CQFD

En couverture : « Dirty dancing ! », par Etienne Savoye

Quelques articles seront mis en ligne au cours du mois. Les autres seront archivés sur notre site progressivement, après la parution du prochain numéro. Ce qui vous laisse tout le temps d’aller saluer votre marchand de journaux ou de vous abonner...

Actualités d’ici & d’ailleurs

- Les jardins ouvriers d’Aubervilliers : un éden menacé – Créés en 1935 sur l’une des terres maraîchères les plus vastes d’Île-de-France, les jardins ouvriers des Vertus s’étalent sur 26 000 m2. Aujourd’hui, 4 000 m2 sont menacés de disparaître sous le béton pour faire place à une piscine d’entraînement, un spa et un solarium, dans le cadre des Jeux olympiques de Paris 2024. (...)





État d’urgence technologique. Voilà le titre aussi parlant qu’alarmant du dernier ouvrage du journaliste Olivier Tesquet. Il y décrit comment la surveillance généralisée a étendu son emprise à la faveur de la pandémie, avec d’étranges acteurs aux manettes. Zoom, en sa compagnie, sur cinq entreprises méconnues du grand public qui propagent le germe du flicage technologique à vitesse grand V(irus).

Collage de 20100

En janvier 2020, au temps d’avant donc, le journaliste Olivier Tesquet publiait À la trace. Enquête sur les nouveaux territoires de la surveillance  [1]. Un livre qui déjà faisait office de sonnette d’alarme, volume au max. Ce spécialiste des nouvelles technologies, qui bosse notamment pour Télérama, y disséquait la prédation de nos données par de multiples biais, des caméras de surveillance aux assistants vocaux en passant par les réseaux sociaux, nos achats en ligne ou nos brosses à dents connectées. Il y a le feu au lac dystopique, disait-il en substance.

C’est peu dire que la situation ne s’est pas améliorée depuis l’irruption planétaire du Covid. Le constat est simple : s’il y avait fuite en avant, il y a désormais grande ruée. Car la pandémie a encore accéléré le mouvement qui voit nos espaces publics et privés être envahis par des cohortes de prédateurs assoiffés de big data, ce nouvel or noir. Olivier Tesquet a donc planché sur un nouvel opus, publié en février : État d’urgence technologique. Comment l’économie de la surveillance tire parti de la pandémie.

Se complétant parfaitement, les deux ouvrages laissent une impression de grande foire d’empoigne – presque de mêlée furieuse. D’un côté, vulnérables et esseulées, nos données personnelles – ce qu’on consomme, ce qu’on aime, ce qu’on voit, mais aussi nos visages, nos démarches, nos maladies, nos émotions. Et de l’autre, prête à tout pour nous les piquer afin de les monnayer : une meute de charognards, excités par la crise et les opportunités qu’elle offre. Il y a les acteurs habituels bien sûr, au premier rang desquels les États, ravis de donner un énième tour de vis sécuritaire, notamment en matière de flicage des rues. Les GAFAM [2] ne sont pas en reste, eux qui ont fait sauter tous les verrous, opérant de grandes (...)




Slatko, Raymond, Jacques et les autres
Licencier tue

paru dans CQFD n°199 (juin 2021), par Sébastien Bonetti

Quatre mois après l’annonce de la liquidation de l’usine qui l’employait, Slatko s’est suicidé. Pour des raisons intimes ? À cause de la violence d’un système qui délègue l’accompagnement des chômeurs à des entreprises ? Parce qu’il n’a pas supporté l’injustice de voir fermer une usine qui tournait ? Certainement un peu des trois.

Il est tentant de dresser des parallèles entre le destin de Slatko et celui du personnage principal de Moi, Daniel Blake, film de Ken Loach sorti en 2016. Daniel Blake a 59 ans. Slatko [9] en avait 51. Dans les premières minutes du film, le menuisier entame sa descente aux enfers en répondant aux questions d’une boîte américaine missionnée (...)


Cryptomonnaies & réchauffement climatique
Le bitcoin, ou comment accélérer face à un mur

paru dans CQFD n°199 (juin 2021), par Johnny Deep, illustré par

C’est une monnaie virtuelle qui a l’avantage d’exister indépendamment des États et des banques. Mais, victime de son succès, le bitcoin est devenu un produit de spéculation comme un autre. Surtout, son fonctionnement nécessite de délirantes quantités d’énergie : à l’année, le système bitcoin consomme plus d’électricité que la Belgique. Explications.

Illustration de Clément Buée

Qu’est-ce qu’une cryptomonnaie ?

C’est en premier lieu une monnaie. Même si elle n’a pas d’existence matérielle, elle permet d’acheter et de vendre des biens et services, au même titre que les euros. Or ces euros, nous les échangeons de plus en plus souvent par carte bancaire ou par virement, donc de manière électronique. Ce (...)


Je vous écris de feu l’usine
La fin du monde industriel ?

paru dans CQFD n°199 (juin 2021), par Jean-Pierre Levaray, illustré par

Pendant dix ans, de 2005 à 2015, Jean-Pierre Levaray a tenu dans les pages de CQFD une chronique corrosive intitulée « Je vous écris de l’usine ». Il a repris la plume pour ce dossier, posant son regard aiguisé sur l’impact des restructurations et des fermetures.

Illustration de L.L. De Mars

J’ai travaillé pendant plus de quarante années en usine. Une usine de l’industrie chimique de la région de Rouen (Seine-Maritime). Gasp  ! Quarante ans dans la même usine ! Quelque chose qu’on ne peut plus imaginer aujourd’hui. Je vous en ai déjà parlé, il y a quelques années, à travers ma chronique « Je vous écris de l’usine [(...)


Jeudi 14 janvier 2021, la Direction de la sécurité civile et des risques majeurs de la Ville de Toulouse est venu constater que Mix’Art Myrys n’était pas aux normes – sous un toit en amiante loué et mis à disposition par la mairie depuis quinze ans, amusant – puis a fait ordonner sa fermeture administrative. L’histoire d’une municipalité qui décide de s’amputer définitivement de son bras gauche.

Mix’Art Myrys c’est un collectif d’artiste autogéré, 4 000 m² de locaux dédiés à toute forme artistique qui peut y rentrer : des ateliers de plasticien·nes, constructeur·ices, des salles de spectacles, un studio audiovisuel, un FabLab, un fournisseur d’accès internet associatif, une salle de répétition, de la sérigraphie, de (...)


On connaît tous l’expression « apporter des oranges en prison ». Elle apparaît aujourd’hui bien incongrue : si dans le passé les prisonnier·es ont pu dépendre des colis alimentaires de leurs proches, c’est à présent surtout des sacs de linge qui sont amenés lors des parloirs. Ironie de l’histoire, la couleur orange est aujourd’hui associée aux prisons en raison de la teinte des uniformes dont ont été affublés certains prisonniers de guerre à Guantánamo. De la commercialisation de déguisements de prisonnier·es aux défilés de mode entre les murs, en passant par la mode « Made in Prison », détricotons les liens qui se sont tissés entre l’industrie textile et les prisons !

Illustration de Vincent Croguennec

Ces dernières années, mes recherches sur la matérialité de l’expérience carcérale m’ont conduite à travailler sur la « culture de la punition », pour reprendre l’expression de Michelle Brown [1], qui désigne la manière dont la culture populaire et des pratiques culturelles ordinaires témoignent de l’idéologie punitive et de (...)


Entretien avec l’anthropologue Dorothée Dussy
Inceste : silence, on écrabouille

paru dans CQFD n°199 (juin 2021), par Mathilde Offroy, illustré par

Souvent relégué au rang de fait divers sordide, longtemps protégé par un silence de plomb, l’inceste est pour l’anthropologue Dorothée Dussy le Berceau des dominations, titre de l’enquête percutante qu’elle a consacrée au sujet.

Illustration Sarah Fisthole

Anthropologue au CNRS, Dorothée Dussy a subi des abus sexuels pendant son enfance. C’est ce qui l’a poussée à mener une longue enquête ethnographique sur l’inceste. Durant plusieurs années, elle a rencontré, par le biais d’associations d’accueil de victimes, en France et au Québec, des personnes ayant subi l’inceste enfants. (...)


Conseiller municipal à Sotteville-lès-Rouen, obédience France insoumise, Alexis Vernier nous a proposé de publier ce texte sur un livreur Uber Eats fauché dans l’indifférence générale, Chahi. Comme il est poignant et s’attaque à une question qui nous tient à cœur, hop, le voilà.

Je suis allé ce soir à la rencontre de livreurs Uber Eats. Pour voir ce qu’ils avaient à dire sur le drame à Sotteville, où l’un des leurs est décédé jeudi dernier. Pour voir si ça leur évoquait quelque chose. Un commentaire, une idée, une colère. Surtout, pour en savoir un peu plus sur ce livreur, pour les écouter.

Après m’être (...)


Mise à mort d’une usine
Après l’abattoir

paru dans CQFD n°199 (juin 2021), par Tiphaine Guéret, illustré par

Fin 2013, l’abattoir Gad de Lampaul-Guimiliau (Finistère) fermait ses portes, laissant sur le carreau 889 salariés. Comment réinventer sa vie après plus de quinze ans d’usine et huit mois de lutte pour conserver son emploi ? C’est la question que le réalisateur Philippe Guilloux a posée, cinq ans plus tard, à sept anciens salariés.

Illustration Gwen Tomahawk

« Il y a dans cette société une majorité de femmes. Il y en a qui sont pour beaucoup illettrées. » Nous sommes le 17 septembre 2014 et la voix d’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, résonne sur les ondes d’Europe 1. Ces « femmes pour beaucoup illettrées » dont il parle, ce sont les anciennes salariées de Gad, (...)


Entretien avec le sociologue Ugo Palheta
« Le fascisme a muté »

paru dans CQFD n°199 (juin 2021), par Emilien Bernard, illustré par

Dans La Possibilité du fascisme – France, la trajectoire du désastre, publié en 2018 à La Découverte, Ugo Palheta dressait un tableau alarmant de la situation politique hexagonale, sonnant l’alerte brune. Depuis, c’est peu de dire que les choses ont empiré. Entretien.

Illustration de Jérémy Boulard Le Fur

« Il faut attirer violemment l’attention sur le présent tel qu’il est si on veut le transformer. Pessimisme de l’intelligence. Optimisme de la volonté. » C’est en conclusion de son ouvrage La Possibilité du fascisme, intitulée « Conjurer le désastre », que le sociologue Ugo Palheta mobilise cette citation du théoricien politique (...)



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