CQFD

Renvois de ballons verts dans la ville rose

Un casque cousu d’or


paru dans CQFD n°145 (juillet-août 2016), par Éric Dourel
mis en ligne le 30/08/2018 - commentaires

C’était un endroit tellement peinard que peu de Toulousains connaissent son existence. En plein centre de Toulouse, sur l’Île du Ramier, il existe un lieu où grands arbres, oiseaux et homosexuels cohabitent depuis cinquante ans en parfaite harmonie. Leur repaire ? Une ancienne usine hydro-électrique construite en 1918, surnommée « le temple du foutre », qui tous les soirs sert de lieu de rencontres et de (ré)jouissances.

Oui mais, voilà, depuis que Jean-Luc Moudenc (Les Républicains) a récupéré en 2014 son écharpe de maire, il rêve de transformer toute l’Île du Ramier en « un Grand Parc Garonne », avec, comme l’explique ses services, « priorité à la nature, aux sports et à la culture ». Traduction : On vire les pédés, on dégage les piafs et on privatise tout ce qui traîne. Et pour commencer en fanfare, rien de tel que de dérouler le tapis rouge à Jean-Pierre Rives, ancienne gloire locale du rugby et ex-capitaine du XV de France. Ce dernier a racheté cette vieille bâtisse en 2007 pour une bouchée de pain (74 000 euros). Et devinez qui la lui a vendue ? La mairie de Toulouse, dirigée à l’époque par un certain Jean-Luc Moudenc (c’était son premier mandat). « Casque d’or » (surnom de Rives) ravi, avait pris le melon, imaginant transformer le lieu en une guinguette de bord de Garonne. Mais avec l’arrivée de la gauche au Capitole (2008-2014), le projet est retourné dans les cartons. Logique : primo, la parcelle sur laquelle se situe la centrale hydroélectrique est en zone inondable. Deuzio, selon le Plan local d’urbanisme (PLU), c’est niet pour « les nouvelles occupations et utilisations du sol à destination d’habitat, d’hébergements hôteliers, de bureaux, de commerce, d’artisanat, d’industrie, d’exploitations agricoles ou forestières, entrepôts ». Tertio, le site est planté en plein cœur d’une zone Natura 2000. Bref, « Casque d’or » peut aller jouer à la baballe ailleurs.

Sauf que le 5 juin, Rives, associé à trois restaurateurs du cru, a ouvert « La Centrale » sur le site de l’ancienne usine hydroélectrique. En extérieur, deux bars aménagés sur trois grandes terrasses qui jouxtent la Garonne. Dans l’ancien bâtiment, les cuisines. Objectif : accueillir pendant trois mois, sept jours sur sept, quelques 200 à 300 clients affamés et assoiffés. Et notamment profiter de l’Euro pour attirer les supporters de foot qui sortent du Stadium, à deux pas de là. Mais comment s’y est-il pris ? Sachant qu’il a fait des travaux de terrassements en extérieur, édifié des murs à l’intérieur et tout ça sans le moindre permis de construire. Magie bien sûr ! Mais avec une grosse ficelle. La mairie est en effet en train de revoir actuellement le PLU. Et alors que l’enquête publique s’est terminée le 9 juin (4 jours après l’ouverture du bar à tapas de Rives), elle a d’ores et déjà prévu d’attribuer « une fonction commerciale » à la parcelle de Jean-Pierre Rives. Sauf que le temps que ce nouveau plan soit effectif, on sera en fin d’année. Pas grave : « Casque d’or » a bénéficié d’une « autorisation temporaire pour accueillir du public ». Et qui la lui a signée ? Une élue déléguée à l’état civil et à la célébration des mariages... Un bien beau passe-droit. Sûr que les tenanciers des bars toulousains ont apprécié. En février dernier et en moins d’une semaine, huit d’entre eux se sont pris une fermeture administrative dans les dents. Certains n’avaient pas déclaré des travaux, d’autres accueillaient trop de monde. Et surtout, aucun d’entre eux n’était une ancienne gloire du rugby...



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Par Éric Dourel


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