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Socialisme de pétrol et de béton

Environnement : Moi président, l’écologie, je m’en fous


paru dans CQFD n°141 (mars 2016), rubrique , par Aude Vidal, illustré par
mis en ligne le 04/04/2018 - commentaires

Le Grenelle de l’Environnement de Nicolas Sarkozy n’a pas réellement dépollué l’air, éclairci l’eau des rivières, régulé le climat, nettoyé les sols, arrêté le nucléaire… Sans surprise, et ce malgré la Cop 21, le Parti socialiste garde le cap. Petit tour d’horizon dans un nuage de dioxine.

Certes, la plupart d’entre nous n’attendait rien de toi, Parti socialiste. Mais le quart d’inscrits égarés qui t’a porté au pouvoir a dû sérieusement être déçu. Transition écologique, préservation des espaces naturels, lutte contre le changement climatique et la pollution de l’air, du sol et des eaux… Où en sommes-nous ? Ta présidence n’est pas synonyme de simple dégradation de notre patrimoine naturel commun. Non, tu as bien su le valoriser, au point qu’il a gonflé quelques portefeuilles.

Par Emilie Séto. {JPEG}

Le nucléaire, c’est le domaine réservé de l’État, pas forcément le terrain de jeux des grosses firmes capitalistes. Encore que, Bouygues continue à se bâfrer sur les chantiers des centrales EPR « nouvelle génération ». Aux dernières nouvelles, celle de Flamanville (Manche) va coûter presque le triple de l’estimation initiale, « anomalies » de la cuve comprises. Les PME du nucléaire ont du vague à l’âme ? Tu sors du chapeau de plomb un plan d’aide de 133 millions pour un « fonds de développement des entreprises » du secteur, créé en janvier 2014. Tu promettais d’arrêter la centrale de Fessenheim (Haut-Rhin) avant ses quarante ans (comme si mémère était la seule de sa génération), ça allait être un geste fort, on allait voir le début de l’ébauche d’un plan multi-décennal de réduction de la part du nucléaire. Mais tu commences à parler de cinquante piges et tant pis si ça n’empêche pas EDF et Areva, tes champions, d’afficher des comptes désastreux. Ni Fessenheim de s’arrêter toute seule à chacun des incidents qui ont émaillé ton mandat. À Bure (Meuse), tu tentes d’imposer le projet d’enfouissement de déchets radioactifs CIGEO. Un premier accident mortel en 2001 dans les entrailles du « labo » à 500 mètres sous terre, puis un deuxième, le 26 janvier 2016, pourraient-ils te faire douter du bien-fondé d’enfouir ces barils que tu ne saurais voir ? Certainement pas.

Autre projet à hauteur de socialiste, les gaz de schiste. Que ta nouvelle ministre Nicole Bricq, à peine entrée en fonction en 2012, fasse la gueule devant l’idée d’aller pourrir la Guyane à coups de fracturation hydraulique, et le patronat s’indigne ! Virée huit jours après sa sortie dans les médias, ta ministre. Les autres seront moins sauvages : Delphine Batho, l’inoubliable Philippe Martin et enfin Ségolène Royal qui multiplie effets d’annonce, bourdes et reculades. C’est sûrement le poste qui veut ça. Préserver l’environnement ou engranger du pognon, la contradiction te fait hésiter… Comment faire pour avoir les deux ? Tu l’as répété, il faudra attendre un process moins sale que la fracturation, déjà interdite par une loi de 2011. Depuis, ton gouvernement lorgne sur des techniques alternatives, comme la « stimulation au fluoropropane », mais attend sagement leur « maturité ».

Côté conventionnel, ton ministère accorde à l’automne 2015 ses derniers permis d’exploration jusque dans les terres australes et antarctiques françaises. L’impérialisme a la vie dure. Heureusement que le cours du pétrole s’effondre et que les investisseurs tergiversent, cela permet à l’ancienne candidate à la présidentielle de repasser un bon coup de vernis lyophilisé : « Toute nouvelle demande de permis de recherches d’hydrocarbures conventionnels sera refusée en France » [1]. Promis. Il lui aura fallu le scandale Volkswagen [2] pour s’attaquer à la fiscalité avantageuse du diesel alors que les écolos prévenaient depuis longtemps qu’il nous coûte 40 000 morts prématurées et 7 milliards de cadeaux fiscaux par an.

Côté santé, on apprécie la charge de ta ministre contre les pesticides de jardinage, tandis que 95 % du poison est utilisé en agriculture. Royal sifflote l’air du temps, histoire de cacher le désastre…

La COP 21, conférence sur le climat tenue à Paris fin 2015 ? Un gros coup de pub. Ton gouvernement mouille le maillot, ton président, ô parti socialiste, est plus pédagogique que jamais – on n’en peut plus de son regard de bonne copine qui apprend, sincèrement désolée, qu’on a le cancer, au point que le sourire arrogant de son successeur, quel qu’il soit, nous ferait presque des vacances. Les diplomates, partis avec l’obligation de signer, se mettent d’accord pour s’accorder sur un accord peu « contraignant », et tu pavoises, alors que la France arrive bonne dernière de l’Union européenne en matière d’énergies renouvelables. Fixées à 23 % en 2020, le dernier pointage les annonce à 14 % [3]. Pour arriver au bon pourcentage, il faudra mettre les bouchées doubles, car tu as donné une belle impulsion aux énergies fossiles : d’abord tu laisses tomber l’écotaxe et ses grasses recettes prévues. Ensuite, faute de budget pour le train, tu abandonnes le fret et tu mets les pauvres dans des cars. Ça tombe bien, le ministre de l’Économie Emmanuel Macron libéralise le secteur. Tout ça ne va pas nous aider à diviser par deux pour 2050 la consommation énergétique finale, comme le claironne la loi de transition énergétique d’août 2015.

Ton bilan de caniche qui se couche dès qu’on dégaine la menace d’un emploi perdu ne s’arrête pas là. Qu’on mette un million sur la table, tu complètes avec son petit frère en argent public et tu signes l’autorisation de pourrir n’importe quel coin, à condition de « compenser » avec trois arbres en pot plantés ailleurs. Ligne TGV entre Lyon et Turin ou dans le Sud-Ouest, aéroport de Notre-Dame-des-Landes… Loin d’être une dépense publique, ces projets sont toujours présentés comme l’investissement du siècle. Quant aux machines à fric privées, qu’il s’agisse d’une usine à mille pets de vache dans la Somme ou d’un terrain de jeux en Isère sur 202 hectares de forêt, dont 62 de zone humide, les services de l’État leur souhaitent toujours la bienvenue. Mais ce n’est pas en faisant tuer un Rémi Fraisse [4] venu défendre les zones en question que tu feras taire la contestation.


Notes


[1AFP, 12 janvier 2016.

[2Scandale lié à l’utilisation par Volkswagen, de 2005 à 2009, de différentes techniques visant à réduire frauduleusement les marqueurs d’émission polluante de certains de ses moteurs diesel et essence lors des tests d’homologation.

[3Eurostat, février 2016.

[4Jeune écologiste tué d’un tir de grenade offensive par un gendarme lors d’un rassemblement contre le barrage de Sivens (Tarn) en octobre 2014.



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Par Aude Vidal


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