Dossier « La police tue »
Bobigny ne se rend pas
Quand volent les premières bouteilles, la police boucle la place, devenue une nasse géante rapidement noyée sous des flots de lacrymo. Les flics tirent au LBD depuis le pont. On fuit un merdier pour se jeter dans un autre. Nos stocks de sérum physio’ passent de main en main, entre manifestants fraternels mais dépassés, plus habitués aux violences policières racistes et quotidiennes qu’à la répression militarisée des mouvements contestataires.
Quand la nuit tombe, il faut trouver rapidement un moyen de s’en sortir, esquiver les voitures de flics déboulant dans la foule, la pluie incessante des palets lacrymogènes et des grenades désencerclantes qu’on ne voit pas arriver, les tirs tendus au flash-ball. Finalement seul, je me tire par le canal, laissant quelques camarades autonomes continuer la résistance sur l’autoroute.
On a salement trinqué pendant ces cinq heures, mais nous avons apporté le nombre pour Théo, Adama Traoré, Amadou Koumé, Amine Bentounsi, Zyed, Bouna et tant d’autres, chez nous, dans les territoires périphériques, ceux des Noirs, des Maghrébins, des racisés, de tous les descendantes et descendants de colonisés, les restes du département 99, toujours sous le coup d’un régime d’exception face auquel nous ne comptons pas abdiquer.
[/Samy/]
[/Photos Yann Lévy (Hans Lucas)/]
Cet article a été publié dans
CQFD n°153 (avril 2017)
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Paru dans CQFD n°153 (avril 2017)
Dans la rubrique Le dossier
Par
Illustré par Yann Levy
Mis en ligne le 16.10.2019
Dans CQFD n°153 (avril 2017)



