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En une : "La police tue" de Étienne Savoye.

Un article sera mis en ligne, chaque semaine. Les autres articles seront archivés sur notre site quelques mois plus tard. D’ici-là, tu as tout le temps d’aller saluer ton kiosquier ou de t’abonner...

Héritage

Ce sont mes parents, honnêtes jusqu’à l’oubli de soi, volés tous les jours par des plus riches et plus puissants qu’eux, qui ont pourtant relayé auprès de moi le mot d’ordre de leurs détrousseurs : « voler est indigne ».
Ce sont mes parents, revenant chaque jour assommés d’un travail déformant et humiliant, qui ont relayé auprès de moi le mantra de leurs patrons : « le travail est une source de fierté ».
Ce sont eux également, qui faisaient briller à mes yeux l’éclat du suffrage universel, au nom de leur participation à une victoire historique pour laquelle tant de luttes violentes s’étaient déroulées. Ils ont voté à chaque fois, opiniâtrement, pour être tenus à l’écart de l’organisation de leur vie. J’ai longtemps moi-même cédé à ce chantage et voté, revoté, jusqu’à devenir fou des contradictions où ça m’entraînait.
Je n’ai jamais travaillé. Je n’ai jamais eu la moindre considération pour l’ordre, le travail, la loi, la police, l’argent, le pouvoir même et surtout le pouvoir que je pourrais exercer sur quiconque. Je n’y ai vu que différentes formes de brutalité dans l’exercice continu de la machine de mort qui empoisonnait mes parents et qui œuvrait déjà à empoisonner la mienne. J’ai vu avec clarté, autour de l’âge de 12 ou 13 ans, la mort qui m’attendait. Ce fut bien plus saisissant, terrible et beau qu’une révélation mystique. Il n’y a aucune forme de vérité plus puissante que celle-là et plus susceptible de donner un sens à toutes vos actions : ne jamais laisser rien ni personne accélérer votre pas vers la mort. Il n’y a pas une heure de sa vie qui mérite d’être sacrifiée pour quelque chose d’aussi futile qu’une nation. Il est futile de se demander si tel ou tel candidat est plus digne de diriger nos vies et de prétendre à nous représenter : ils sont tous les codirecteurs d’une entreprise de démolition de notre quotidien. Faisons la grève. Nous n’avons aucune raison de nous associer au plan de carrière d’une poignée de voleurs qui défendent leur butin et leurs règles de voyous en armant une police d’assassins. Nous avons mieux à faire, chaque jour, en creusant l’écart qui nous éloignera d’eux. Cet écart, nous pouvons l’appeler la vie.
L.L. de Mars

Dossier : La police tue

Voix rebelles de Saint-Denis 16 mars. Sous le dôme de la Maison des étudiants de Paris 8 (Saint-Denis), le collectif Paroles non-blanches organise une journée contre les violences policières. Sur le parvis, une responsable engueule les jeunes femmes qui ont investi la salle sans permission.

Homicide volontaire avec sursis Mars 2017. Le policier Saboundjian comparaît devant la Cour d’assises de Paris pour la mort d’Amine Bentounsi, tué d’une balle dans le dos. Il écope de cinq ans de prison avec sursis. Chronique d’un procès paradoxal qui aura rendu une justice digne d’un conseil de discipline.

« Je suis née le jour de la mort de mon frère » Il y a bientôt dix ans, Lamine Dieng mourait dans un fourgon de police. Depuis, sa sœur Ramata est sur le pont. Elle a compris que justice ne serait jamais rendue, mais qu’il faut quand même se battre – question de dignité. Cette double certitude s’est enfin imposée, plaçant la mobilisation des quartiers contre les violences policières au cœur du mouvement social.

Bobigny ne se rend pas On l’a croisé le samedi 11 février à Bobigny, à proximité d’un car régie de RTL transformé en braséro. Samy, 27 ans, du « département 99 », est venu participer au rassemblement contre les violences policières organisé à la suite du calvaire de Théo à Aulnay-sous-Bois. Souriant, prodiguant conseils de prudence et éléments d’analyse stratégique, Samy distribuait à pleines mains des doses de sérum physiologique. Et impressionnait par son calme face aux tirs de FlashBall qui crépitaient. Il nous a envoyé ce témoignage.

Pas de lycée sans feu Ce qu’il s’est passé au lycée Suger le 6 mars 2017, on peut le voir dans l’excellent documentaire des Docs du Réel Sur Suger, disponible en ligne. Des gamins jetés en pâture à la police pour subir humiliations, violences et racisme d’État, suite à un chahut teinté de protestations contre les crimes policiers. Ce qu’il ne s’est pas passé ce jour-là, c’est toute l’histoire d’une école de banlieue...

« On va continuer à écrire des histoires ensemble » Dans la cafétéria qui fait face à la gare (...)





Notre journal. Construit avec trois salariés et quatre béné- voles renforcés aléatoirement par cinq extras payés en litres de bière tiède, et par une horde de contributrices virtuelles. Dérive anar, contrainte communiste : bizness model diago- nal. On vous raconte notre mois de mars.
Vente. Il fallait bien aller le vendre à Primevère, le salon de « l’alter-écologie » (sic), notre canard, mais... damned ! Trop tard. Notre service commercial a manqué de punch. Tant pis. Alors on s’est rendus contrits à la manif pour l’Industrie de la CGT en pensant convertir les dockers à notre canard post-bol- chevik. Ça a fait flop. Heureusement un stage syndical de profs nous a rendu des couleurs. Une instit de maternelle était ravie de nous retrouver, elle qui vit à Aix-en-Provence.
Aix, d’ailleurs. Invités dans leur université pour parler démo- cratie au travail, nous sommes allés prêcher notre auto-ex- ploitation, heureuse malgré tout, devant un parterre d’uni- versitaires et d’étudiants. Accueillis par notre sociologue – spécialiste de CQFD –, nous sommes partis visiter l’campus. Ça nous a rappelé nos vieilles années d’études et de baston contre la flicaille. Bon, ça a changé. Tout est neuf et moche – sauf la BU, vieille et pourrie – mais nous avons été agréablement surpris de voir des drapeaux rouges flotter, par dizaines, sur les bâtiments en construction. Sans doute l’Armée révolutionnaire marxiste, leurs affiches sont partout. Ah non... Eiffage ! Bon. Des fois, CQFD, c’est une bouée dans la mer incontinente des galères. Une lectrice valétudinaire qui aime bien les dossiers, les détache et les met de côté... Voilà notre vie. À nous pauvres purotins qui bricolons ce journal inouï, révolté, mais toujours bigarré !




Les archives de CQFD : n°44.

En avril 2007, CQFD publiait cet entretien avec Léon de Mattis. Dix ans plus tard (déjà !) nous préparons un dossier spécial "Fatigue démocratique" pour le mois prochain. Souvenirs !

« Ce livre ne doit pas être compris comme une prise de position en faveur de l’abstention ou de la non-inscription sur les listes électorales. L’abstention n’est pas plus impérative que le vote n’est un devoir.  » Dans son essai Mort à la démocratie [1], Léon de Mattis va au-delà du faux débat qui se résume à un « élections pièges à cons ». C’est le principe même de la démocratie qui est ici attaqué. Entretien.

Par Berth. {JPEG}

CQFD : Le point de vue antidémocratique est en général celui de ceux qui dominent soit en affirmant que leur pouvoir est de droit divin soit en pratiquant la plus grande brutalité. En quoi ta critique de la démocratie se différencie-t-elle de ces conceptions-là ?

Léon de Mattis : La critique de la démocratie est aussi une tradition libertaire, et il est évident que c’est de ce coté-là que se situe la mienne, même si je ne me définis pas comme un « anarchiste ». Et je renvoie dos-à-dos le point de vue démocratique et celui, antidémocratique, qui défend la force ou le droit divin comme ayant en commun d’être des théories du pouvoir de l’État, donc de l’oppression.

Ta critique s’en prend à la démocratie en tant que telle ou bien à ce qu’elle est devenue aujourd’hui ?

Toute critique, à mon sens, n’est intéressante que si elle critique ce qui existe réellement. Il va donc de soi que la critique de la démocratie est une critique des conditions contemporaines de la démocratie, de ce qu’on entend habituellement, actuellement, par le (...)


L’arrivée, en 2015, de près de 850 000 personnes sur les îles grecques a permis à l’Union européenne de justifier la « solution hotspot » : une flopée de camps insalubres où parquer des réfugiés jugés indésirables. Bloqués pendant des mois dans celui de Samos, plus d’un millier d’entre eux attendent, indéfiniment, de pouvoir en sortir.

Au large des côtes turques, un drapeau grec détrempé surplombe l’amas de blocs en préfabriqués et de tentes battues par la pluie enserrés dans le hotspot de Samos, l’un de ces centres de tri de migrants à ciel ouvert construits à la hâte sur les îles égéennes. Il est, avec ceux de Lesbos et de Chios, le symbole implacable des politiques migratoires de l’Union européenne (UE), soucieuse de contenir, ficher et enfermer celles et ceux ayant eu l’audace de franchir la mer meurtrière pour rejoindre ses terres défendues. Toutes et tous y sont convoyés dès leur réception, après une traversée incertaine et glaçante sur une embarcation constamment prête à chavirer : « Dans le bateau, il faut garder la même position, sans bouger, pendant des heures, se souvient Jonathan, exilé burundais maintenu sur l’île pendant plus de dix mois. Au moindre mouvement, on sent le bateau sur le point de se renverser. Pour nous, ça allait encore – ça n’a pris que cinq heures. Mais pour d’autres, ça a duré toute la nuit... » L’accueil qui leur est fait à (...)


Ce qu’il s’est passé au lycée Suger le 6 mars 2017, on peut le voir dans l’excellent documentaire des Docs du Réel Sur Suger, disponible en ligne. Des gamins jetés en pâture à la police pour subir humiliations, violences et racisme d’État, suite à un chahut teinté de protestations contre les crimes policiers. Ce qu’il ne s’est pas passé ce jour-là, c’est toute l’histoire d’une école de banlieue...

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Sur Suger
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Fin février 2017, un mouvement de lycéen démarre au son de « Blocus pour Théo » ou « Flics, violeurs, assassins ». Blocages des entrées dès l’aube, manifs sauvages, affrontements avec la police... En décalage avec les grands discours des adultes, les plus jeunes s’engagent contre les violences policières. Colbert, Bergson, Condorcet, Voltaire... les établissements parisiens ont les leçons suspendues pour cause de révolte. Lundi 5 mars, comme à Paris, Nantes, ou Marseille, des poubelles brûlent devant le lycée Suger de Saint-Denis et des vitres sont brisées...

Le lendemain, la colère s’exprime aussi à l’intérieur de l’école, avec plusieurs départs de feu. Les élèves sont regroupés dans la cour centrale. Chahut généralisé. La proviseure décide de ne pas déclencher l’alarme incendie, de ne pas appeler les pompiers ni les parents. Seule la police est alertée, et le lycée évacué sur-le-champ. Des centaines d’enfants passent les grilles pour se trouver encerclés par des FlashBalls, tasers et tirs de grenades lacrymogènes... (...)


Notre modeste mensuel de critique sociale est flatté d’avoir attiré l’attention de la CFDT, syndicat toujours à la pointe dans la défense des intérêts des travailleurs.

Alternative-Police s’offusque de notre Une qui stigmatiserait une institution de la République [1].

Question : l’institution ne se stigmatise-t-elle pas toute seule quand une matraque pénètre (par accident ?) l’anus d’un citoyen et que l’auteur de cet acte barbare est juste mis à pied ? On attend toujours une condamnation ferme de votre part, plutôt que ce genre de tergiversations : « La sérénité de tous est donc de rigueur dans cette affaire ! » (cf. votre communiqué du 07/02/17).

De même, lorsque le 6 mars, au lycée Suger de Saint-Denis (93), la police est intervenue contre des enfants avec des méthodes dignes de la bataille d’Alger, vous n’avez pas jugé bon de questionner une telle disproportion dans l’emploi de la force. En bons pères de famille ?

Vous désignez CQFD, mais aussi les rappeurs Fianso et Jo le Phéno, ainsi que Philippe Poutou, comme des individus qui « se (...)


On l’oublie parfois, mais le marteau du juge est du même métal que la matraque du policier. Les inconscients qui manifestent contre l’impunité des forces de l’ordre ont tout à craindre de la justice, surtout quand celle-ci a le pouvoir de voyager dans le temps et de vous condamner pour des faits que vous n’avez pas encore commis.

C’est réglé comme une partition de marche militaire. À quatre temps, la marche : un homme meurt sous les balles ou les coups de la police ; une version officielle est bâtie à la hâte pour blanchir les agents homicides, criminaliser la victime et bétonner la couverture médiatique ; les proches du défunt tentent de rétablir la vérité des faits et se rassemblent avec leurs soutiens pour exprimer leur colère ; les policiers répliquent en tapant dans le tas et en raflant des dizaines de manifestants. L’affaire Liu Shaoyo, du nom de ce Parisien chinois de 56 ans abattu le 26 mars sur le pas de sa porte par un tireur de la BAC, n’a pas failli à la règle. Dès le lendemain, quelque deux cents personnes se regroupent devant le commissariat du 19e arrondissement pour dire ce qu’ils pensent de l’opération d’enfumage qui, en moins de temps qu’il n’en faut pour recharger un Sig-Sauer calibre 9, a métamorphosé un père de famille tué alors qu’il préparait le poisson du soir en un kamikaze psychopathe ne recevant que ce qu’il mérite. Slogans rageux et (...)


Everyone’s cryin’ out for peace,
No one is cryin’ out for justice.
I don’t want no peace,
I need equal rights and justice
. »
Peter Tosh, « Equal rights »

Le 15 mars, journée internationale de lutte contre les violences policières, des centaines de flics ont manifesté à Paris pour réclamer plus de laxisme de la part des juges après la condamnation d’un de leurs collègues pour le meurtre d’Amine Bentounsi. Ce même jour au TGI de Pontoise (Val-d’Oise), Yacouba, frère d’Adama Traoré, mort étouffé sous trois gendarmes à Beaumont-sur-Oise le 19 juillet 2016, a été condamné à 18 mois de prison pour avoir frappé un gars ayant sali la mémoire du frangin dans les pages du Parisien. La même juge a déjà condamné Bagui, autre frère d’Adama, à 8 mois de prison pour outrage et violences, et l’a ensuite inculpé de « tentative d’assassinat sur personne dépositaire de l’autorité publique ». Il est en fait accusé sans preuve d’avoir tiré sur les forces de l’ordre lors des troubles consécutifs à la mort d’Adama – comme les frères Kamara à Villiers-le-Bel après les émeutes qui suivirent la mort de Lakhamy Samoura et Moushin Sehhouli en 2007. Une vie volée par un flic : cinq ans avec sursis. (...)



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