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Faire face


paru dans CQFD n° 83 (novembre 2010), rubrique , par Juliette Volcler, illustré par
mis en ligne le 11/12/2010 - commentaires

DES HOMMES EN CHAPEAU MELON distribuant nez rouges et cotillons à une rangée de chômeurs abattus, Mitterrand face à une foule de sphinx en habits de prolétaires, la grande faucheuse prenant chaque matin son service parmi les employés de France Télécom : les éditions l’Échappée font paraître, dans leur collection Action Graphique, Vu de dos – Trente ans de dessins plus que politiques, par Cardon. par CardonNé en 1936, d’abord ouvrier à l’arsenal de Lorient, Cardon préfère rapidement le dessin au turbin et entame une longue carrière dans la presse, de Siné Massacre à France-Soir, du Fou qui parle au Monde, de l’Huma Dimanche au Canard Enchaîné. Chez Cardon, la violence n’est pas symbolique, la richesse n’a rien d’abstrait, le mépris est tout sauf inconscient : les bourgeois s’en mettent plein les fouilles, le peuple s’en prend plein la tronche, la lutte des classes c’est aujourd’hui comme hier. Une évolution, il y en a une, depuis le Giscard aristo de 1974 jusqu’au Sarkozy démago de 2010, mais c’est la même esbroufe, le même spectacle mis en scène par la classe dominante pour faire taire le peuple. Et Cardon refuse le spectacle, la photogénie, la représentation : il montre les coulisses, les trucages, les ratés. Ceux qui tiennent les ficelles, politiques, religieux, militaires et patrons, sont là de dos, donc : des hommes et des femmes sans visage qui s’adressent au vide ou à la foule. De dos, ils sont vulnérables : des pantins ridicules, de piètres bonimenteurs. On rit d’eux, on rit aussi de nous, de ce qu’on supporte. « Quand un personnage est de dos, tu vois ce qu’il voit », dit le dessinateur dans la préface de Jean-Luc Porquet. En face, le peuple se tient debout, souvent humilié, parfois combatif, jamais dupe. Cardon trace comme dans la pierre de vastes perspectives – géométriques, hachurées, sans fond – où agit, sans but ni raison, une humanité qui ne sait plus habiter le monde, paumée entre ses vieilles superstitions et sa modernité technocratique. Il dessine ce qui manque – et, en creux, tout ce qui pourrait venir.



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Par Juliette Volcler


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