CQFD

CQFD n°125, en kiosque à partir du 03 octobre 2014.

Les articles sont mis en ligne au fil de l’eau après la parution du CQFD d’ensuite. D’ici-là, tu as tout le temps d’aller saluer ton kiosquier ou de t’abonner...

En Une : "Ces assistés qui nous affament" par Tanxxx.

Le dossier : Bye bye turbin !

A ce moment critique pour le gouvernement, il fallait bien tenter de la remettre, cette bonne vieille pression sur l’éternel assisté, vautré dans les délices des minima sociaux. Et c’est le Rebsamen du Travail qui s’y colle – suivi de près par les coups de langue squalide de Valls qui « aime l’entreprise » et les coups de baguette de Pierre Gattaz, véritable chef d’orchestre du pays, qui voudrait détricoter jours fériés, SMIC et 35 heures. Le ministre exige que Pôle emploi flique les sans-dents. Comme si toute considération objective sur la situation actuelle – mythe des offres d’emploi non-pourvues, emplois précaires, jobs absurdes, destruction de l’emploi industriel, stratégies managériales de concurrence et d’épuisement –, s’était évaporée afin de désigner l’unique responsable de ce marasme : cette feignasse de chômeur !

La ficelle est usée, mais les socialos s’y entendent aussi bien que leurs compères de la droite-dans-ta-face. En exigeant des inactifs des preuves de recherche active d’emploi, en les enjoignant, sous peine de radiation, d’être enthousiastes, flexibles et de surjouer leur motivation – « le premier travail du demandeur d’emploi, c’est le travail sur soi » –, on leur fait endosser leur rôle historique : mettre à leur tour la pression sur celles et ceux qui bossent et, à leur corps défendant, agir à la baisse sur les salaires.

CQFD, qui s’est toujours placé dans le camp des réfractaires au chagrin, remet le couvert de la joyeuse désertion, et profite de son temps libéré pour réviser ses classiques : « À la vérité, le règne de la liberté commence seulement à partir du moment où cesse le travail dicté par la nécessité et les fins extérieures ; il se situe donc, par sa nature même, au-delà de la sphère de la production matérielle proprement dite. […] Dans ce domaine, la liberté ne peut consister qu’en ceci : les producteurs associés – l’homme socialisé – règlent de manière rationnelle leurs échanges organiques avec la nature et les soumettent à leur contrôle commun au lieu d’être dominés par la puissance aveugle de ces échanges ; et ils les accomplissent en dépensant le moins d’énergie possible, dans les conditions les plus dignes, les plus conformes à leur nature humaine. »

(Karl Marx, Le Capital, livre III)

Tout un champ libre à défricher. Et là, on peut se retrousser les manches, mais sans eux et leurs menaces de coups de pied au cul !

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Le travail en miettes Le 2 septembre dernier, François Rebsamen, ministre du Travail, faisait le buzz en brandissant le nombre de 350 000 offres d’emplois non-pourvues en France. Ce faisant, il stigmatisait des chômeurs « tire-au-flanc » qui ne joueraient pas le jeu de la solidarité nationale en temps de crise. Conseiller à Pôle emploi, Vincent décrypte le message à l’aune de son quotidien.

Éphémère revival du STO en Roussillon Le 26 août dernier, Christian Bourquin, président PS de la région Languedoc-Roussillon, décédait des suites d’un cancer. Passé le concert de louanges saluant la pugnacité de l’« animal politique », pas grand monde cependant pour rappeler à quel point ce « socialiste » pur jus fut un précurseur en matière de gestion sociale du travail.

La dame-pipi est l’avenir du chômeur François Rebsamen, le ministre de la remise au turbin, a plus d’un boulot de merde dans son sac pour te ramener dans le giron soyeux du travail. Il y en a un, pourtant, qui échappe encore au catalogue de Pôle emploi. Jusqu’à quand  ?

Fais-moi mal, boss ! Quand on a reçu le visuel de l’affiche « J’aime ma boîte et j’assume ! » à l’adresse mail de la rédaction, on a d’abord cru à un fake...

Heureuse qui comme Françoise… Glandage dans la Drôme, un nom prédestiné. Comme si vous habitiez à Oisif-sur-Yvette ou Paresse-en-Borne. Françoise y vivait sans travail il y a trois ans. Nous l’avons retrouvée…

Les mots du chômage En Auvergne, d’autres récalcitrants explorent le chômage heureux… ou presque. Cet été, certains ont occupé le Pôle emploi avec la compagnie Jolie Môme, pour protester contre les nouvelles dispositions accordées au patronat par le gouvernement.

Revenu inconditionnel, késako ? Enseignant et objecteur de croissance, Baptiste Mylondo ferraille pour démontrer (...)



Par Soulcié. {JPEG}



Nous étions donc une bonne dizaine à nous attrouper tout un week-end dans le jardin du Choa pour notre Grande réunion de rentrée (la Grr, donc !). L’air était doux, les braises du barbecue crépitaient sous le gras des merguez, la bière s’éventait au fil des discussions… Si certaines absences étaient regrettées, nous étions heureux de nous retrouver et l’ambiance était détendue et studieuse.

Une formule à retenir pour l’effet placebo : « La situation économique est moins pire.  » Après le trou d’air lié à notre changement de diffuseur, les ventes en kiosque redécollent légèrement, presque de quoi couvrir nos frais d’impression… mais pas tout à fait. Notre gestion de père de famille commence à porter ses fruits, toutefois nous sommes confrontés à des difficultés de trésorerie avec beaucoup de dépenses qui arrivent à échéance d’ici décembre (imprimerie, loyers, cotisations sociales, etc.) et pas grand’chose dans les caisses.

En attendant l’abolition de l’argent et surtout pour tenir compte de l’augmentation mécanique des coûts d’impression et de diffusion, il a été décidé, la mort dans l’âme, d’une augmentation raisonnable du prix de CQFD dès ce numéro  : 2,80 euros (toujours indexé sur le prix du demi du bar d’à côté, qui n’est pas un modèle en matière de tarifs sociaux mais qui est dans la moyenne).

Toujours est-il que durant la réunion, on a presque réussi à établir un calendrier de thématiques sur l’année. Pour le mois de novembre, attendez-vous à un truc mortel… On annonce aussi : le retour de l’édito (en page 2) et surtout le retour de l’Apéro de sortie, chaque premier vendredi du mois, dans notre niche ou ailleurs.

Domaine public. {JPEG} Grande réunion de rentrée. Moment historique, le Choa se propose pour s’occuper du (...)




Comme bon nombre de mes camerluches, je vais emporter avec moi dans mes expéditions d’été le fort dodu Constellations – Trajectoires révolutionnaires du jeune 21e siècle du collectif Mauvaise Troupe (L’Éclat) au sommaire pas piqué des hameçons, de « Sur la route avec l’autonomie italienne » à « L’Apparition des hackerspaces en France », à « L’Éruption des fêtes sauvages » et aux pages effrontées sur les « Serial sabotages » nous conviant à nous organiser en groupes et en bandes pour « déserter », « arracher des lieux » et « saboter l’économie ».

À fourrer aussi dans votre gibecière de randonnées, fût-ce au détriment de vos sapes de rechange, trois brûlots :

Petit Éloge de l’anarchisme (Lux) de James C. Scott, l’auteur du vital Zomia (Seuil), qui justifie d’une manière originale et contagieuse bien des formes d’insubordination « infrapolitiques » négligées par les nouvelles extrêmes gauches : « Le ralentissement délibéré, le braconnage, le chapardage, la dissimulation, le sabotage, la désertion, l’absentéisme, l’occupation (...)


JPEG S’il y eut incontestablement un « moment antifasciste » en réponse au 6 février 1934 et à l’agitation grandissante des ligues nationalistes, les réalités qu’il recouvre sont complexes. « L’antifascisme du 12 février 1934 est travaillé par une multitude de lignes de forces et/ou de fractures que l’on peut principalement donner par couples : Paris ou province, comités ou partis, réforme ou révolution, république et révolution », rappellent Thierry Hohl et Vincent Chambarlac dans leur ouvrage Un moment antifasciste. La riposte se fit d’abord dans le cadre de collectifs et de comités. Des défilés et meetings défensifs furent organisés dans 346 villes, le 12 février 1934. La CGT appela à la grève générale, mais les partis ne contractualisèrent leur union que de longs mois plus tard, ce qui ouvrit la voie au Front populaire. Au sein des rangs antifascistes, certains ne juraient que par les urnes quand d’autres croyaient qu’il fallait constituer des milices ouvrières, embryon d’une future armée populaire. Cette opposition diamétrale trouve son (...)


Avec près de 60 bouquins au compteur, Gérard Delteil est une figure du polar français. Il cultive néanmoins une différence avec une grande partie de ses coreligionnaires : il ne s’en tient pas à la fiction et mouille la chemise depuis toujours. Ancien du PC, passé par Lutte ouvrière, il milite au NPA et maintient de forts liens avec ses copains cheminots. Voilà pour le situer.

JPEG Il vient de signer Les Années rouge et noir, un long roman de quelque 500 pages publié dans la collection « Roman noir » du Seuil. Pour le coup, l’emballage est trompeur et le titre imprécis puisqu’il ne s’agit pas d’un polar mais d’une vaste fresque sur une génération, celle qui s’éveille au fait politique dans les années 1930 et prend sa retraite à la fin des années 1970.

Ce récit retrace les pérégrinations de trois personnages : Alain Véron, frère d’un communiste mystérieusement assassiné à la Libération ; Anne Laborde, jeune résistante des réseaux gaullistes devenue haut fonctionnaire, et Aimé Bacchelli, ancien collabo et homme de l’ombre influent.

En (...)


Tout oppose le rouleau compresseur des aménageurs de territoire au fragile équilibre des milieux naturels. Lors des quatrièmes Assises nationales de la biodiversité les 23 et 24 juin à Montpellier, les bonimenteurs de l’ingénierie écologique ont tenté de muer bétonneurs en sauveurs des petites bêtes…

Au début, on peine à y croire. Bouygues, Veolia, GDF Suez sous la bannière de la biodiversité ? Un coup d’œil au programme des Quatrièmes Assises nationales de la biodiversité de Montpellier des 23 et 24 juin 2014 confirme le ravalement des devantures des aménageurs de territoire. Exit les records de pollution, destructions de milieux naturels ou édifications carcérales, il est désormais de coutume de mettre la chose environnementale à leur crédit. Biotope, « l’entreprise de l’écologie » (sic) dont les compensations [1] aéroportuaires n’ont pas fini de faire parler d’elles, ou encore d’obscures entreprises de communication en développement durable seront aussi de la partie, histoire de parler nature et stratégie marketing… Et pour choisir les bons tons de couleur verte, quelques associations ou chercheurs sont également présents.

Par Samson. {JPEG} Ces « Assises » portent en elles les stigmates des promoteurs : on se croirait à une foire-exposition, avec ces VRP avenants, ces affiches clinquantes, ces stands aux éclairages sophistiqués et cette mauvaise musique (...)


GRECE : Le Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne, fondé en 1968 par le gratin des eurofascistes hexagonaux, cherche à pénétrer intellectuellement les élites du pays pour faire contre-feu à l’hégémonie culturelle marxiste. Aux débuts des années 80, son aura s’étend jusqu’au Figaro-magazine de Louis Pauwels. Mais les positions hétérodoxes d’Alain de Benoist vont peu à peu déranger autant la vieille base catho-réac que les fachos pure crème d’heil.

Métapolitique (ou tu vas prendre froid) : On l’aura compris les nouveaux droitiers sont de grands embrouilleurs qui manient les concepts comme on fait son marché. Ils se situent sur le terrain de la « métapolitique », c’est-à-dire au-delà du champ politique classique, celui de la politique totââââle, qui envahit tous les domaines de la vie sociale et culturelle. « Polyvalente, la métapolitique doit s’adresser aux décideurs, aux médiateurs, aux diffuseurs de tous les courants de pensée, auxquels elle ne dévoile pas forcément l’ensemble de son discours (...)


Depuis près de quarante ans la – plus tellement – Nouvelle Droite voudrait brouiller les schémas classiques de l’extrême droite à force de puiser des arguments dans la critique socialiste, anti-industrielle et écologique. Elle va jusqu’à titrer un numéro de sa revue Éléments : « La Nouvelle Droite est-elle de gauche ? », profitant des faiblesses de la gauche lâche et moribonde pour prétendre la doubler… sur sa gauche. Mais en grattant le vernis de la complexité intellectuelle réapparaissent vite les vieilles lunes anti-égalitaires et identitaires. Stéphane François qui a publié Au-delà des vents du Nord : L’extrême droite française, le pôle Nord et les Indo-Européens (PUL, 2014) revient sur l’influence réelle de ce courant.

CQFD : Quelles sont les motivations qui vous poussent à enquêter sur l’extrême droite radicale, la Nouvelle Droite plus particulièrement ?

Stéphane François : D’où je parle ? Vaste question. Premièrement, je viens d’une famille de résistants, avec un grand-père que j’adorais et qui était un militant anarchiste. Je pense qu’inconsciemment, il m’a beaucoup influencé… Ensuite, la mode en musique à la fin de mon adolescence était le Dark Folk. J’ai donc été bercé par Death In June, Non, Sol Invictus, Current 93, etc. J’ai traîné mes guêtres dans le milieu indus lillois pendant mes études, dévorant les fanzines sur le sujet, dont certains étaient téléguidés par des nationalistes-révolutionnaires, qui faisaient beaucoup de publicité à la Nouvelle Droite et à ses tendances. Enfin, je dévore depuis mon adolescence tous les livres sur les marges (contre-cultures, ésotérisme, etc.). Lorsque j’ai eu assez de recul, je me suis rendu compte qu’il y avait un sujet d’étude. Cela fait vingt ans que j’y suis plongé et je ne pense pas (...)



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