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Pierre Joxe et Anne Lauvergeon, mais qu’est-ce qu’on va faire d’eux ?


paru dans CQFD n°97 (février 2012), rubrique , par Gilles Lucas
mis en ligne le 05/04/2012 - commentaires

Pierre Joxe

Bouleversant ! Il aura fait le tour des médias pour s’en prendre au regard que portent la justice, la police et les hommes politiques sur et contre la jeunesse. Il se sera élevé contre les « réactionnaires », y compris ceux de gauche, qui demandent toujours plus de répression, qui gèrent la peur comme un fonds de commerce et les autorités de la magistrature qui ont entériné les condamnations automatiques pour les mineurs récidivistes. Il aura rappelé que partout, toujours, les enfants et les jeunes suscitent et ont suscité contre eux l’incompréhension, voire la colère, et parfois même la haine, des générations précédentes. Il aura invoqué Platon qui en parlait déjà, et François Villon l’élève indocile, et osera même s’interroger sur la jeunesse de ces zélateurs des prisons pour mineurs, de ceux qui veulent les revêtir d’un uniforme militaire ou créer un fichage dès l’âge de trois ans. Il aura insisté sur le fait que la délinquance est avant tout un produit de la misère sociale. Car, pour cet humaniste, la véritable conception de cette justice doit se nourrir à l’aune de ce principe : quand un enfant vole un vélo, ce n’est pas au vélo qu’il faut s’intéresser mais à l’enfant. De qui s’agit-il ? De Pierre Joxe, aujourd’hui devenu avocat pour mineurs après avoir été, entre autres, ministre de la Défense et à deux reprises ministre de l’Intérieur de Mitterrand, fonctions qui par essence ont plutôt porté atteinte à l’intégrité humaine. Flash-back : entre juillet 1984 et mars 1986, date de sa première fonction en tant que chef de la police, pas moins de onze personnes ont perdu la vie après avoir été malencontreusement confrontées à des policiers. Pendant son second ministère à la tête des forces de l’ordre [1], de mai 1988 à janvier 1991, sept autres ont connu le même sort. Confronté aujourd’hui, en tant qu’avocat, à la réalité de la justice, de la prison et des comportements policiers vis-à-vis des mineurs, il concède un « J’avais découvert la réalité un peu tard, c’est vrai [2]  ! ». C’est dire, venant de la bouche d’un ancien ministre, magistrat et haut fonctionnaire d’État ! Et le voilà qui naît au monde, scandalisé par le sort réservé aux prisonniers de la misère. Quant à l’ignorance totale qu’ont, comme lui, les dirigeants et les hommes politiques sur la vie réelle du bétail humain, silence absolu : il y va de la pérennité des oligarchies…

Anne Lauvergeon

Scandalisée, elle est aussi, l’ex-patronne d’Areva, qui, après avoir été déboulonnée de son poste, s’indigne que certains de ses proches aient pu être surveillés et écoutés par quelques officines obscures de police parallèle [3]. Que d’émotions pour cette femme qui fut à la tête du principal fleuron du lobby nucléaire et qui était plutôt habituée jusqu’alors à être du côté de ceux qui surveillent, font pression et enfument les autres. Lui faire subir un pareil sort, à elle, alors que, encore aujourd’hui, elle est vice-présidente du conseil de surveillance du groupe Safran dont les activités sont pour une part tournées vers la fabrication de matériels militaires tels que les drones et les systèmes de visée nocturne, et pour l’autre vers la mise au point de dispositifs biométriques comme le traitement des empreintes digitales et palmaires ou encore la reconnaissance faciale ou de l’iris…

Décidément, à l’instar de Jacques Chirac et de ses opportuns trous de mémoires, l’anosognosie serait-elle contagieuse dans les milieux dirigeants…


Notes


[1Liste sur http://infokiosques.net/imprimersans2.php?id_article=677. Une autre comptabilité macabre a été publiée par Maurice Rajfus dans son livre, paru 2002, La Police et la peine de mort (L’Esprit frappeur). Ce même auteur rappelle, dans CQFD n°54, que « en 1988, Pierre Joxe a proposé de désarmer la police ». Avec le succès que l’on connaît…

[2Sur France Inter, le 11 janvier 2012.

[3Le 19 décembre, Anne Lauvergeon a déposé plainte contre X pour des écoutes illégales réalisées sur les activités de son mari et sur sa vie personnelle.



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Par Gilles Lucas


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