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Mais qu’est-ce qu’on va faire de… Xavier Niel ?


paru dans CQFD n°118 (janvier 2014), rubrique , par Mickael Correia
mis en ligne le 25/02/2014 - commentaires

« Toujours plus pour le pouvoir d’achat !  », fanfaronnait sur Tweeter Xavier Niel, en ce début de mois de décembre. Le patron de Free annonçait l’arrivée de la 4G – le très haut débit pour les téléphones mobiles, ô ignorant – au même prix que la 3G, déclenchant l’ire des opérateurs téléphoniques qui misaient sur celle-ci pour se refaire une santé financière.

Le nouveau baron de la téléphonie mobile low cost aime à se présenter comme celui qui a rendu en 2012 «  deux milliards d’euros de pouvoir d’achat aux 65 millions de Français ». Mais le Robin des bois se targue moins d’avouer que, la même année, il s’est mis dans ses propres poches également deux milliards d’euros, se hissant par la même occasion au rang de dixième fortune de France.

La recette de Xavier ? Chez Free, les pratiques managériales brutales, les licenciements abusifs, les humiliations en public et la pression constante sur les employés sont légion. Les rares syndicats de la boîte vont jusqu’à parler de « terrorisme managérial [1] ». De même, l’agressivité low cost de Free impacterait l’ensemble de la filière française des téléphones mobiles et se solderait, selon l’autorité de régulation du secteur, par la perte d’au moins 10 000 emplois.

En dehors de la téléphonie, le milliardaire aime aussi à investir. En 2009, il rachète par exemple… les chansons de Claude François et depuis 2010, il est associé dans un triumvirat avec Mathieu Pigasse et Pierre Bergé pour prendre le contrôle du Monde. Et le 8 janvier dernier, le même trio de choc rachète la majorité du Nouvel Observateur, donnant raison à son directeur Laurent Joffrin qui couinait dans son éditorial quelques jours auparavant que «  L’Obs croit à l’économie de marché […] le journal plaide sans relâche pour le marché et contre ses excès ». Xavier s’intéresse également aux médias sur le Net et prend des parts financières dans Mediapart, Bakchich et les très droitistes Causeur et Atlantico.

C’est que notre Steve Jobs français aime depuis ses jeunes années investir dans les télécommunications. Dès les années 1980, il se lance dans le minitel rose… et ses produits dérivés : exploitation d’une dizaine de peep-shows et de sex-shops ; puis vente par correspondance de sex-toys et de sites pornographiques. Un simple « retour sur investissement intéressant et non fiscalisé » selon Xavier, pour qui «  ces espèces utilisables instantanément ne donnent pas la même sensation de gain que l’argent qu[‘il] gagne de façon orthodoxe comme opérateur de télécommunications [2] ». Le jeune entrepreneur est cependant pris la main dans le slip. En 2004, Xavier est mis en examen et placé en détention provisoire pour proxénétisme et recel d’abus de biens sociaux. De même, en 2006, il est condamné à deux ans de prison avec sursis et une grosse amende pour des détournements de fonds dans des sex-shops.

Mais comme dit Xavier : «  L’état de guerre me pousse à me surpasser. » La même année, pour effacer son image sulfureuse, il crée la Fondation d’entreprise Free. Elle fournit aux pauvres une ligne téléphonique sans abonnement, et un Internet bas débit. En mars dernier, il crée à Paris « 42 », une école 2.0 entièrement gratuite pour les winners du web car, selon lui, « le système éducatif ne marche pas. On peut être en échec scolaire et pourtant correspondre à ce qu’est un génie en informatique [3] ». Les tests de sélection de cette école « peer-to-peer » et aux méthodes d’enseignement innovantes… consistent à remplir des suites logiques et à répondre à des anecdotes sur Star Wars. Seul détail, mais de taille : l’école ne délivre aucun diplôme.

Cette charité cache cependant mal les appétits financiers de Xavier. Il vient ainsi d’ouvrir en cette fin d’année un hôtel de luxe dément à Courchevel – dénommé L’Apogée, (sic) – avec des chalets à 18 000 euros la nuit. Quant aux salariés de la téléphonie mis au ban par les offensives low cost de Free, Xavier leur dirait sûrement que parfois, « le téléphone pleure ».


Notes


[1Voir à ce sujet une enquête publiée par Rue 89, le 16 avril 2012 et Le Nouvel Observateur, le 18 avril 2013.

[2 Libération, 14 septembre 2006.



2 commentaire(s)
  • Le 27 février 2014 à 11h53, par toux -

    Article pathétique il nous fais économiser et se fait de l’argent et alors ou est le mal ?

    Quand au management dans les équipes il faut voir les autres opérateurs car il sont guerre mieux...

    Répondre à ce message

    • Le 1er mars 2014 à 19h58 -

      C’est plus la toux, là, c’est carrément un chat dans la gorge. Un bon grog, et au lit ! Et sans la télé, hein, déconne pas ! Ils t’ont déjà bien enrhumé, ceux-là...Décompresse !

      Répondre à ce message

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Par Mickael Correia


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