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Mais qu’est-ce qu’on va faire de la Charte des socialistes pour le progrès humain ?


paru dans CQFD n°128 (janvier 2015), rubrique , par DiOlTo
mis en ligne le 17/02/2015 - commentaires

Le socialo nouveau est arrivé… Et il a toujours le goût d’eau. Au moment de sortir sa Charte des socialistes pour le progrès humain, censée actualiser le logiciel idéologique du parti, le PS avait pourtant claqué les petits plats dans les grands  : « Vous avez 15 secondes sur le compte Instagram du Parti socialiste pour contribuer à reformuler l’identité des socialistes » proposait, grand seigneur et la main sur le coeur, le site des « États généraux » du parti. La rengaine est connue  : chaque nouveau premier secrétaire – pour cette fois, Jean-Christophe Cambadélis – a besoin de réinventer l’eau tiède pour se faire mousser. Mais que seuls un quart des militants encore fidèles à la maison rose aient validé le texte final ne dit pas assez combien plus personne ne se soulève le sombrero quand le PS écrit. En 2008, en plein sarkozysme triomphant, sa pourtant très officielle Déclaration de principes n’avait pas déplacé plus de la moitié de ses membres, pour voter un texte dont finalement même la NSA n’a plus connaissance. Chanter les ripailles d’Hollande avec la finance tout en contant mirette au militant de base  : le PS s’essayait pourtant cette fois à un exercice littéraire plein d’audace. Après tout, à y regarder de près, le texte validé le 6 décembre dernier se paye bien quelques petits plaisirs vintage  : on y croise le « mouvement ouvrier », des « prolétaires », les « quartiers populaires » – et même des « rapports de classe ». Autant de fantômes du passé qui s’emmerdaient ferme dans les greniers de Solférino. Mais cette petite sortie à l’air libre aura bien du mal à déboussoler le péquin. L’argumentaire reste enfermé dans ce que le trop méconnu congrès de l’Arche, en décembre 1991, avait déjà fixé  : fini les conneries, le marxisme c’était avant, « l’économie de marché » – enfin le capitalisme quoi  ! –, c’est maintenant.

Résultat, plus de vingt ans plus tard, la Charte arrive encore à s’étonner de ce que « le rapport de force entre capital et travail s’est détérioré au détriment des salariés »… sans pourtant renoncer à agir « dans le cadre de l’économie de marché ». Il faut dire que dans la liste des personnalités « auditionnées » pour préparer le texte, on retrouve parmi les plus hargneux des représentants dudit salariat, tels que François Chérèque, ancien boss du syndicat jaune CFDT, ou Louis Gallois, ancien d’HEC et auteur du rapport scélérat du même nom. Pas la peine de s’étonner, dans ces conditions, que le texte de la Charte se cherche une alliance de classe taille patron  : « ouvriers, employés de la fonction publique et du secteur privé, ingénieurs, entrepreneurs, paysans, artisans, créateurs, doivent se rassembler en une alliance des producteurs ». Du riche au pauvre, en passant par le pauvre moyen et le moyen riche. À ce tarif, l’objectif délirant brandi récemment par Cambadélis, et consistant à faire bientôt du PS le « parti de masse » qu’il n’est plus, en deviendrait presque crédible. La Charte a beau donner dans «  l’internationalisme » dès le premier paragraphe, voilà que, page 16, elle fait rouler tambours derrière «  les entreprises, TPE, PME, ETI, grands fleurons, pour qu’elles fassent la course en tête dans la compétition internationale ». En clair, je veux bien être «  internationaliste », si c’est bien moi qui te marche sur la tête. Détail cruel  : le 9 décembre dernier, soit trois jours après l’officialisation en grande pompe d’un texte qui parle d’« instaurer une taxation des transactions financières », Michel Sapin et Pierre Moscovici lustrent la plaidoirie du lobby bancaire à Bruxelles pour s’opposer à… la taxation des transactions financières. Mais peu importe. En plein chômage de masse, le PS affûte ses répliques  : « Pour réaliser le progrès humain, les socialistes affirment la nécessité de défendre le bien commun et l’intérêt général.  » Cette punchline

Qu’on ne se moque pas  : le PS sait aussi se montrer plus rugueux. Alors qu’il célébrait à Paris et tous mocassins dehors l’édition de ces 24 pages ineptes, 300 militants de la coordination des chômeurs et précaires d’Île-de-France venus leur rendre visite se sont faits accueillir à coups de gaz, matraques et Taser [1]. C’est que le socialo nouveau est tout comme l’ancien  : plus à l’aise avec les jouets du pouvoir qu’avec les projets d’émancipation. Alors après l’avoir lu, que faire de ce foutu texte ? Sans doute ce que, d’ordinaire, on peut faire à l’aide d’un papier rose.


Notes


[1« États généraux du PS  : dialogue à coups de Taser », communiqué de la CIP-IdF.



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