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En une : "All computers are bastards" de Rémi.

Un article sera mis en ligne, chaque semaine. Les autres articles seront archivés sur notre site quelques mois plus tard. D’ici-là, tu as tout le temps d’aller saluer ton kiosquier ou de t’abonner...

L’oligarchie et ses potiches

On imagine Caroline Fourest et Élisabeth Badinter très fières de voir la nouvelle première dame du monde libre, Melania Trump, tenir son rôle de potiche bling-bling : elle ne porte ni voile ni burkini, elle ! Idem pour Penelope Fillon : cette mère de famille catholique a su rester dans l’ombre des ambitions de son petit mari tout en palpant de confortables émoluments parlementaires, ce qui prouve qu’elle est quand même plus « classe » que les pauvres bonnes femmes arabes ataviquement soumises à leur sournoise religion et à leurs fourbes époux [1].
En revanche, Fourest et Badinter ont sûrement bondi à la vue de ces musulmanes en foulard montant à la tribune lors de la manifestation des femmes contre Trump. Elles ont dû s’étrangler en écoutant Angela Davis clamer l’urgence de résister et de s’unir contre l’exploitation capitaliste, la misogynie, l’antisémitisme, le racisme et l’islamophobie. Phobie confirmée quelques jours plus tard par le décret présidentiel interdisant l’entrée du territoire US aux citoyens de sept pays musulmans. Donnant du chien au concept universitaire d’intersectionnalité, Davis a par exemple invité ses camarades féministes à s’impliquer dans la lutte des Noirs contre les violences policières. Elle a également appelé à la désobéissance civile contre le projet d’oléoduc à nouveau imposé aux Sioux de Standing Rock.
À l’heure où les immensément riches mettent en scène pleins feux la pornographie de leur toute-puissance – après Berlusconi, Trump tient à démontrer que l’oligarchie n’est jamais mieux servie que par elle-même –, puisse le vent de dignité semé par la militante afro-américaine récolter une belle tempête de colères convergentes. Puisse-t-il aussi traverser l’Atlantique et venir balayer les zizanies du progressisme qui, depuis deux décennies, ont morcelé le paysage en autant de chapelles et de fonds de commerce idéologiques.

Par Étienne Savoye {JPEG}

Dossier : "A.C.A.B. (all computers are bastards)"

« Les services sociaux risquent de se bunkériser » Keltoum Brahna et Muriel Bombardi sont assistantes sociales en Seine-Saint-Denis et syndiquées à SUD Santé sociaux/CT. Ce métier, elles l’ont choisi et le défendent depuis des années contre son dévoiement par le management et la politique du chiffre. Visite dans les coulisses du travail social, où s’affrontent – comme ailleurs – travailleurs de base et managers cyniques.

Déshumaniser le travail social Pour bien des gens, l’informatique a la réputation de simplifier les tâches administratives, de les rendre moins fastidieuses, voire même ludiques. Mais dans le travail social, l’ordinateur rend chaque démarche plus complexe, opaque, et il transforme les relations.

Regarder les ordinateurs travailler Retranchés derrière leur écran, les agents de la Sécu se demandent où est passé l’humain. Dévouée aux algorithmes de l’hydre numérique, la protection sociale se « bigbrotherise » à pas feutrés. Un travailleur témoigne.

L’ordinateur dans la lutte des classes Auprès de certains, la critique de l’informatique passe pour une affaire d’esthètes : on veut bien en parler, mais… une fois la justice économique établie et les besoins de tous satisfaits. C’est oublier que la révolution numérique est au cœur de la dynamique capitaliste des quarante dernières années. Décryptage du rôle des outils numériques dans le déséquilibre actuel entre capital et travail.

Passe d’armes avec le collège connecté À l’occasion d’une rencontre publique initiée par les signataires de l’Appel de Beauchastel, nous faisons connaissance avec Céline. Sa fille, entrée au collège en septembre 2015, goûte cette année les « bienfaits » de la mise en place du « collège connecté ». Céline, qui a voulu s’investir dans le fonctionnement du collège, fait depuis deux ans partie du conseil d’administration et des délégués de l’association des parents d’élèves.

À l’ombre du livret numérique Les administrateurs de l’Éducation nationale font miroiter un nouveau gadget censé résoudre les sempiternels « problèmes » scolaires. Le Livret scolaire unique numérique (LSUN, prononcer el-SUN, à l’anglaise), est un des nouveaux médiums du miracle pédagogique. À y regarder de plus près, le soleil numérique « el-SUN » s’avère être la preuve qu’il est illusoire de séparer la réforme de (...)



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Par Ferri


En direct de la rédaction : les chiffres viennent de tomber. C’est avec une certaine fébrilité que nous les découvrons en même temps que vous, chers lecteurs et chères lectrices, les résultats tant attendus. Voilà… Momo Brücke nous en fait la lecture à haute voix. Le comité de rédaction est pendu à ses douces lèvres. Hervé, le sourire en coin, semble les connaître déjà… Le suspense est haletant… Alors, alors… Virginie, notre vaillante diffuseuse en kiosque, nous livre le bilan de 2016 : on note une légère baisse des ventes en kiosque par rapport à 2015 (-9,5%) – ce qu’il faut relativiser au regard de la conjoncture actuelle des titres de presses d’opinion et d’info qui chutent de plus de 50% ! Pour rappel, 2015, « année Charlie » avait été particulièrement faste. En revanche, notre chiffre d’affaires a bondi de 8,4% ! Une croissance de notre richesse qui dépasse celle du PIB de la Chine ! De l’Inde ! Boom ! Par quel miracle ? Le passage à 24 pages et 4 euros qui ont rendu notre modèle économique viable. Alors, champagne ? Pas vraiment encore dans nos moyens, Clairette plutôt. Et surtout, si financièrement nous sortons la tête de l’eau, nous ne faisons pas ce journal pour la thune mais pour qu’il soit lu, diffusé, partagé, commenté, aimé ou haï ! Alors, pour nous, 2017 sera l’année des nouveaux horizons, des nouvelles rencontres, du porte-à-porte et du… Mais bordel, continuez à lire la presse papier avant qu’elle ne disparaisse dans les méandres de l’histoire !

Carnet rose : Nous saluons la naissance du petit Ernesto, très en avance sur son temps, souhaitons un bon rétablissement à sa maman et plein de bisous bisous aux parents, amis et grand frère !




Retranchés derrière leur écran, les agents de la Sécu se demandent où est passé l’humain. Dévouée aux algorithmes de l’hydre numérique, la protection sociale se « bigbrotherise » à pas feutrés. Un travailleur témoigne.

Ça remonte à quand le jour où nos écrans cathodiques de 17 pouces ont été remplacés par des écrans plats ? Six, sept ans ? Plus ? Je les revois encore ces massifs engins, bombés sur le devant et au cul profond. Pour les caler sur les bureaux, fallait prévoir la place. Et rien que pour les bouger d’un poil, on risquait la hernie discale tellement ils pesaient leur poids. Puis, un jour sont arrivées des espèces de limandes cybernétiques. Confort visuel, maniabilité : le petit peuple de la Sécu était sommé de s’esbaudir devant cet énième bond en avant numérique. L’impression de bosser le nez collé à un aquarium où les icônes figureraient la poiscaille colorée de quelque mer Caraïbe. Fallait voir les mirettes des agents tout fascinés par ce Noël de burlingue. En fond d’écran, on mettrait bien quelques photos des gosses ou des dernières vacances, histoire de faire un petit chez nous de ces cristaux liquides. Comme à la maison. Surtout que la magnanimité de la Caisse nationale d’assurance maladie ne s’arrêta pas en si bon chemin : dans la (...)


Nassir a 14 ans lorsque, fin 2013, il quitte l’Afghanistan. Aujourd’hui scolarisé à Marseille, il a effectué un stage à CQFD et nous a raconté son aventure. Témoignage brut.

Par La maltournée

Je ne suis resté que deux ou trois jours à Kaboul, chez un oncle. Un passeur est venu me chercher et, avec quatre autres jeunes à bord, il a roulé jusqu’à Nimrôz, à la frontière iranienne. On est restés quelques jours dans un appartement, jusqu’à ce qu’un autre passeur nous mette dans un convoi de plusieurs voitures. Après quelques heures, il nous a lâchés en plein désert. Là, une autre équipe nous a entassés trois par coffre, douze par voiture. Nouvel arrêt. « Vous voyez ce col, là-haut ? Des passeurs iraniens vous y attendent. » Ils nous ont frappés avec des manches à balai pour nous faire courir, même les enfants, les vieux, tout le monde. Une fois du côté iranien, hop, dans des voitures à nouveau. Sans rien boire ni manger. Les passeurs ayant peur de la police, on a attendu trois jours avant de partir à pied. Ils nous ont donné des biscuits et un peu d’eau. Trois fois rien. Par petits groupes, on est arrivés en ville. Encore une voiture. Route. Encore un arrêt, dans une ferme, et le soir venu, nous sommes repartis.

À Téhéran, le groupe (...)


Keltoum Brahna et Muriel Bombardi sont assistantes sociales (AS) en Seine-Saint-Denis et syndiquées à SUD Santé sociaux/CT. Ce métier, elles l’ont choisi et le défendent depuis des années contre son dévoiement par le management et la politique du chiffre. Visite dans les coulisses du travail social, où s’affrontent – comme ailleurs – travailleurs de base et managers cyniques.

En 2011, vous avez participé à un mouvement de boycott des statistiques dans les services sociaux de Seine-Saint-Denis. Quel en était le but ?
Muriel : Au début, c’était juste un moyen pour faire aboutir des revendications classiques. C’est seulement par la suite que l’on a commencé à s’interroger sur le rôle des statistiques.
Keltoum : Jusqu’en 2011, on rendait une fois par an des grilles par nom et par dossier. Ces statistiques recensaient le nombre de personnes rencontrées, leur situation familiale, leurs caractéristiques socioprofessionnelles et les difficultés qu’elles rencontraient (on cochait diverses « problématiques »). On recensait aussi ce que l’on faisait (les « interventions »). En 2010, la direction a rajouté des statistiques, appelées « enquête population ». Ça a déclenché une grosse interrogation de notre part : il y a un truc là-dessous, c’est quoi encore ces chiffres, ces items et cette enquête ? À quoi ça va servir ?
M : Et puis il y avait des questions qui ont beaucoup gêné les collègues : « Est-ce que l’un des membres (...)


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Par Bertoyas

Si vous n’avez pas encore rencontré Daniel Blake sur un écran de cinéma depuis octobre, courez donc dans les dernières salles où passe le film de Ken Loach primé à Cannes en mai 2016. C’est peut-être la manière la plus concrète et émouvante de saisir la place décisive prise par l’informatique dans le management, les administrations et tous les rouages du monde capitaliste.

La petite soixantaine, Daniel Blake est un menuisier de Newcastle. Une crise cardiaque l’a mis pour un temps sur la touche au boulot, et il n’arrive pas à toucher les indemnités d’invalidité auxquelles il a théoriquement droit : une instance retranchée derrière des standards téléphoniques et des écrans d’ordinateur les lui a refusées. En attendant de gagner un éventuel recours, il doit s’inscrire au Job Centre (l’équivalent de Pôle emploi outre-Manche) par Internet et prouver on line qu’il cherche activement un emploi, pour toucher un peu de chômage.

Dans l’Angleterre de David Cameron, comme dans la France de Sarkozy et Hollande (et Fillon, et (...)


Juillet dernier, Erevan, capitale de l’Arménie. Une « bande de Tordus », aux allures de vieux soldats dépareillés, prend d’assaut la plus importante caserne de police du pays et tient un siège de quinze jours. Un épisode éclipsé dans nos médias par l’actualité du massacre niçois et du coup d’État en Turquie. Qui étaient ces « Tordus du Sassoun » (Sasna Tzrer) ? Que voulaient-ils ? Pourquoi des milliers de personnes sont-elles venues les soutenir quotidiennement dans la rue ? Simple poussée nationaliste ? En voyage dans cette ex-république soviétique du Caucase au moment de la reddition des « Tordus », des correspondants de CQFD pour l’occasion ont pu approcher d’un peu plus près la réalité compliquée qui ronge l’Arménie actuelle.

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Par Maïda Chavak

Erevan, peuplée d’un million d’habitants, nous révèle en ce début du mois d’août ses contrastes urbanistiques par couches successives : vestiges de l’empire soviétique comme sur les panneaux d’indication encore en russe ; architecture brejnevienne de l’habitat collectif souvent retapé avec les moyens du bord et un goût à en faire défaillir un urbaniste français ; véhicules d’une autre époque comme la « Jigouli », modèle de voiture Lada des années 1970, pépites anciennes héritées de l’architecture persane et russe, etc. Aux bâtiments administratifs de style stalinien se mêlent les signes d’une occidentalisation pressée par le commerce et la gentrification.

Sur la terrasse d’un des nombreux cafés du centre-ville, nous retrouvons Yeva, jeune trentenaire, traductrice et prof de français. Contrairement à la très grande majorité des femmes en Arménie, Yeva n’est pas mariée et ne semble pas vouloir l’être, ne vit pas chez ses parents, a une vie amoureuse et subvient à ses besoins, même si ce n’est pas évident (...)


Carte réalisée pour le journal CQFD n°146 (septembre 2016)
par Séditions graphiques

À télécharger ici :

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Cartographie critique du secteur du livre 2016

Chaque année, le marché du livre se concentre davantage entre les mains de grands groupes industriels, de moins en moins liés historiquement aux métiers de l’édition. Il en va par exemple ainsi de Scor assurances dirigé par Denis Kessler, ex vice-résident du Medef qui a racheté les prestigieuses Presses universitaires de France, ou de Lagardère, qui, après avoir fait fortune grâce à la vente d’armes détient aujourd’hui Hachette, Grasset, Fayard, etc.

La diffusion-distribution, métier peu valorisant consistant à promouvoir les nouveautés dans les lieux de vente et à assurer la livraison des commandes, s’est rendue maître du secteur, générant les meilleurs chiffres d’affaire et orientant les choix de publication des éditeurs en fonction de la rentabilité des produits.

Quant aux points de vente, ils ont aussi évolué ces dernières années : les librairies ne représentant plus qu’une vente sur cinq. (...)



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