 15 – autonomie totale, ça m’arrangeait. Les lecteurs adoraient mes brèves décalées, ça les faisait rire. Je bossais avec Myriam Guillaume, qui connaissait mieux les quartiers que moi. Elle écrivait autour de (...)


Le numéro 137 de CQFD étant proche de l’épuisement, nous avons souhaité proposer à nos lecteurs sur Internet et à qui voudra l’intégralité du dossier "Au-delà de Podemos : le pari municipaliste". Le pdf est à télécharger ci-dessous.

Par Emilie Seto. {JPEG} En 2011, les places des villes espagnoles furent occupées par celles et ceux qui disaient stop à la corruption, aux injustices sociales, au gouvernement par la dette et à la violence de l’État. La Puerta del Sol à Madrid ou la Plaça Catalunya à Barcelone, entre autres, étaient devenues de grands campements où s’expérimentaient la démocratie directe et la solidarité retrouvée.

Cinq ans plus tard, à Paris et partout en France, il y a comme un air de famille entre ce mouvement dit des « indigné.e.s », débuté un 15 mai (15-M) de l’autre côté des Pyrénées, et la Nuit Debout, initiée un 31 et 32 mars, avec ses places occupées et ses assemblées générales qui ne veulent pas en finir. Les différences existent, certes, mais certains aspects dessinent une courbe historique commune. Cinq ans plus tard, dans l’État espagnol, le bipartisme a cessé, chahuté par la gauche de Podemos et le centre-droit de Ciudadanos, le pays se retrouve dans l’impossibilité de former un gouvernement depuis quatre mois, et le mouvement social continue à battre le pavé, notamment (...)



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