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Les brèves du N°2


paru dans CQFD n°2 (juin 2003), rubrique , par l’équipe de CQFD
mis en ligne le 05/06/2003 - commentaires

Tabouret électrique

« Les États faisant preuve d’un haut niveau de respect des droits humains sont les plus à même de contribuer à la sécurité internationale », déclarait en mars le secrétaire d’Etat américain Colin Powel. Les prisonniers de la base navale américaine de Guantanamo, capturés lors de la guerre en Afghanistan, en savent quelque chose. Détenus depuis dix-huit mois sans inculpation, sans jugement, sans avocat et en violation de tous les traités internationaux, leur chance de quitter Cuba les pieds devant augmente de jour en jour. Fin mai, le commandant du camp Delta, le général Geoffrey Miller, a annoncé que la construction d’une chambre d’exécution à l’intérieur du camp était à l’étude. Les prisonniers seront jugés par un tribunal militaire, condamnés et exécutés sans quitter le camp et sans possibilité de faire appel. Leurs avocats devront obligatoirement être américains. Plus de 650 personnes de 43 nationalités différentes sont actuellement détenues à Guantanamo, dont des enfants de treize ans qualifiés par le Pentagone de « terroristes très dangereux  ». Parce qu’ils n’ont pas de game-boy ?

Presse et canons

Profitant de la tenue du salon du Bourget, Le Point du 13 juin publie cinq pages sur l’écrasante domination de l’industrie de guerre américaine. Le journal s’attriste en lettres grasses que « la France dépense pour sa défense moins du dixième du budget militaire américain ». Un chagrin qui doit combler d’aise les annonceurs des deux pleines pages de pub qui aèrent l’article : EADS, bras armé de feu Lagardère et consortium européen d’industries de l’armement aéronautique, et SNECMA, motoriste bleu blanc rouge pour zincs kaki. Cette juxtaposition de pleurnichage et de pub est explicite : chers pouvoirs publics, il va falloir penser à augmenter le budget de la défense, les « partenaires » du Point le souhaitent vivement. A moins que le but soit de pousser le lecteur à s’acheter un hélicoptère de combat Tigre pour partir en vacances.

L’entauleur engraissé

Pierre Bédier, le secrétaire d’Etat aux programmes immobiliers de la justice (en clair : le ministre des placards saturés), est soupçonné d’avoir touché de grosses liasses de billets de la part d’un chef d’entreprises. Une perquisition a eu lieu le 6 juin au domicile du ministre qui, selon l’épouse du généreux patron, aurait pris l’habitude de recevoir « en début et en fin d’année des enveloppes contenant 50 000 francs ». C’est vrai qu’on doit y prendre goût. Trois semaines plus tôt (16 mai), le même Bédier - partisan acharné de la tolérance zéro - lançait vigiles et policiers à l’assaut d’un groupe d’enseignants grévistes venus s’exprimer à une réunion UMP qu’il présidait à Porcheville (78) la bien nommée. « Ils nous ont traité de vermine, témoigne un prof, une collègue a été jetée à terre et bourrée de coups de pieds, c’était d’une violence inouïe, ils s’y mettaient tous, les proches de Bédier autant que les forces de l’ordre ». De quoi ils s’étonnent ? Fallait pas oublier la petite enveloppe pour le ministre.

Pas de témoins à Gaza…

Après la mort de la pacifiste américaine Rachel Corrie (voir CQFD n° zéro), Tom Hurndall, un Britannique de 21 ans, a été touché par un sniper israélien alors qu’il essayait de mettre à couvert deux enfants palestiniens exposés au mitraillage de Tsahal. Il est toujours dans en état de mort clinique. Ses parents ont eu plus de chance : venus pour organiser le rapatriement sanitaire de leur fils, ils ont été frôlés par les balles israéliennes sur leur trajet vers Rafah, dans la bande de Gaza. Engagé dans un énième ravalement du « plan de paix », l’Etat israélien veut écarter - quitte à les éliminer - les témoins de sa pacification. Depuis la mi-mai, Tel Aviv impose un black-out quasi total sur la présence étrangère à Gaza, exigeant de tout visiteur qu’il signe à l’entrée du territoire une décharge préalable de l’armée israélienne pour tout dommage, corporel notamment, qui pourrait lui être causé. En principe, les diplomates ne sont pas concernés. Mais en principe seulement : le 26 mai, la voiture du représentant de la Suisse auprès de l’Autorité palestinienne était prise pour cible au check-point d’Erez. Le 28 mai, une équipe médicale française en route pour Gaza a été contrainte de rebrousser chemin. Le Quai d’Orsay n’a pas protesté. Il est vrai qu’au même moment, à Jérusalem, Villepin célébrait la « relance » de la coopération scientifique franco-israélienne. Après tout, la balistique aussi est une science.

… mais du pétrole en Irak

D’Emmanuel Todd à Romain Goupil en passant par Elie Wiesel, ils étaient légion pendant la guerre à nous expliquer que les Etats-Unis n’envahissaient pas l’Irak pour le pétrole. Ils font moins de bruit aujourd’hui, et pour cause : presque chaque jour, les nouvelles en provenance d’Irak viennent contredire leur refrain. On se souvient qu’à peine arrivés à Bagdad, les Américains n’avaient rien eu de plus pressé que de « sécuriser » le ministère irakien du pétrole, au détriment de tout le reste. On apprenait ensuite que Washington avait nommé à la tête de l’industrie pétrolière irakienne un ancien PDG de la multinationale Shell, Philip Carroll. Puis, le 29 mai, on a entendu un député démocrate américain, Henry Waxman, dénoncer les fastueuses affaires réalisées en Irak par le groupe d’ingéniérie pétrolière Halliburton : cette firme texane, dirigée jusqu’en 2000 par le vice-président Dick Cheney (voir CQFD n° zéro), y aurait déjà engrangé 496,3 millions de dollars grâce aux contrats attribués à sa filiale Brown & Root. « Les sommes qu’Halliburton pourrait recevoir à l’avenir sont virtuellement illimitées  », note le parlementaire. D’ici la fin de l’année, les exportations de pétrole irakien, effectuées sous contrôle US, devraient dégager 4,5 milliards de dollars de recettes. Pour les armes de destruction massive, les alliés avaient menti comme des arracheurs de dents. Pour se payer sur la bête, en revanche, ils tiennent parole.



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