CQFD

En kiosque à partir du vendredi 06 mars.

Les articles sont mis en ligne au fil de l’eau après la parution du CQFD d’ensuite. D’ici-là, tu as tout le temps d’aller saluer ton kiosquier ou de t’abonner...

CQFD parle dans le poste radio au cours de l’émission "Presse Libérée" tous les deuxièmes mardis du mois de 11h30 à 13h en direct sur Radio Galère, rediffusé tous les deuxièmes vendredis du mois de 12h30 à 14h sur Radio Zinzine.. Pour écouter l’émission, c’est par ici ! (Le lecteur est vers le bas de la page, un petit bouton gris...)

En Une : "La paix, c’est la guerre !" de Thierry Guitard.

Le dossier : Rumeurs de guerre Les rumeurs de paix se font rares ces derniers temps. « Nous sommes en guerre », répètent en boucle chroniqueurs du désastre et fantassins de la démocratie. Mais cette rhétorique belliqueuse est-elle vraiment nouvelle ? Après la guerre froide et ses cadavres chauds en périphérie des blocs  ; après la « guerre contre la drogue » décrétée par Nixon en 1971, dont ses instigateurs admettent communément aujourd’hui qu’elle est perdue ; après « la guerre contre le terrorisme », officiellement abandonnée en 2013 par Obama puis recyclée au profit du terme plus vague de « overseas contingecy operations » ; après « la guerre contre la piraterie » qui s’est ouverte en Somalie en 2008 ; nous sommes désormais mobilisés « contre la barbarie » et « l’islamo-fascisme ». Les exactions criminelles de groupes djihadistes comme Daech et Boko Aram alimentent cette interminable chasse aux bad guys qu’on adore haïr.

En même temps que ses contours se font de plus en plus flous, la guerre est un phénomène qui se propage partout et devient permanent. Malgré la promesse de désengagement au sol en Irak et en Afghanistan, la stratégie militaire américaine s’inscrit dans la continuité de cette guerre sans fin, à la reddition introuvable, commencée après le 11-septembre ainsi que dans le prolongement des guerres coloniales contre des combattants « irréguliers ». Comme le note l’historien Elie Tenenbaum dans l’ouvrage collectif Nouvelles guerres, L’état du monde 2015 (La Découverte), les guerres irrégulières de notre siècle viendraient rompre avec celles du XIXe et XXe siècles dans la mesure où elles participeraient bien plus à l’affaiblissement de l’état-nation qu’à sa structuration. Les nouveaux acteurs des conflits actuels – comme les milices armées ou les cartels de la drogue – ne visent pas à prendre les rênes de l’état légal auquel ils se sont largement substitués. Dans le même ouvrage, le chercheur Laurent Gayer prolonge l’observation en soulignant que derrière le chaos apparent des guerres irrégulières se met en place une « économie politique du désordre », impliquant un ordre émergent ainsi que de nouvelles souverainetés fragmentées. Et de citer les exemples à Karachi d’un grand groupe industriel qui a fait appel à une milice djihadiste contre des syndicalistes, ou de celui du business florissant des assurances et de l’industrie du risque consécutif à la guerre à la piraterie. On pense également à la gestion des flux de barils irakiens par Daech ou aux cartels de la drogue au Mexique, dont les bénéfices sont évidemment reversés dans les flux financiers mondiaux. En somme, la guerre n’est pas seulement la continuation de la « politique par d’autres moyens », selon la formule de Clausewitz, mais aussi celle de « l’économie par d’autres moyens ». En attendant le déclenchement de véritables petites guerres privées entre multinationales agissant au grand jour par le biais de nouveaux ou bien rodés entrepreneurs en mercenariat pour accéder à des ressources toujours plus rares ou pour emporter davantage de parts de marché.

L’effacement de la distinction entre sécurité intérieure et sécurité extérieure – rendu clairement visible avec les déploiements de bidasses aux quatre coins de l’Hexagone – au profit d’un très vague et donc très large concept de sécurité globale promet les plus graves atteintes à ce qui nous reste de garanties des libertés publiques ou de promotion du droit international. L’usage de la force et de moyens irréguliers se veut décomplexé  : surveillance généralisée de tous nos faits et gestes via logiciels espions ou caméras au nom de la sécurité, assassinats ciblés (targeting) par drones interposés au nom de l’efficience, interventions au sol sous-traitées à diverses forces armées, étatiques ou non (proxy wars), au nom du zéro mort dans le camp occidental.

Par Plonk et Replonk. {JPEG}

Tout fonctionne comme si, n’ayant pu réussir à conquérir les cœurs et les esprits à l’aide des colifichets de la démocratie de marché, les USA cherchaient désormais à affirmer une puissance accablante, suscitant choc, effroi et résignation chez l’imprudent adversaire. Mais cette stratégie semble déjà rencontrer de nombreuses limites  : aggravation des troubles politiques dans les zones (...)



Par Tawfiq Omrane. {PNG} Auto-destruction



Souvenons-nous d’eux à jamais, nos héros. Ils partirent de (très) bon matin, armés de leurs seuls courage et abnégation pour défendre notre cause à tous. Ils étaient quatre. Quatre cavaliers solitaires et unis, partant loin de la maison pour les régions lointaines de la banlieue lyonnaise. Emmenant avec eux la bonne parole  : journaux, livres, t-shirts… Ils allèrent représenter CQFD et le Chien rouge sur le front du Salon Primevère en cette fin février glaciale. Ils passèrent trois jours à lutter, pied à pied, dans les allées de l’immense Salon écolo/alterno pour faire connaître notre journal. « Vous connaissez CQFD ? », demandaient-ils inlassablement à un public généralement indifférent (« Oh, moi, je suis là pour acheter du vin naturel et du fromage bio... »), parfois curieux (« Vous êtes Charlie ? »), rarement hostile (« Il est en coton bio vot’ t-shirt au moins ?! »), quelque fois éberlué (« ça existe encore CQFD ? Je vous croyait mort  ! »)… Mais jamais, nos héros ne se sont laissé abattre  ! Ivres de furie commerciale et de bières autonomes, ils vendirent presque tous les journaux et quelques livres, discutèrent des heures avec des lecteurs critiques ou enthousiastes, avant de rentrer à Marseille, fourbus mais contents. Non, nous n’oublierons jamais Irène, Catherine, Antoine, Julien, ni celles et ceux qui les ont aidés dans leur noble tâche  : la librairie La Gryffe, Tito, Aurélie, les gars de La Décroissance, les bénévoles du salon... Mais si jamais on remet la main sur la vieille bourgeoise qui nous a volé un hors-série photo, on vous jure que ça va barder  ! Non mais  !

Salon Primevère 2014 à Eurexpo. Benoît Prieur (Agamitsudo) (CC) {JPEG}(...)




Depuis septembre 1991, discrètement au cœur du Paris carte postale, Jacques Noël a rêvé de faire vivre une librairie atypique, curieuse et essentielle.

A un jet de pierre des hordes de touristes de la place St-Michel, on trouve une venelle, où William S. Burroughs avait ses quartiers, et dont le nom promet déjà la poésie : la rue Gît-le-Cœur. Derrière une vitrine bouchée par des couvertures graphiques, on se faufile parmi les couches de bouquins successivement empilées à la façon d’un spéléologue. Là, un étonnant monde imprimé cerne de toutes parts un frêle magicien, infatigable passeur d’imaginaire et de curiosités couchées sur papier.

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« Je travaillais depuis des années à la librairie Les Yeux fertiles, raconte Jacques Noël, quand en 1990 la gérante a décidé de vendre le fond et son vendeur avec, comme un esclave ! Le repreneur était complètement incompétent, il voulait me faire retirer de la vitrine Maus d’Art Spiegelman [1] car il y avait une croix gammée sur la couverture… L’éditeur et client régulier de la boutique, Jean-Pierre Faur, avait ce local à vingt mètres, où nous sommes. Nous avions du stock tous les deux. C’était une suite idyllique et logique. » Clin d’œil à (...)


Il est l’un des artistes les plus doués de sa génération. Ivre de révolte, de sombre beauté et de mots acérés. Jusqu’à l’ivresse, au vertige. Un funambule. Marc Nammour, chanteur de La Canaille, soutient en ce moment La Nausée, le troisième album du groupe. Rencontre sur les collines du 93-sud en compagnie de la manageuse Lucie Sertillange.

La Canaille, c’est ton histoire, Marc, mais aussi celle de Lucie. Vous nous racontez les premières années ?

Lucie : J’ai rencontré Marc alors qu’il avait 19 ans, il ne se présentait pas encore comme un chanteur de rap. On s’est perdus de vue, puis on s’est retrouvés à 21 ans, en 2000. Cela faisait plusieurs mois qu’il se consacrait à la musique, au rap. Il avait arrêté ses études et travaillait à l’usine, de nuit. Il m’a fait écouter cinq ou six textes écrits et composés avec son pote Nicolas Rinaldi. Des textes, déjà, qui parlaient de dignité et de révolte. On s’est installé ensemble à Toulouse et il a consacré de gros efforts à la réalisation de sa première mix-tape. Arrivés à Montreuil, on a élargi notre cercle de musiciens, et tout s’est accéléré.

Par Julien Jaulin. {JPEG}

Quelle a été ta place dans la création du groupe ?

Lucie : Traversée par des aspirations poétiques et politiques, j’ai peut-être été une boîte à idées, une muse…

Marc : Dans notre relation, il y a eu la rencontre entre deux mondes. J’étais en colère mais sans (...)


Par Revenu. {JPEG}


Par Thierry Guitard. {JPEG} Un jeune homme dégingandé, aux traits émaciés et aux cheveux ras, vêtu d’un survêtement sale et élimé, entre dans le compartiment du métro à la station Hoche pour solliciter la générosité des passagers  : « Je suis à la rue, si vous pouvez me donner une petite pièce pour me permettre de rester propre et d’avoir un abri pour la nuit. » Il tend avec insistance un gobelet en carton aux voyageurs inflexibles qui pour la plupart l’ignorent.

Sur son pantalon de jogging informe, au niveau de la poche, le quémandeur a recousu avec détermination un crocodile Lacoste récupéré on ne sait où. Les points de gros fil mordent grossièrement dans l’animal vert, qui ne s’adapte pas du tout à ce nouveau support. Avec ses pattes et sa queue ainsi couturées, le terrible saurien a l’air bien mal en point. Il paraît que chaque année la firme choisit un créateur de mode afin de « réinterpréter » son crocodile, notre piètre couturier ne fera sûrement pas partie de la sélection.

Un groupe de lascars observe ce dernier d’un œil cynique et l’un d’eux lui (...)


« Le ciel est sous nos pieds comme au-dessus de nos têtes. » La citation d’introduction, signée H. D. Thoreau, au Principe démocratie (La Découverte) est certes bien roulée. Mais pourquoi persiste-t-on à recourir à une symbolique religieuse bécassote quand on nous exhorte à la révolution immédiate ? Non, mille bombardes  !, trois fois non, nous ne voulons pas du paradis sur terre puisque le paradis, c’est le royaume (fuck  !) de Dieu (fuck  !) où les âmes (fuck  !) des justes (bof) jouissent de la béatitude (fuck  !) éternelle (pin-pon  !).

Trêve de chicaneries, il faut remercier Albert Ogien, le grand sachem de l’Institut Marcel-Mauss, et la prof de philo Sandra Laugier d’avoir su mener bathement leur enquête sur les nouvelles insoumissions auto-organisées visant à « la démocratie réelle ». Pour nos deux larrons, ce qui caractérise les sursauts réfractaires d’aujourd’hui (les rassemblements et les occupations, les mises en cause des pouvoirs, les mobilisations transnationales, les insurrections civiles, l’activisme (...)


Au lendemain du crash financier de 2008, des voix dissonantes ont surgi de là où on ne les attendait pas vraiment  : des étudiants en économie qui conseilleront les élites de demain. Intoxication au thé vert ? Overdose de pudding ? Que nenni ! A l’université de Manchester, le collectif Post-crash economics society a simplement fait le constat des limites du modèle néolibéral et réclame des cours d’économie dite hétérodoxe. Pour autant, les vieux gatekeepers (gardiens du temple en correct french) conservateurs du monde académique ne seront pas faciles à déverrouiller.

Par Lasserpe. {JPEG} En Angleterre, il suffit d’observer la rue au travers de sa fenêtre embuée pour contempler le rêve néolibéral devenu réalité. Observez par exemple la banlieue décrépite de Manchester, enveloppée dans son voile grisâtre de pauvreté. Prenez un bus au hasard, réjouissez-vous du choix qui vous est offert entre quatre compagnies privées, puis rendez-vous dans le rutilant quartier des affaires du centre-ville, tout aussi gris mais taillé dans le marbre et les costumes trois-pièces. (...)



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