CQFD

Morceaux volés du 84


paru dans CQFD n°84 (décembre 2010), rubrique
mis en ligne le 09/01/2011 - commentaires

Tout s’explique

« Les médias populaires d’aujourd’hui sont des médias commerciaux qui parviennent à toucher les ressorts de la sensibilité et de lecture populaire du monde mais qui n’ont pas d’autres logiques que celles du profit et de la rentabilité. Quant aux médias “engagés” qui cherchent à défendre les intérêts des classes populaires, ils sont justement peu lus par ceux dont ils s’affirment les porte-parole : la logique de la légitimité politique les conduit à adopter des mots, des représentations et des schèmes qui ne sont pas ceux de leurs lecteurs […]. Depuis Le Cri du peuple de Jules Vallès, qui au XIXe siècle avait réussi à conquérir une véritable audience dans les milieux populaires, aucun journal (sauf peut-être L’Humanité après la Deuxième Guerre mondiale, mais d’abord parce qu’il s’appuyait sur l’influence du Parti communiste), n’a réussi à être à la fois engagé et populaire. Alors que le champ médiatique est en pleine restructuration, s’engager dans l’aventure de la construction d’un tel média supposerait de rompre avec tout préjugé intellectualiste, de prendre au sérieux les faits divers, le sport, les potins pour ce qu’ils recèlent d’une forme de conscience politique pour les articuler de façon plus souple avec les discours programmatiques et le jeu politique. »

Vincent Goulet, Médias et classes populaires. Les usages ordinaires des informations, INA éditions, 2010.

La ville en rose

« Nous entendîmes alors le ronflement du Canadair, au loin. Il rasait les arrondissements. Momo riait nerveusement. L’avion passa au-dessus de nous en vrombissant, et largua ses trois mille litres de peinture rose sur le Sacré-Cœur. Le plan du siècle. Quelle jouissance ! L’appareil tourna une fois autour de l’église réactionnaire et disparut vers l’ouest. Momo et moi passâmes deux heures extra-humaines à voir le soleil couchant éclairer de ses feux de plus en plus maigres la meringue maléfique qui trônait au-dessus de Paris. Le merdier avait quand même ses bons côtés. »

Jean-Bernard Pouy, Spinoza encule Hegel, Gallimard – Folio Policier, 1999 (Éditions Baleine, 1996).

Oh, une chanson…

« Voilà que des animalcules

Qui ont un cerveau minuscule

Sauf pour leur argent qui les brûle

Décident de qui vit qui s’annule

Ces rois sans nom à particule

Font leur parade comme des consuls

Pour leur pognon qui s’accumule

Et leurs profits qui nous enculent

Ils assassinent comme des pit-bulls

Pour l’inutile de leurs bidules

La terre engraisse un groupuscule

Et crève de faim sous canicule

Ils sont tout seuls et on pullule

Leur fin du monde et leurs calculs

Comme tous leurs arguments sont nuls

Car les idées toujours circulent

Comme le bon sang dans les veinules

Elles se construisent et se modulent

Sans manifeste en fascicule

Nous ne sommes pas des matricules Des moutons bouffeurs de pilules

Nous sommes surtout des têtes de mules

Pour notre vie brisons nos bulles. »

Daniel Hélin, « Les bulles », Les bulles, Label Tôt ou tard, 2001.



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