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Goodyear : et surtout, la Santé !


paru dans CQFD n°140 (février 2016), rubrique , par Jean-Pierre Levaray
mis en ligne le 15/08/2018 - commentaires

Séquestrer sa direction lors d’un conflit social ? Ben oui, cela fait partie du rapport de forces. Cela ne semble pas évident pour la justice qui vient de condamner à de la prison ferme huit ex-salariés de Goodyear.

Assignations à résidence, convocations, gardes à vue, prison… En ce moment [1], ça tombe dru sur les militants politiques et syndicaux. Plus encore que sous Sarkozy ! Une condamnation à 24 mois de prison, dont 9 mois ferme, ça ne s’était jamais vu sous la cinquième République. C’est ce qu’ont pris, pour « séquestration » de cadres, huit ex-salariés de Goodyear le 12 janvier dernier à Amiens. « C’est un procès politique, soutient Mickaël Wamen, responsable CGT de Goodyear et faisant partie des condamnés. On avait voté pour Hollande en pensant qu’on allait être débarrassés de ce qui s’était fait avant mais c’est pire. Non seulement notre usine est fermée, mais en plus on se retrouve en taule parce qu’on a tenu tête à une multinationale puissante. »

Rappelons-nous. Les sept longues années de bagarre des salariés de Goodyear ont été marquées par des conflits durs avec un patronat violent ayant recours à des vigiles et des hommes de main. Quant aux plaintes déposées par les militants de Goodyear concernant le droit au travail et la santé des travailleurs, elles ont toutes été mises au panier. Alors, lorsque Goodyear a annoncé en 2014 la fermeture du site d’Amiens malgré 2,5 milliards de profits, la séquestration de deux cadres dirigeants pour discuter s’est faite d’elle-même. C’est quelque chose qui a lieu très souvent, et dans n’importe quel conflit. Comme le dit Xavier Mathieu (ex-salarié de Continental) : « Qu’ont fait les mecs de Goodyear ? Ils se sont juste révoltés contre une injustice. […] La violence, elle n’est pas de leur côté. Ce sont les fermetures d’usine qui sont violentes. Celles qui mettent les gens dans la merde, qui les poussent vers le suicide, l’alcoolisme, la drogue, la dépression, le RSA. [2] » De plus, alors que les cadres « séquestrés » ont retiré leur plainte, c’est le procureur de la République, soutenu par sa hiérarchie et peut-être par le Premier ministre, qui a décidé de poursuivre l’action devant les tribunaux. «  La séquestration doit être bannie », psalmodient en chœur le gouvernement, la droite et Pierre Gattaz. Il s’agit pour eux de réprimer les actions hors cadre. Dans une période où les gens se révoltent peu, la matraque a vite fait de tomber sur ceux qui dérogent. Et le gouvernement « socialiste » est plus apte à faire condamner les salariés que les patrons qui bafouent le code du travail, fraudent ou licencient en toute impunité.

Aux huit de Goodyear s’ajoutent les salariés d’Air France poursuivis pour une chemise déchirée, les deux militants d’ERDF qui ont empêché le licenciement d’une salariée à Paris, et les quatre syndicalistes de l’usine Ford-Blanquefort (Gironde), convoqués par la police suite à deux vieilles plaintes de la boîte, qui se retrouvent aujourd’hui sur le dessus de la pile. « Ce que fait le gouvernement, c’est une catastrophe sans nom, constate Mickaël. On est en train d’écraser la liberté d’expression, les droits et les libertés des salariés. Ça cache la casse du droit du travail, le plafonnement des indemnisations de licenciement, le travail du dimanche pour tous. À un moment donné, il va se passer quelque chose. Les gens ne vont pas pouvoir continuer à s’écraser… »


Notes


[1Février 2016 (note du webmaster).

[2Dans Libération du 12 janvier 2016.



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Par Jean-Pierre Levaray


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