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Musique et BD : Ce qu’il faut découvrir !


paru dans CQFD n°127 (décembre 2014), rubrique , par Nicolas Norrito
mis en ligne le 19/01/2015 - commentaires

La Twal

La Twal, c’est un nouveau duo de choc qui officie dans le dub politique. Ils viennent tout juste de sortir leur premier 45 tours, Shtil di nakht (« La nuit est calme »). Ceux qui connaissent les deux musiciens ne seront pas surpris par les thèmes abordés. Au chant, Géraldine, ancienne chanteuse-bassiste de Kochise, actuelle chanteuse de Cartouche. Aux platines, Jean-Mi, alias Junior Cony, qui s’occupait de la boîte à rythmes au sein des Bérus.

Le premier titre, « Shtil di nakht », chanté en yiddish, est une adaptation d’un poème d’Hirsh Glik, à la gloire de Vitka Kempner (1920-2002), «  jeune femme au visage de velours » qui fit sauter un train militaire allemand en 1942. Cette partisane juive de Vilnius officia ensuite dans Nakam (« Vengeance »), l’un des plus ardents groupes d’action antifasciste issu du ghetto. Le chant lourd et lent inspire un sentiment tragique. « Fucking Nazi Bastard » est plus rapide et plus punk. La chanteuse, délibérément à contretemps, exprime là encore le devoir de résistance et d’insoumission face à l’ordre sécuritaire et au fascisme qui vient.

D’autres titres de LaTwal sont en cours de mixage, mais ne ratez pas ce 45 tours  ! Au besoin, demandez le CD, ils en ont quelques-uns (5 euros). Contact  : A contrario records, BP 131, 93101 Montreuil Cedex.

Kris

Kris (né en 1972) est l’un des scénaristes les plus doués de sa génération. On lui doit notamment Un homme est mort (avec Davodeau, 2006) et Coupures irlandaises (avec Vincent Bailly, en 2008). C’est avec une certaine réserve que l’on vit paraître en 2009 le premier volume de Notre mère la guerre, dessiné par Maël et consacré à la première guerre mondiale. Était-il possible de passer après Tardi et son exceptionnel C’était la guerre des tranchées ? (1993). À la différence du père d’Adèle Blanc-Sec, Kris opta pour la fiction. L’intensité narrative de son récit ne cessa de croître au cours des quatre tomes que compte la série, ponctuée par l’album Requiem (2012).

On pensait que Kris et Maël n’y reviendraient plus. Las, hantés par la grande boucherie, les deux auteurs proposent un nouvel opus de grande qualité qui revient aux sources de la fiction. Quatre chapitres dressent ainsi le portrait de Charles Péguy, du tonnelier Louis Barthas (dont les Carnets de guerre, publiés en 1977, ont largement contribué au succès de la collection « Actes et mémoire du peuple » de Maspero), de l’infirmière Vera Brittain, et de Gabriel Chevallier, l’auteur de La Peur. En consacrant tout un chapitre à cet exceptionnel témoignage initialement publié en 1930, Kris renoue en fait avec Tardi, dont ce fut le livre de chevet (Tardi comme Chevallier ont fait les beaux-arts à Lyon). Le chapitre sur Péguy rend compte de la difficulté à saisir ce personnage nationaliste et républicain, ancien socialiste dreyfusard, mort au front dès les premiers combats de 1914 ; celui sur Barthas rappelle que nombre de jeunes délinquants furent envoyés au front afin d’y « expier » leurs fautes passées ; celui sur Vera Brittain, enfin, met au premier plan l’une des rares figures féminines ayant rédigé ses Mémoires de guerre (Testament of Youth, 1933).

Chaque chapitre est dessiné par une brochettes de jeunes dessinateurs aussi racés que talentueux.



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Par Nicolas Norrito


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