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Bizness syndical

Les éleveurs sur la paille


paru dans CQFD n°92 (septembre 2011), par Gilles Lucas, illustré par
mis en ligne le 28/10/2011 - commentaires

par NardoLes pluies se sont faites rares depuis l’hiver 2010 sur une grande partie du territoire. Au début du printemps, l’ébauche d’une spéculation se dessine dans les prix de la paille [1] , laquelle pourrait se substituer au foin. Parmi d’autres, la chambre d’agriculture du Puy-de-Dôme, où la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) est majoritaire, envoie un courrier aux éleveurs. « Cette lettre nous proposait de commander de la paille par son intermédiaire. Elle disait que des négociations avaient eu lieu avec des céréaliers de la Marne afin de bloquer la spéculation, et que le prix varierait entre 140 et 145 euros, explique Loïc [2] , éleveur du Puy-de-Dôme. Elle demandait l’envoi d’un acompte représentant 20 % de la commande, accompagné d’un relevé d’identité bancaire pour tirer automatiquement le solde sur le compte de l’agriculteur, histoire d’être sûr que l’on n’irait pas chercher ailleurs ! »

Jérôme [3] , agriculteur lui aussi, poursuit : « En fait, certains d’entre nous avaient fait des offres de prix à des céréaliers du Nord de la France. La FNSEA, de son côté, a effectué la même démarche auprès de son réseau pour leur garantir l’achat global, et à bon prix, de leur paille. Acheter en direct est alors devenu difficile. » Il continue : « Alors que la pénurie s’aggravait, la chambre d’Agriculture, la FNSEA en fait, n’a engagé aucune démarche pour que le département soit reconnu en catastrophe naturelle. Le broyage de la paille aurait été stoppé [4]. Et surtout l’eau aurait été rationnée, ce qui aurait provoqué l’interdiction d’arrosage des maïs. Pas étonnant ! Pour le syndicat, les éleveurs n’ont pas beaucoup de valeur comparés aux céréaliers… » En une année, le prix de la paille sera donc passé d’une valeur moyenne de 80 euros à 140 euros. Pour un petit éleveur, dont les besoins s’élèvent à environ trente tonnes, le surcoût est considérable. « Des syndicats minoritaires arrivent à proposer de la paille à 100 ou 110 euros. Mais beaucoup d’entre nous, avec les acomptes qu’ils ont versés et le RIB qu’ils avaient donné, ont été ferrés par la FNSEA », dit Jérôme. « Aujourd’hui, on entend dire que l’État va puiser dans les fonds destinés aux catastrophes naturelles et qu’une subvention va être versée aux agriculteurs pour compenser leurs dépenses. Ce rééquilibrage ramènerait le prix de la tonne à 110 euros. Bien au-dessus de ce qu’on avait dépensé l’an dernier et aussi de ce qu’on aurait pu payer si on était passé en direct avec les céréaliers. » « Effectivement, répond à CQFD un responsable administratif de la direction départementale des Territoires Puy-de-Dôme, il existe bien un processus pour les calamités agricoles qui ouvre des droits à des versements d’aide. Mais en ce qui concerne précisément la sécheresse et les surcoûts sur le prix de la paille, je ne suis pas au courant. » À l’AGRA 63, association créée par la FNSEA, pour servir d’intermédiaire entre les éleveurs et les céréaliers, la réponse est ambiguë : « Ce ne sont que des bruits de couloirs. Ce n’est même pas la peine d’en parler. De plus, aujourd’hui, la paille qui vient de la Marne est plus chère que la locale, alors… » CQFD, perfide : « Alors une partie de l’argent qu’ont avancé les éleveurs va leur être renvoyée ? » « Je ne sais pas… C’est délicat de répondre. Voyez avec le président… » Patrick Escure, président de la FRSEA Auvergne, précise : « De toute façon, il faudra tenir compte aussi des associations intermédiaires que nous avons créées pour réaliser cette opération. Ce sont elles qui facturent globalement ce service à l’éleveur… »

Et les petits agriculteurs, de peu de poids dans les orientations syndicales et étatiques concernant l’agriculture, qui continuent de n’en pouvoir mais…


Notes


[1À laquelle doivent être associés des compléments alimentaires.

[2Les prénoms ont été changés.

[3Les prénoms ont été changés.

[4Les céréaliers broient leur paille, jusqu’alors sans valeur, pour s’en servir d’engrais.



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