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paru dans CQFD n°123 (juin 2014), rubrique , illustré par
mis en ligne le 14/06/2014 - commentaires

CQFD n°123, en kiosque à partir du 14 juin 2014.

Numéro spécial 20 pages.

Les articles sont mis en ligne au fil de l’eau après la parution du CQFD d’ensuite. D’ici-là, tu as tout le temps d’aller saluer ton kiosquier ou de t’abonner...

En une : allégorie de Garrincha par Caroline Sury.

Le dossier : Foot populaire vs foot business

A CQFD, tout le monde n’aime pas le foot, mais certains vont de temps à autre gueuler « aux armes ! » dans les travées du Vélodrome. De toute façon, en vivant à Marseille, qui peut ignorer cette réalité omniprésente ou se contenter d’une posture idéologique anti-sport de bon aloi ? Nous avons eu envie, à l’approche de cette Coupe du monde célébrée au Brésil – La Mecque du futebol, qu’ils disaient… – de prendre le temps de parler des contradictions abyssales qui traversent cette planète-là, comme un condensé du monde tel qu’il va. «  L’histoire du football est un voyage triste du plaisir au devoir. À mesure que le sport s’est transformé en industrie, il a banni la beauté qui naît de la joie de jouer pour jouer. […] Le football professionnel condamne ce qui est inutile, et est inutile ce qui n’est pas rentable. [1] »

Peut-on encore avoir le cœur à s’enthousiasmer pour cette stupide compétition qui voit vingt-deux millionnaires en short courir pendant une heure et demie après une balle fabriquée par des semi-esclaves pakistanaises, tout en se voulant solidaire du mouvement social « Il n’y aura pas de Coupe » au Brésil ? Comment ne pas bondir lorsque Michel Platini – « un politicien comme les autres », selon Éric Cantona – tance les Brésiliens qui manifestent leur colère et les somme de « se calmer [2] » pour ne pas déranger cette « grande fête du foot » ? Comment ne pas ricaner quand la presse anglaise révèle que la France est sans doute mêlée de près à la corruption millionnaire qui a permis l’élection du Qatar comme hôte ubuesque de la Coupe du monde 2022 [3] ? Comment ne pas grincer des dents quand le Barça – qui, il n’y a pas si longtemps, vantait l’Unesco sur son maillot – se fait épingler par l’UEFA pour avoir bidouillé des contrats pour de « jeunes espoirs » qui se trouvent être des enfants de dix ans ? Pourtant, oui, on peut clairement voir dans le super-show du foot-business l’expression ultime d’un capitalisme prédateur et aliénant, tout en appréciant le beau jeu et la pratique populaire d’un sport qui, ne l’oublions pas, a aussi, dans son expression la plus libre, l’immense mérite d’encourager l’esprit collectif et le geste gratuit. «  Il y a des gens qui croient que le football est une question de vie ou de mort. Cette attitude me déçoit. Le football est en réalité bien plus important que cela. [4] »

Brésil : La Coupe du monde n’aura pas lieu > Dès les préparatifs de la gabegie mundialistique, les Brésiliens ont saisi l’opportunité de ramener les décideurs à l’urgence des réalités sociales. Que les contestations s’invitent bruyamment lors de ce méga-événement capitaliste au pays du futebol roi, c’est un juste retour des choses. A l’heure où nous imprimons, l’annonce d’une grève générale apporte l’espoir que la rue gâche le coup d’envoi. A moins que l’hypnose du ballon rond n’endorme aussi les plus réfractaires à l’opération de diversion en cours. Fragments de lutte par notre correspondant sur place.

Garrincha, « la joie du peuple » > Le 27 mai 2014, la police charge une manifestation d’Indiens et de travailleurs sans-abri autour du nouveau stade de Brasilia. Ce stade, la construction la plus chère du Mundial qui a débuté le 12 juin au Brésil, porte le nom de Mané Garrincha. Les officiels du football et leur police ne pouvaient salir davantage ce descendant d’Indiens qui, toujours, fut du peuple.

« Mágico » González, un rebelle sans cause ? > Bringueur et antihéros au football flamboyant – aux antipodes des calculs mesquins ayant cours aujourd’hui sur les terrains –, « Mágico » González a laissé peu de traces dans l’histoire officielle. Mais dans le cœur des supporters du Cadix CF, il est immortel.

Histoire : Les « principes » du Miroir > « Kopa se saisit du ballon assez loin du but et feinta successivement quatre ou cinq adversaires. Chaque fois, il levait la tête, attendant qu’un de ses partenaires démarre pour lui glisser la balle dans les meilleures conditions. Mais rien ne se passait, si bien qu’il trompa également le gardien et poussa comme obligé le ballon dans les filets. Alors que ses partenaires l’entouraient pour le féliciter, il les repoussa en secouant la tête avec dépit ! » Cette anecdote, racontée par Jean Levron, conforte à rebours la boutade de Cantona qui sert de titre au dernier livre de Jean-Claude Michéa, Le plus beau but était une passe. Jean Levron était pigiste au Miroir du football. Lire le Miroir aujourd’hui, pour ceux qui aiment le jeu et sombrent d’ennui devant le pénible spectacle du football moderne, c’est comme respirer un peu d’air frais. Retour sur les « principes » du Miroir et mise en regard avec le dernier livre de Michéa.

Foot féminin : Des sirènes bien en jambes > «  Le foot aide à dépasser le train-train quotidien. Après l’effort d’aller à l’école, vient le réconfort du jeu. » À l’Estaque, une équipe de foot féminin (LSC-Estaque-Séon) a fait sa place au soleil. La parole est à Beka, l’entraîneur, et à Célia, Mélissa, Sandra, « des joueuses, des battantes ».

Istanbul : « Carsi est contre tout, même contre lui-même ! » Banderoles humoristiques dans les stades, barricades place Taksim ou solidarité avec les luttes populaires et écologiques… Les Carsi, groupe de supporters d’Istanbul, sont réputés pour leur esprit contestataire. Reportage sur ce phénomène social et footballistique dans le quartier de Besiktas.

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Ultras : Une contre-culture menacée > Malmené par la presse, méconnu du grand public, le mouvement « ultra » en France, comme ailleurs en Europe, souffre d’une réputation sulfureuse et largement galvaudée. Ce ne sont certes pas des enfants de chœur, mais pas non plus une horde ivre de violence.

Paris est tragique > Retour sur comment le PSG à la mode du Qatar fête ses titres de champions de France.

Liverpool : Common football ! > À Liverpool, le foot amateur s’éteint tandis que les grands clubs s’offrent de grands projets. Tesco, leader de la distribution en quête de nouveaux marchés, met son grain de sel, sans égards pour les fondements communautaires des clubs de quartier. Reportage sur les rives de la Mersey.

PPP : Le stade terminal du partenariat profit-profit > Main basse sur le foot pour des stades qui coûtent les yeux de la tête. Des équipements publics captés par des jeux d’actionnaires.

Les articles

Nettoyage : Les mains dans le luxe > Le 7 mai 2014, une dizaine de femmes de chambre dénonçaient leurs conditions de travail devant l’Intercontinental, hôtel cinq étoiles dominant le Vieux-Port de Marseille. L’occasion d’aérer un peu les pratiques de la sous-traitance dans le nettoyage… CQFD était présent.

Rap : Danser et speeder la révolution > Entre Funkadelic et Rage against the Machine, les rap-funksters de The Coup balancent un message espiègle et subversif. De passage à Montreuil et à Marseille, le groupe de Oakland a encouragé la sédition autant que le déhanchement. T-shirt trempé, CQFD a bavardé avec Boots Riley.

Planning familial : « On ne mendie pas le droit » > Avec ses 150 lieux d’information, le planning familial procède à un maillage du territoire. Sexualité, IVG, homophobie, violences conjugales : la crise économique met à vif les rouages d’une société patriarcale. Aux premières loges, les femmes du Planning racontent.

L’habitat urbain : Smart illusions au Salon de la ville intelligente > Les illusions du progrès industriel se sont écroulées avec le XXe siècle, coinçant les citadins entre les canines du chômage, du cancer et du vote Front national. Qu’à cela ne tienne, les marchands de « solutions » ont un nouvel imaginaire pour urbaniser le siècle à venir : la « ville intelligente ». CapUrba, le salon de l’urbanisme innovant, nous montre comment la « ville sous contrôle » ne sera pas seulement le fait de politiques sécuritaires, mais de technocrates soucieux de gérer le désastre urbain.

Les Chroniques

Queen Kong : Et… je t’emmerde ! > Pour ne plus dire « Je ne suis pas féministe, mais… »

Je vous écris de l’usine : Gros chantier Quand on arrive à l’usine, ce qui surprend c’est le silence. Pas de bruit, pas de fumée. Que dalle !

Mais qu’est-ce qu’on va faire des… Voisins vigilants ? > Ils ont pour étendard un œil grand ouvert sur fond jaune. Disposés aux endroits stratégiques du quartier, les logos informent la canaille adepte de rapine : attention, cette zone est sous l’étroite surveillance des « voisins vigilants ».

Cap sur l’utopie > Comme si nous étions déjà libres.


Notes


[1Eduardo Galeano, Le Football, ombre et lumière, Climats, 1995, rééd. Lux à paraître en automne 2014.

[2« S’ils peuvent attendre un mois avant de faire des éclats un peu sociaux, ce serait bien pour le Brésil et pour la planète football. Faites un effort pendant un mois, calmez-vous. » (Michel Platini, président de l’UEFA, So Foot, 27 mai 2014)

[3« La révélation de cette rencontre [Michel Platini avec Mohamed Bin Hammam, ex-vice-président qatari de la FIFA, au cœur du scandale] signifie que la France est le premier pays européen impliqué dans le scandale de corruption autour de la Coupe du monde alors que les soupçons s’étaient limités à des pays des Caraïbes et africains jusque-là. » (Daily Telegraph, 2 juin 2014)

[4Bill Shankly, légendaire entraîneur écossais de l’équipe de Liverpool entre 1959 et 1974.



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