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Morceaux volés du 83


paru dans CQFD n° 83 (novembre 2010), rubrique
mis en ligne le 13/12/2010 - commentaires

Plan banlieue

« Près de la voie ferrée avait été tracée une autoroute et, dans les années 1970, on avait construit de nouvelles villes industrielles où étaient venus s’installer des tas de gens, contraints de travailler pour contribuer au progrès de la “patrie socialiste”. Toutes ces villes étaient pareilles ; elles étaient formées de cinq ou six quartiers appelés microquartiers, et constituaient un paysage d’une tristesse noire. Les immeubles étaient tous sur les mêmes modèles : des bâtisses de neuf étages alignées sur trois rangées avec des petits jardins à l’avant où l’herbe ne poussait jamais et où les arbres ne survivaient pas plus d’une saison à cause du manque de soleil. […] Bref, dans notre ville, [ces quartiers étaient] habités par des misérables et des désespérés : la plupart étaient des voyous, le genre de type qu’en Sibérie on appelle des “marginaux”, c’est-à-dire des délinquants d’une ignorance crasse, incapable de suivre les lois d’une vie criminelle honnête et digne. »

Nicolaï Lilin, Urkas ! Itinéraire d’un parfait bandit sibérien, Denoël, 2010.

Il a changé, non ?

« Il est vrai que le contraste peut apparaître quelque peu saisissant, entre le Val qui, devenu sous Sarkozy patron de France Inter, licencie en juin 2010 les humoristes Stéphane Guillon et Didier Porte, et le Val qui, patron de Charlie Hebdo, rédigeait en 2007 de bouleversantes plaidoiries pour la liberté d’expression, jurant que “tout ce qui pourrait prêter à controverse” pouvait et devait être librement dit, et qui écrivait par exemple : “À chaque fois que l’on recule, à chaque fois que l’on est prudent ou responsable à l’intérieur de nos États de droit, on perd l’estime de ceux qui nous font reculer, ils ne font que nous mépriser car devant eux, nous piétinons nos propres valeurs.” »

Sébastien Fontenelle, Même pas drôle – Philippe Val, de Charlie Hebdo à Sarkozy, Libertalia, 2010.

Guillotine lente

« Méditer l’ignominie des quartiers de haute sécurité, dénoncés par Roger Knobelspiess dans son brûlot, QHS, avant d’être rebaptisés QI (quartiers d’isolement) par les socialos sous la houlette de Robert Badinter, garde des Sceaux. Comment oser prétendre que les QI sont moins abjects que les QHS, les QSR (quartier de sécurité renforcée) et les QPGS (quartier de plus grande sécurité) ? Ce grand humaniste, devenu saint laïque depuis l’abolition de la peine de mort, a prolongé la “mort blanche” des QHS par celle des quartiers d’isolement. Les mouvements de prisonniers ont d’ailleurs toujours inscrit la fermeture des QI en tête de leurs revendications. »

Louis Beretti, Même à mon pire ennemi… – Souvenirs d’une parenthèse : prison de Fresnes 1980-1985, L’Insomniaque, 2010.

Que vous sers-je ?

« Je ne crois pas que la “dictature du prolétariat” puisse revivre dans les luttes de l’avenir. […] En ce sens, la révolution prolétarienne n’est plus, à mes yeux, notre fin : la révolution que nous entendons servir ne peut être que socialiste, au sens humaniste du mot, et plus exactement socialisante, démocratiquement, libertairement accomplie… En dehors de la Russie, la théorie bolchevik du Parti a complètement échoué. La centralisation, la discipline, l’idéologie gouvernée ne peuvent désormais que nous inspirer une juste méfiance, quelque besoin que nous ayons d’organisations sérieuses… […] Ce que le stalinisme a fait pour inculquer à ses opprimés l’horreur et le dégoût du socialisme est inimaginable : des courants de réaction sont à prévoir en Russie et plus encore chez les peuples non russes, surtout chez les musulmans de l’Asie centrale, depuis longtemps travaillés par les aspirations pan-islamiques. »

Victor Serge, « Trente ans après la Révolution russe » (Mexico, juillet 1947), in La Révolution prolétarienne, novembre 1947.



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