CQFD

CQFD n°121, en kiosque à partir du 16 avril 2014.

Les articles sont mis en ligne au fil de l’eau après la parution du CQFD d’ensuite. D’ici-là, tu as tout le temps d’aller saluer ton kiosquier ou de t’abonner...

En Une : une illustration de Placid.

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Le dossier : Le monde deux fois à l’envers ?

Mais qui a peur de Carnaval ? Au goût des autorités, cette tradition ne serait plus qu’un défilé d’enfants des écoles à admirer de derrière les barrières ou un corso fleuri pour attirer le touriste. Ou, au mieux, un folklore désuet que l’ethnographie épingle dans les musées comme des astres morts. En vérité, c’est tout le contraire : Carnaval est un « jour des fous » où la vie est vécue pleinement, où le monde est renversé, où les gouvernés sont au gouvernail.

Mais quoi, la foule inventerait et célébrerait ses propres rituels en s’enivrant sur la voie publique ? Intolérable ! Le « sentiment d’insécurité » par lequel est géré ce pays, doublé d’une politique culturelle qui institutionnalise et mercantilise le moindre pet d’artiste et jusqu’aux fêtes votives, ne laisse que peu de marge à la spontanéité populaire. Une fête de quartier, si elle ne sollicite ni subventions ni permission, est vite traitée en ennemi public. Grossière tentative de criminalisation qui révèle des enjeux insoupçonnés : cette démocratie craint exagérément le peuple et ses passions souveraines.

Marseille : ne fête rien dans la rue ! En plein cirque électoral, le carnaval de La Plaine et de Noailles est soudain passé de fête indépendante de quartier au statut peu enviable d’affaire d’État. Pompiers, flics, presse et juges se sont acharnés, pendant que le MuCEM prétend le taxidermiser.

MuCEM A l’endroit de l’envers. Par Professeur Proutskaïa, ethnographe pétomane.

Plus que jamais, Carnaval est une hérésie Dans notre société si bien policée, le carnaval et ses intensités païennes font figure de fête martienne. Connaître son histoire et ses résurgences contemporaines aide à en saisir toute la richesse, ainsi que les promesses… La parole est à Alèssi dell’Umbria, un des initiateurs du carnaval de La Plaine-Noailles.

Montpellier : Comment interdire ce qui l’est déjà ? Chaque mardi gras depuis 20 ans, un simple rendez-vous est donné à 19 h sur la place emblématique du vieux-centre de Montpellier, le Peyrou.

À Dunkerque, les masqueloures n’ont pas vu le Bronx Veille des Trois Joyeuses 2014, dans un bar branchouille de la plage de Malo-les-Bains, à Dunkerque. Un copiste de La Voix du Nord, joyau du Parti local de la Presse et de l’Argent (PLPA), sirote une bière en terrasse. Et prédit une apocalypse carnavalesque.

Cadix ¡ Viva el Carnaval chiquito !

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Les articles

Social : Un havre de luttes Le 31 mars 2014 au Havre, quatre militants CGT, accompagnés par quelque 5 000 personnes, étaient attendus au tribunal pour prendre connaissance d’un verdict qui s’annonçait sévère. Six mois de prison ferme suite à un chahut lors d’un conflit dans une boîte en grève. La relaxe a été finalement prononcée, mais la lutte continue…

Intermittents « Des enfants gâtés qui pleurent la bouche pleine ».

Toulouse Decaux nous flique, fritons Decaux !

Sans-papiers en lutte : Jusqu’au bout des ongles Le cosmopolite 10e arrondissement de Paris a été témoin d’une grève inédite et emblématique : des manucures chinoises et des coiffeuses ivoiriennes ont fait tourner la boutique après la fuite de leur patron mauvais payeur et vont sans doute réussir à arracher leur régularisation.

Uruguay : Les contrats fantômes de Montes del Plata D’un côté, un chef d’État urugayen, Pepe Mujica, le « président des gens », qui dénonce la « civilisation contre la simplicité, contre la sobriété, contre tous les cycles naturels ». De l’autre, un pays livré aux mégaprojets industriels menés par des multinationales peu scrupuleuses qui presse comme du citron sa main-d’œuvre « détachée ». Exemple de travailleurs serbes pris dans les filets de la mondialisation.

Algérie : Le changement… c’est jamais ! Le 17 avril, les Algériens sont invités à « élire » leur président dans un exercice de démocratie orientée à la Poutine. Le gagnant sera probablement le vieillard malade Bouteflika. Pour un éclairage plein cœur, CQFD a discuté à bâtons rompus avec Kamar Idir, photographe algérien et animateur de l’émission Harragas sur Radio Galère, qui vit depuis une quinzaine d’années dans la cité phocéenne.

Théorie : « Il serait vain de croire qu’on peut construire sans résister et stérile de résister sans construire » Avec (...)



A la terrasse d’un bistro, Kamar, Algérien de Kabylie, se marre en parlant de son pays, l’Algérie. Mais dans son œil, il y a une pointe de tristesse. Avec une verve toute méditerranéenne, les phrases s’enchaînent à toute vitesse, sautant du coq à l’âne à chaque ponctuation. Les élections d’avril ? « Ce qui intéresse les Algériens, c’est comment sortir de là. » Là, c’est quoi, là ? «  Là, c’est un groupe de gens, les “Casquettes”, qui s’accaparent l’économie et la politique depuis l’Indépendance. » Les Casquettes, ce sont les militaires qui tirent les ficelles en coulisse depuis l’Indépendance. « Les politiques, le président, les policiers, les affaires… tout ça, c’est sous le contrôle des Casquettes. Et ils font en sorte que rien ne change vraiment. » Par Rémy Cattelain. {JPEG}

Et il précise : « Depuis 62, en Algérie, c’est un certain nationalisme qui est à l’œuvre. Les militaires visent à formater une mentalité. Pour eux, c’est comme si la finalité était de sortir de la colonisation. Mais, avoir l’indépendance, ce n’est que le début d’un processus. […] Pour aller vers une Algérie républicaine, laïque, diverse... Avec la liberté de culte, de conscience... Mais ce n’est pas du tout ce qu’il s’est passé. En fait, pour les militaires, l’Indépendance c’est la fin de tout le processus. » ...

Lire la suite dans le journal papier CQFD N°121, actuellement en kiosque partout en France.



Vous connaissez la blague :

« – Combien faut-il d’utopistes pour changer une ampoule ?

C’est d’abord la société qu’il faut changer ! »

Eh bien, c’est un peu l’ambiance du dernier bouclage dans notre local marseillais. Vous passez la porte. Et là, venant du soleil qui inonde la rue en cet été hâtif, vos yeux ont besoin de quelques secondes pour s’adapter à l’obscurité : vous venez de pénétrer dans la Grotte. Au plafond, plus aucun des néons ne fonctionne. Pour toute lumière, des petites lampes de chevet dessinent des ombres spectrales. Oh ! Il y avait bien un halogène tout neuf, encore, le mois dernier. Mais un énième coup de surtension a eu raison de lui. C’est dans cette crypte que, pourtant, s’est concocté le numéro spécial Carnaval que vous tenez entre vos mains. Mais d’où vient-il, c’est esprit de fête, de charivari, d’espoirs fous qui semble souffler dans nos pages ? La crise ? La sinistrose ? La dérive sans fin du brouet politicard ? Nan, pas de ça chez nous ! Car, après l’épisode carnavalesque, viendra le dossier « Bière et vin autonomes » histoire d’épancher nos soifs de liberté. Puis viendra le dossier « Foot rebelle », que nous étions promis d’aborder depuis si longtemps. Et pour l’édition de cette été (oui, l’été est hâtif, on vous a dit), un numéro double « Les milles révolutions quotidiennes » de derrière les fagots nous titille les papattes. Alors, vous voyez, même dans le noir et sans le sou, le Chien rouge est d’humeur roublarde et mordante.

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Mais quand même, si vous êtes électricien sur Marseille, un coup de main serait le bienvenu.




Vivre, décider, travailler au pays

On pourrait considérer le slogan qui donne son nom au collectif des Bonnets rouges comme une variante du « Vivre et travailler au pays » des luttes paysannes des années 1970. Il faut noter cependant l’ambiguïté de son l’origine, qui avant de désigner les collectifs éponymes avait été utilisé par Alain Glon, le président de l’Institut Locarn, dans son Appel breton du 18 juin, cosigné par le lobby des patrons bretons, dans lequel ils lançaient un ultimatum au gouvernement : «  Si rien n’est fait de façon urgente, la Bretagne connaîtra un désastre humain et économique sans précédent. Nos secteurs névralgiques et traditionnels sont rongés par les dogmes et les systèmes qui nous font passer d’un “État de droit à la paralysie par le droit” », puis demandaient l’annulation de l’écotaxe… La suite, on la connait.

Il était une fois dans l’Ouest

Les 50 collectifs de Bonnets rouges, réunis à Morlaix le 8 mars pour leurs premiers états-généraux, ont rendu leur copie. Leurs doléances s’articulent autour de la (...)


Flavescence dorée

Le 7 avril, Emmanuel Giboulot est sorti du tribunal correctionnel de Dijon (Côte-d’Or) sous les vivats de son comité de soutien. Victoire ? Pas vraiment. L’amende infligée par les juges est de 1 000 euros. Vigneron pratiquant la biodynamie, Giboulot est passé outre un arrêté préfectoral ordonnant de traiter les vignes avec un insecticide censé éradiquer la flavescence dorée, maladie bactérienne. « On sous-entend dans cette décision que l’arrêté est justifié, motivé par l’urgence, alors que la maladie n’est pas présente », s’insurge le récalcitrant. Chez la partie adverse, satisfaite du jugement, on dénonce une position « idéologique ». Alors que, évidemment, la chimie jusque dans nos verres serait juste une question de bon sens paysan !

Y a des flammes dans la garrigue

Par Lasserpe. {JPEG}

Faut pas pucer

« Les brebis qui n’existent pas font-elles des crottes virtuelles ? », s’interroge le collectif Faut pas pucer, qui soutient le combat de deux éleveurs du Tarn, sanctionnés pour s’être refusés à mettre «  la radio en boucle » dans les (...)


«  Moins de contraintes administratives, environnementales, fiscales et sociales », c’est le leitmotiv que Thierry Merret a asséné lors de la grande manifestation des Bonnets rouges à Quimper, le 2 novembre dernier. Coorganisateur du mouvement, il affiche clairement ses ambitions : enrayer le déclin de l’agro-industrie bretonne. Portrait.

Par Nardo. {JPEG}

Thierry merret, « monsieur Moins », est ainsi l’autre gros bonnet du Collectif « Décider, travailler et vivre au pays », sa cheville agricole, tandis que Christian Troadec, actuel maire divers gauche de Carhaix, endosse un rôle plus politicien. À eux deux, à qui il faudrait associer quelques mentors et seconds rôles [1], ils rêvent d’un « printemps des Bonnets rouges », s’activant à la mise en place de cahiers de doléances, et d’imaginer une partition bretonne dans laquelle ils ne comptent pas jouer les figurants. Merret se voit bien en héritier des révoltés de 1675 ainsi qu’en continuateur d’Alexis Gourvennec, surnommé le « paysan directeur-général » et décédé en 2007, qui fut le meneur de la fronde des paysans du Léon dans les années 1960 pour la réorganisation du marché légumier, puis l’un des promoteurs du modèle agro-industriel intensif, à la tête de la société Kerjean, l’un des plus gros élevages porcins français.

Jusqu’aux démantèlements des portiques de l’écotaxe en Bretagne et l’apparition des fameux bonnets offerts (...)


A Locarn, petite commune de 500 habitants dans les Côtes-d’Armor, que la tradition populaire situe « sept lieues après l’enfer [4] » du fait de son isolement et de l’âpreté de son climat, les langues ne se délient pas facilement quand on évoque le lieu-dit de Kerhunou. C’est là, en effet, que l’Institut de Locarn, sorte de « Davos breton [5] » , a implanté son siège depuis déjà 20 ans.

Créé en 1991 par Jean-Pierre Le Roch, fondateur du groupe de distribution Les Mousquetaires, l’Institut de Locarn-Cultures et Stratégies Internationales œuvre pour « le développement économique et culturel de la Bretagne et la formation des entreprenants ». Ce laboratoire patronal a surtout tissé une toile remarquable où se distingue le pedigree de ses animateurs et les thèses développées, entre valorisation de l’identité de la région ou « pays historique », évangélisation et ultralibéralisme. Dans la liste du beau linge qui a participé à sa création et à son développement, on trouve des spécialistes de la défense, de l’aménagement du territoire et du renseignement économique. En premier chef, il y a le véritable théoricien de l’Institut, l’universitaire Joseph Le Bihan, spécialiste en marketing et en stratégies internationales, ancien consultant des services extérieurs français (SDEC puis DGSE). Viennent ensuite des inconditionnels de l’ultralibéralisme à l’image d’Auguste Génovèse, ancien directeur des usines Peugeot-Citroën, (...)


Pendant que l’armée française réceptionnait ses deux premiers drones Reaper MQ-9 pour surveiller son Niger et qu’elle se faisait thermo-mouler une loi de programmation militaire aux petits oignons, la cyberflicaille se retrouvait à Lille les 21 -22 janvier derniers pour un Forum international de la cybersécurité (FIC). CQFD a enfilé son gilet pare-bits et observé les bidasses huiler leurs spywares. Tous aux abris !

Première conférence plénière, vous tombez nez à nez sur 3 000 geeks bien rasés sur les côtés et exhibant leurs épaulettes. De quoi vous procurer une petite montée de parano : « Merde, pourquoi il me regarde, ce gars… c’est sûr, il m’écoute depuis des jours et me prend pour un ennemi intérieur ! » Ou encore : «  Pourquoi il s’assoit derrière moi çui-là, y a pourtant de la place partout. C’est mort, je vais me faire victimiser dans une cave de la DCRI ! »

Par Felder. {JPEG}

Vous connaissiez le salon du Bourget (avions et hélicos), Eurosatory (flingues et chars d’assaut) ou Milipol (encore des flingues), voici le Forum international de la cybersécurité (Fic), le salon des professionnels de l’espionnage informatique. Vu de l’extérieur, on pourrait croire qu’il sert à lutter contre la pédophilie et le cyber-harcèlement à l’école – Manuel Valls a d’ailleurs délivré en personne à des ch’tis enfants de CM2 leur « Permis d’Internet » contre quelques rudiments de self-defense sur la Toile. Mais à peine passez-vous les portiques du Salon que vous (...)


Bernard Stiegler est un philosophe contemporain surprenant. Parce qu’il ne joue pas le jeu des faux télé-débats, mais aussi parce qu’il propose une analyse intéressante du monde contemporain, ce qui change de ses collègues « stars » de la pensée dominante, tel BHL ou Finkelkraut.

Stiegler affirme que la technique, qui est au centre notre réalité, ne va pas dans le sens de l’émancipation, mais dans celui d’un capitalisme forcené. Il dénonce ainsi les mécanismes et les technologies qui produisent la culture de masse, les pulsions consuméristes, la domination du marketing, la fausse liberté que proposent les réseaux sociaux puisqu’ils sont dominés par le mimétisme, et tous ceux qui prétendent que l’on peut maîtriser ce techno-monde qui nous dépasse. « À quoi conduit le discours de la maîtrise ? à Fukushima. C’est-à-dire exactement à la catastrophe. La force des Grecs, c’est au contraire de considérer qu’on ne peut jamais dominer la technique. Un marin qui dirait “je domine la mer” passerait pour dément. [1] »

Mais là où Bernard Stiegler (...)



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