Prédation immobilière
Airbnb choisit Marseille pour son dîner de cons annuel
« Airbnb, casse-toi, Marseille n’est pas à toi ! » Aux cris de ce slogan, les militants se sont élancés jusqu’au restaurant La Cantine de Babel Community, bien décidés à chahuter le banquet des convives. La rencontre se déroulait dans ce « coliving » implanté rue de la République – artère tristement célèbre pour les expulsions de masse de la fin des années 2000. Verres alignés, cocktails branchés, petits plats raffinés : on riait fort en évoquant « optimisation », « expérience voyageur », « taux d’occupation ». Un toast à ce modèle qui fait de Marseille l’objet d’appétits insatiables d’investisseurs, et la rend progressivement inhabitable pour ceux qui y vivent encore.
D’abord souriants, les convives ont réagi avec moquerie et dédain. Puis, constatant avec stupeur que la colère prenait de l’ampleur, les délogeurs se sont finalement repliés à l’intérieur du commerce, laissant derrière eux vestes et repas à peine entamés. Malgré les avertissements des vigiles, les militants n’ont pas flanché : la vitrine s’est fendue sous un coup de pied bien ajusté. Le restaurant a aussitôt baissé le rideau.
Peu connu du grand public, ce programme de coaching permet aux investisseurs de se structurer entre pairs. Les « ambassadeurs » forment les nouveaux hôtes, les « leaders » animent des communautés locales. Chacun s’implique moyennant avantages en nature et compensations versées par la plateforme. Récemment, Airbnb proposait à des étudiants, engagés comme auto-entrepreneurs, de convaincre des multipropriétaires de devenir utilisateurs. Bref, le dispositif « ambassadeurs et leaders » vise à créer un réseau d’influence sur l’ensemble du territoire, à légitimer l’expansion de l’entreprise et à normaliser son modèle fondé sur la dérégulation du foncier.
« On ne veut pas de ces investisseurs qui marchandent le droit au logement », lâche un Marseillais venu soutenir l’action. La ville connaît trop bien le sujet. Selon la mairie, la baisse de l’offre locative atteint désormais 88,8 %. Dix jours après l’hommage aux victimes de la rue d’Aubagne, et à dix jours du procès des multipropriétaires Airbnb, cette rencontre faisait figure de provocation. Absents à l’audience, les prévenus ont laissé leurs avocats clamer leur innocence, décrivant des investissements peu rentables et des propriétaires présentés comme d’honnêtes gens dépassés par une paperasse jugée excessive.
Après des années de Far West dans le business du « meublé de saison », la Ville semble désormais vouloir montrer l’exemple. Résolument entrée en campagne, elle s’est constituée partie civile. Délibéré le 2 février. Pour certains, Gaudin n’aurait pas fait mieux.
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CQFD n°248 (janvier 2026)
En Syrie, les Druzes de Soueïda continuent de se battre pour l’indépendance après la chute de Bachar al-Assad : iels nous racontent leur méfiance vis-à-vis du nouveau pouvoir en place. En France, si on n’a pas été choqué-es que l’Etat et les fachos s’engouffrent dans la brèche guerrière du moment, quand la gauche s’y est mise, on a eu du mal à avaler la pilule. Entre réarmement démographique et le Service national universel, des gens qu’on pensait camarades se sont dit prêts à prendre les armes. Chez nous, c’est pas question. Pour s’en échapper, on s’est plongé dans des supers bouquins et ça nous a inspiré : rencontre avec Wendy Delorme, autrice de romans d’anticipation queer et écolo, entretien avec Benjamin Daugeron qui raconte l’alcoolisme de son père dans Treize années à te regarder mourir et analyse du Girlcott qui a mené à l’annulation du Festival de BD d’Angoulême.
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Paru dans CQFD n°248 (janvier 2026)
Dans la rubrique Actualités
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Mis en ligne le 03.01.2026
Dans CQFD n°248 (janvier 2026)



