CQFD

Tampons

Dans ta face


paru dans CQFD n°99 (avril 2012), rubrique , par Juliette Volcler
mis en ligne le 29/05/2012 - commentaires

Sardon, d’abord, c’est Vincent : rien à voir avec l’Internationale sardonique qui regroupait les bouffeurs de journalistes aux ordres et qui animait feus PLPL et le Plan B. Vincent Sardon, donc, petit-fils d’anarchiste espagnol et co-inventeur du fanzine Ego comme X. Rien à voir ? Quoique. Sardon a bien connu le petit milieu de la presse comme celui, tout aussi borné, de l’édition : il dessinait à Libé, il montrait ses BD à Angoulême. Et puis, ça l’a énervé. C’est comme ça qu’il est devenu tampographe, qu’il s’est mis, comme il l’explique lui-même, « à fabriquer des tampons par dizaines d’abord, puis par centaines, puis par milliers, au point d’habiter désormais un atelier puant le caoutchouc brûlé, le pneu, la chimie, le garage et le laboratoire ». Des tampons dans lesquels la Presse, l’Édition, l’Art et la Culture [1] se font férocement ratiboiser les majuscules. Aujourd’hui, Sardon bosse pour Le Monde et a recommencé à faire des signatures dans les librairies, mais il s’est depuis armé d’une foule de tampons qui gueulent haut et fort ce qu’il pense de tout ça : « Le tampon est une forme d’imprimerie rapide, portative, qui se prête bien à reproduire des messages rentre-dedans [2]. »

Le Tampographe, donc, membre du Collège de Pataphysique, tient un blog et, depuis peu, en a tiré un bouquin, son « journal de création » sur quatre années. Un travail d’écriture autant qu’un travail graphique : le texte détourne l’autobiographie d’artiste pendant que les images s’en prennent à l’iconographie populaire, administrative ou savante. Il y a des « bons points » pas du tout polis, de très républicaines cartes « de feignasse », des graffitis, des photomatons perdus, des gaufrettes qui incitent au suicide et des safaris-photos de colliers de barbes gauchistes ou poétiques. Et puis il y a des tampons d’insectes articulés ou du Saint Suaire dans toutes les positions, de « Louis Ferdinand Céline Dion », du « ministère des vieilles qui ont peur des Arabes », de « Frédéric Kadhafi » ou « Frédéric Hitler », de « vingt-quatre éléments permettant de fabriquer très facilement et à moindres frais de fausses œuvres de Dubuffet », d’insultes polyglottes ou de gravures anciennes.

L’atelier de Sardon est une machine à mouliner l’esprit de sérieux, une petite usine « garantie 100 % chimique » qui ridiculise l’officiel et qui officialise l’absurde. Images sacralisées, maladroites, autoritaires, pornographiques, pompeuses, enfantines, le tampon fait jeu de tout, jubile de tout : une parodie d’arbitraire qui donne du statut à ce qui n’en avait pas et qui déboulonne ce qui en avait trop. Le tampon de Sardon est sa petite balance de justice personnelle, un sceau rigolard pour rabattre le caquet à nos maigres importances : ici j’ai ri, là j’ai été touché – maintenant, regardez-vous en face.

Sardon, Le Tampographe Sardon, L’Association, 2012.


Notes


[1À Lole, notre correctrice : Lole, on sait, c’est dur, mais ne retire pas ces majuscules incongrues !

[2William Buren, « Bon à tirer (à vue) », entretien avec Sardon, gonzai.com, 7 novembre 2011.



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Par Juliette Volcler


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