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La corde autour du piquet


paru dans CQFD n°82 (octobre 2010), rubrique , par Mademoiselle, illustré par
mis en ligne le 24/02/2011 - commentaires

IL Y A 50 ANS EN FRANCE, une femme par jour crevait comme un rat de s’être fait charcuter l’utérus pour avorter [1] . Et cela dans l’indifférence la plus totale. Aujourd’hui, avorter est devenu un acte médical très sûr, globalement peu douloureux et en partie remboursé par la Sécu. Alors pourquoi aller battre le pavé pour défendre le droit à l’avortement, le 6 novembre prochain, à Paris ? Parce que l’IVG est toujours maintenue dans une zone crépusculaire entre droit et déviance. par TanxxDépénalisée depuis seulement moins de dix ans [2] , elle reste un droit qu’il conviendrait de défendre du bout des lèvres, un droit dont il ne faudrait pas abuser, un droit paradoxal dont l’usage répété vous propulse dans le camp des récidivistes. Mais avec l’IVG, les paradoxes sont légion, puisque, le 6 novembre prochain, une partie de ses défenseur/euses ne pourra pas s’empêcher, tout en défilant, de meugler que si le droit à l’IVG doit être défendu, avorter reste un drame et un échec pour chaque femme. Mais de quel échec s’agit-il ? Qu’est-ce qui se cache derrière ce besoin de dramatiser une IVG ? Statistiquement, 40 % des femmes françaises avorteront au cours de leur vie : devraient-elles le faire dans la honte, le silence, la culpabilité ou en se justifiant d’avoir usé de leur droit de le faire ? Devraient-elles faire acte de repentance ? Beaucoup disent regretter que le nombre d’IVG ne baisse pas en France depuis plusieurs décennies, comme si les femmes refusaient d’évoluer. Mais les femmes ont changé, et c’est certainement cela qui crée en réalité une gêne, puisqu’elles se sont approprié les outils leur permettant une prise sur leur propre corps : grâce à la contraception, le nombre de grossesses non désirées a baissé et grâce à l’avortement, lorsqu’une grossesse non désirée survient, les femmes sont plus nombreuses à l’interrompre [3] . Est-ce cela le drame ? Peut-être pour ceux et celles qui voient dans l’application de ce droit fondamental la menace d’une autonomie des femmes, autonomie naissant de la possibilité du refus culturel d’un processus biologique entamé. En battant le pavé le 6 novembre prochain, il faudrait que davantage de femmes revendiquent haut et fort le droit d’avorter la tête haute, parce que défendre le droit à l’avortement ne devrait pas se limiter à quémander des miettes de tolérance ou un allongement de la corde autour du piquet.


Notes


[2L’IVG a été véritablement décriminalisée par la loi du 4 juillet 2001.

[3Voir « Pourquoi le nombre d’avortements n’a-t-il pas baissé en France depuis 30 ans ? », in Population et Sociétés, décembre 2004.



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