CQFD

Le courrier des lecteurs du n°130


paru dans CQFD n°130 (mars 2015), rubrique , illustré par
mis en ligne le 05/04/2015 - commentaires

De quoi laïcité est-il le nom ?

Un petit (façon de parler) mot à faire suivre à Bruno Le Dantec, siouplaît, merci (suite à l’article "De quoi Charlie est-il le nom ?").

Le jour de la manif pour la « liberté de dessiner et de se marrer », on a défilé avec des potes en province à des centaines de kilomètres du plus que douteux cénacle parisien hollandiste. Je n’ai pas applaudi quand les croquantes et les croquants ont salué la police, pour ça il m’aurait fallu trois ou quatre paires de mains de plus et pas mal de neurones en moins. Sur ma pancarte il n’y avait pas écrit « Je suis CHARLIE », parce que je préfère inventer moi-même les slogans avec lesquels je défile et quand le troupeau a bêlé La Marseillaise je suis resté sans voix...

Tout ça pour dire que ton article m’est allé droit au cœur. Sauf que quand même, quand tu mets les dessins de Charlie et la droite xénophobe dans le même sac sous prétexte qu’ils dénoteraient d’« un racisme de gauche », alors là désolé je ne te suis plus. Attention à l’emploi du vocabulaire  : si l’anticléricalisme est du « racisme de gauche » alors la loi Macron est remplie d’« avancées sociales de droite »...

Depuis début janvier le citoyen sincèrement de gauche aurait donc le droit d’être laïque mais pas trop, tout en restant très respectueux des religions monothéistes dominantes ? Si c’est ça le seul espace de liberté bien-pensante qu’il nous reste, les balles de kalach’ ont bien réussi leur coup.

Je suis athée simplement parce que Dieu n’existe pas, mais je suis surtout anticlérical. Attention, je ne roule pas l’abbé Pierre et Paul VI, ni la foi et la religion dans la même aube [1], mais au final, quand on pèse l’apport du judaïsme, du christianisme et de l’islam à l’humanité depuis 2 000 ans il est très globalement négatif. Quand tu as constaté ça, tu fais quoi ? Se marrer aux dépens de ces fléaux, c’est déjà un début de quelque chose.

En 2015 se foutre de l’islam ce n’est pas se moquer des musulmans de base, c’est faire exactement ce que faisait Siné Massacre dans les années 60  : se foutre des religieux et de leur prophète. À l’époque on a appelé ça de la satire et le pouvoir a brandi la censure  : logique, c’était son rôle. Mais au moins la gauche n’a pas crié au racisme anti-chrétien  ! Actuellement, la religion la plus en vue c’est l’Islam, normal que ce soit celle qu’on doive combattre avec le plus de vigueur, au moins avec un crayon, non ? Ou alors c’est que le monde tel qu’il est en train de tourner ne sent pas que la poudre de tir, il commence aussi hélas à puer l’inquisition...

Domi

Sur les murs

Par Manuel et Elodie Laquille. {JPEG} Marseille, 2015.


Notes


[1Une aube  : vêtement liturgique utilisé par les anglicans et les catholiques de rite romain. (Note de la relectrice.)



10 commentaire(s)
  • Le 5 avril 2015 à 13h27, par Antoine -

    Salut Domi,

    Excuse-moi, mais c’est quand même assez idiot de condamner les religions au nom de ce qu’en ont fait les gens de pouvoir... c’est un peu comme condamner le marxisme au nom de ce qu’en a fait Staline, par exemple.

    C’est vrai que l’histoire, c’est compliqué... mais quand même, tu n’es pas sans savoir que les pires crimes de l’histoire ont été commis par des régimes se réclamant d’une laïcité militante (URSS et nazisme), que les colonisations ont été menées bien plus aux noms d’idéologies "progressistes", humanistes, pour la science contre les superstitions, la démocratie, et tout et tout... Est-ce une raison suffisante pour rejeter en bloc la laïcité, les idéaux humanistes et démocratiques ?

    En fait, il en va des religions comme d’autres idéologies plus séculières : ce sont pas elles qui tuent, oppriment, aliènent... Mais les organisations politiques et/ou sociales qui exercent un pouvoir en leurs noms. L’histoire du Christianisme en est très révélateur : tant que les premiers chrétiens étaient tenus aux marges de l’Empire romain, leur religion était extrêmement pacifistes, les chrétiens préférant mourir que de se battre et faire couler le sang. Dès que l’Empire est devenu chrétien, tout à changer : il fallait bien défendre son pouvoir, son église... Et la guerre, la violence, furent alors reconnues comme mal nécessaire. L’anticléricalisme, c’est combattre les pouvoirs des églises, non la foi des croyants !

    Pour revenir à Charlie Hebdo : Quand celui-ci caricature des évêques tripotant des enfants, il est dans son rôle de critique des gens de pouvoir qui en profitent de façon particulièrement hypocrite. Et il s’attaque là à une église qui en France est particulièrement puissante (même si moins en vue... Mais n’est-ce pas du en réalité à une certaine focalisation des politiques et des médias en France ?). En revanche, en reprenant la caricature danoise du Prophète de l’Islam avec une bombe dans son turban, ce n’est pas une institution de pouvoir qui est visée mais bel et bien une religion particulière. Un peu comme si on avait dessiné Jésus tripotant des marmots comme si tout chrétien était probablement pédophile... Bien sûr que Charlie n’est pas "absolument" raciste ! Mais il véhicule du racisme estampillé "gauche", un racisme plus diffus, pernicieux... pas celui du FN ou des identitaires, mais celui des blagues de comptoirs, des beaufferies stupides, qui entretiennent un vague sentiment anti-musulman et anti-arabe.

    Après, Charlie Hebdo a tout à fait le droit d’être vaguement raciste, de rires des plus faibles... Mais, nous, "citoyens sincèrement de gauche" comme tu le dis, notre devoir est de dire que "non, se moquer de la religion et des croyants ce n’est pas défendre la laïcité... c’est du racisme idiot, pur et simple."

    Petite remarque : toi et moi, nous sommes athées parce que nous croyons que Dieu n’existe pas (et non parce que Dieu n’existerait pas). A moins que tu aies des preuves ?

    Alors moi je dis à Bruno Le Dantec et le reste de l’équipe de CQFD : "Continuez à ne pas hurler avec les loups ! Non, nous ne sommes pas tous Charlie !"

    Antoine

    Répondre à ce message

    • Le 5 avril 2015 à 15h22, par Patrick Deux-Verts -

      Je vous trouve bien angélique ! Comment pouvez-vous donc ainsi séparer la foi des croyants des institutions qui l’encadrent ? N’est-ce pas à la mosquée ou à l’église que les fidèles vont pour se recueillir ? Les sermons qu’il y écoutent, n’émanent-ils pas d’une autorité qu’ils révèrent (imam, cureton...) ?

      Cette très artificielle séparation vous conduit à réécrire l’histoire de l’Eglise avec beaucoup de bons sentiments : des agneaux avant d’arriver au pouvoir, des loups dès qu’ils deviennent officiels...mais enfin, au pouvoir, il fallait vouloir y arriver quand même ! Et le foisonnement sectaire de la Rome impériale ne s’est certes pas réduit par magie, mais plutôt parce que l’Eglise catholique en formation a patiemment et l’un après l’autre éliminé ses concurrents, usant pour cela de moyens qui n’étaient pas toujours très...catholiques ! Exclusions, délations, assassinats...(vous trouverez les détails chez un Renan ou un Vaneigem). En gros, l’adage qui dit qu’une religion n’est jamais qu’une secte qui a réussi, même frappé du coin de l’athéisme, l’est sans doute pas complètement faux. D’ailleurs, les athées ne disent pas que des bêtises, savez-vous ?

      Aujourd’hui, la nostalgie du califat amène certains musulmans à buter, au nom du respect du dogme, ceux qui ont le "mauvais goût" de se foutre du prophète et de son troupeau. C’est une façon de ramener les mauvais esprits à la raison islamique pour le moins discutable. Mais Théo Van Gogh n’en discutera plus (mais son film n’était pas un chef d’oeuvre de nuance), Cabu et Wolinski non plus (mais leur journal avait publié une mauvaise caricature danoise...). Quant à Rushdie, depuis le temps qu’il vit avec des gardes du corps jour et nuit, il a peut-être fini, qui sait, par céder aux charmes mêlés du muscle et du chrome et en épouser un : est-ce, finalement, un si mauvais sort ? On me dit que son roman fourmille de caresses entre hommes. On me dit aussi que ce n’est pas un chef d’oeuvre, et que, donc, une fatwa, bon...

      La manipulation politique menée sur Mohammed Bouyeri, les frères Kouachi ou Ahmed Coulibaly n’est pas aussi facile que vous le dites à retrancher de leur foi religieuse, aussi superficielle fût-elle. On peut, on doit même, se représenter leur détresse et leur misère. Et on est alors bien forcé de constater que de cette misère, la religion a de nouveau fait son fumier pour grandir. Comme toujours.

      Les millions de morts irakiens massacrés par les Etats-Unis et leurs affidés montrent que la vie d’un Arabe ne vaut plus très cher pour l’Occident. Partir de cet éprouvant constat pour aller tuer des artistes, c’est frapper cet Occident au cœur : un beau raisonnement stratégique, sans doute pas à la portée des sicaires précités, mais pensé par des gens qui réfléchissent et commandent, en un mot, par des politiciens habiles à manier sabre ET goupillon. Mais il y a aussi chez nos amis qui portent kalach’ (en bandoulière, c’est plus photogénique) une identification à leur prophète que, sans doute, nous qui avons grandi sans souci du bon dieu ni de ses saints, nous ne concevons pas complètement. Le cœur de la foi. Et du fanatisme. L’une n’entraîne pas l’autre, c’est vrai. Mais elle en est la condition. Bien sûr qu’il y a des fanatiques de l’athéisme ou du matérialisme dialectique ! Comme de tous les -ismes, comme de tous ces machins qui servent à oublier la mort, parfois même en l’exaltant.

      Répondre à ce message

    • Le 6 avril 2015 à 10h13, par Zitoun -

      "Dieu n’existe pas." C’est ton opinion. Je la respecte d’autant plus que je la partage (enfin au moins le Dieu révélé). Mais ça ne t’empêche pas, pardon ça ne t’autorise pas à mépriser celle de ceux qui pensent différemment. La France est un pays laïque, pas athée. Si tu veux t’en assurer, lis le préambule de notre constitution. Et s’il ne te satisfait pas, console-toi en te disant qu’à défaut d’être aussi athéiste que toi, ton pays est sans doute l’un des moins religieux du monde..

      Répondre à ce message

      • Le 6 avril 2015 à 11h13, par Patrick Deux-Verts -

        Pas la moindre expression de mépris, ni chez Domi ni chez oime. La laïcité, cette longue conquête, devrait permettre à des athées (et non des "athéistes", merci) de s’exprimer avec vigueur, voire de ricaner devant l’infâme quand celui-ci dépasse les bornes. Quand on interdit pendant dix ans à Molière de jouer son "Tartuffe", par exemple, parce que ça choquait les bigots de son temps et qu’ils avaient l’oreille de la reine mère. Quand "L’apôtre", film qui raconte la conversion d’un musulman au christianisme, est déprogrammé par crainte d’incidents, il y a un problème. Certains citoyens ont les chocottes de projeter un film à cause d’autres citoyens. Est-ce bien constitutionnel, je vous le demande ?

        Répondre à ce message

    • Le 7 avril 2015 à 11h52, par moz -

      Ha la laïcité militante des Nazis !!!! Les juifs et les témoins de Jéhovah en parlent encore les larmes aux yeux. Tu voulais probablement parler d’athéisme militant, mais là encore ce n’est pas le cas puisque le nazisme était confit de tout un tas de croyance néo-païenne.

      C’est pas parce que le Catho-laïcisme à la française (qui n’est pas plus laïque que moi je suis pape) est souvent utilisé comme un cache-sexe du racisme anti-arabes qu’il faut faire porter à la laïcité tous les péchés du monde.

      Répondre à ce message

      • Le 7 avril 2015 à 20h21, par Patrick Deux-Verts -

        Après la laïcité nazie, la catho-laïcité. Quoi d’autre ?

        La France, c’est ce pays formidable où, pour ne pas crever étouffé de ressentiment, on le met en alambic avec les fondamentaux du collectif qui vous fait bouffer.

        C’est moche l’aigreur, putain ! Surtout dans la fleur de la jeunesse !

        Répondre à ce message

  • Le 13 avril 2015 à 13h29, par Mr Pabo -

    En 2013, Charlie Hebdo se fendait dans la presse d’une lettre ouverte à ceux, de plus en plus nombreux alors, qui les traitaient (les cons !) de racistes. Un ancien de chez eux avait alors réagi et, bille en tête, avait fait savoir à ses anciens collègues ce qui suit :

    "Mais si vraiment vous tremblez à l’idée que les musulmans de France se métamorphosent en serial killers de la guerre sainte, peut-être trouverez-vous un brin d’apaisement en voyant la manière placide dont les intéressés réagissent aux attaques réelles ou symboliques qui sont leur lot quotidien."

    Le contraire de placide, c’est quoi ? Muzo ? Et le contraire de "journaliste informé et clairvoyant" ?

    Un rien bravache, il en rajoutait dans son papier pour expliquer sans fausse pudeur qu’à Charb débarqué d’un taxi par un chauffeur pointilleux sur les choses du coran, il n’aurait même pas donné un ticket de métro. C’est vache. Et mesquin. Mais en même temps, plutôt rentrer à pinces que de demander un bout de chemin à des idéologues nihilistes ET bien-pensants, qui se crèvent les yeux faute de réussir à tuer le père, et qui écrivent comme Philippe Val : avec de l’emphase dans l’indignation et de la pompe dans l’ironie.

    Ça fait des vents, guère plus.

    Répondre à ce message

    • Le 13 avril 2015 à 18h06, par Julien Tewfiq -

      Quitte à citer un article d’"un ancien de chez eux" -et de chez-nous !- pourquoi ne pas mettre un lien vers le dit article affin que chacun se fasse une idée ?

      Voilà qui est fait !

      En ce qui vous concerne, Mr Pabo, considérez-vous que les actes odieux de quelques islamistes sont, en fait, la quintessence des réactions des musulmans de France ? Qu’ils faut donc les mettre dans le même sac ? Mais quelque part, n’est-ce pas exactement ce que faisait Charlie ?

      Répondre à ce message

      • Le 15 avril 2015 à 02h00, par Mr Pabo -

        La "quintessence du musulman", je ne vois pas trop en quoi les petits mickeys de Charlie Hebdo prétendent l’illustrer, et encore moins en quoi ça peut bien consister.

        Par contre, la quintessence du nihiliste bien pensant se dessine plutôt bien dans l’article de l’"ancien de chez eux" - et de chez vous- qui est d’une indigence et d’un manque de rigueur assez improbables pour un journaliste qui a, parait-il, passé près de dix ans auprès de Cavanna. Le fond de l’argument semble emprunté à Coluche : "Suspect...c’est pire que lèche-cul, ça."

        On peut continuer à déconner encore longtemps sur cette pente-là. Elle offre quelque chose de commode : on n’y est jamais obligé de réfléchir. Il s’agit davantage d’opiner. Quitte à lire l’article entier (laborieux !), il faut savoir que Zineb El Rhazoui a fait une réponse détaillée, argumentée, appuyée sur des faits, à ce long et vain exercice de règlement de comptes.

        Cette réponse doit bien traîner quelque part sur internet, mais je ne la retrouve pas sur Article 11, le site où a été publié l’article incriminant.

        Répondre à ce message

        • Le 20 avril 2015 à 00h03, par Jean-Jacques -

          La "quintessence du musulman", certains y croient pourtant, regarde ici Mr Pabo : http://www.memri.org/middle-east-media-research-institute.html

          Tout converge dans ce site de "recherche" pour désigner l’agressivité d’un monde musulman soudain étrangement homogène. Or, ce site est est source pour Caroline Fourest et pour la revue de BHL - qui avaient en leur temps publié un manifeste contre le fascislamisme...dans Charlie Hebdo.

          Les caricatures du Jylland Posten seraient par ailleurs une commande de Daniel Pipes et de son Middle East Forum, qui travailla aussi en sont temps pour Geet Wilders, l’équivalent de Marine Le Pen aux Pays-Bas.

          Là où je te rejoins, Pabo, c’est que le journaliste d’article 11 (et de CH, et de CQFD !), reste sur un plan très naïvement moral, alors que l’irrésistible ascension de son ex-patron serait l’occasion de mettre au jour un réseau et des convergences d’intérêt inédites. Travail de journaliste.

          Mais l’embrouille de Cyran avec Charb et Nicolino ne révèle rien du tout, ni même la réponse de Zineb. Par contre, la récente création d"un collectif de membres de la rédaction pour reprendre la main sur leur journal montre bien qu’il ne leur appartient pas, mais que c’est Richard Malka qui prend les décisions importantes - pendant que les dessinateurs dessinent d’après "leur" idée de la liberté. Une liberté idéale, pour laquelle ils meurent, parfois.

          Mais qui font rire ces si précieuses caricatures ?

          Répondre à ce message

Ajouter un commentaire

Dans le même numéro


1 | 2 | 3

Voir






Spip ø Squelette ø Ce site ø Suivre la vie du site RSS 2.0 ø Naviguer en https ø Soutenir CQFD ø Contacts