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D’autres réacs d’outre-Rhin


paru dans CQFD n°139 (janvier 2016), rubrique , par Theresa Kühnert
mis en ligne le 28/04/2018 - commentaires

Un parti menant campagne en martelant « Stop à la folie du genre », ça vous dit quelque chose ? Non, nous ne parlons pas des rejetons de la Manif pour tous, mais de la remontée d’égouts qui émane, aussi, de l’autre côté du Rhin. L’Alternative für Deutschland (AfD) [1], parti réactionnaire, homophobe et antiféministe commence à gagner du terrain en Allemagne en devenant, selon un récent sondage, la troisième force politique du pays après le CDU et le SPD. Un air de FN ? Même pas : Frauke Petry, présidente de l’AfD en Saxe, considère le parti frontiste plutôt comme « un parti socialiste se trouvant dans l’éventail de la gauche. » Le ton est donné.

Créé en 2013 sur une base libérale, anti-euro et anti-UE, l’AfD s’est rapidement développé grâce aux vieux dogmes réacs et nationalistes. Trois personnages Frauke Petry, Bernd Höcke et Beatrix von Storch y ont ajouté une dose d’antiféminisme corsé. La première, porte-parole à l’échelon fédéral, aboie que la norme (Leitkultur) devrait être la famille à trois enfants. Pour ce faire, elle recommande une « politique démographique active » dont le socle serait le triptyque « papa-maman-enfant », ce dernier étant idéalement multiplié par trois. Elle préconise, donc, un référendum concernant le paragraphe 218 du Code pénal qui réglemente l’interruption volontaire de grossesse (IVG). On retrouve, ici, les préoccupations d’une Marion Maréchal-Le Pen pérorant que « ce n’est pas à l’État de réparer les inattentions des femmes ! [2] » et s’oppose au remboursement des IVG par la Sécu.

Bernd Höcke, président de l’AfD en Thuringe, est le genre de type à rentrer en scène en hurlant que « La famille est l‘instance de la socialisation la plus importante. C’est là que les valeurs, le lien à la communauté [3] et la capacité positive d’obéissance sont transmis ». Selon cette idéologie, la nation est un organisme dans lequel chacun et chacune sont assignés à une place biologiquement déterminée. La reproduction et l’éducation des enfants pour les femmes, le reste pour les hommes. Et les enfants ? Respect et obéissance, évidemment.

Last but not least, Beatrix von Storch siège et vocifère au Parlement européen pour l’AfD depuis 2014, en plus de son militantisme dans le mouvement dit « pro-vie ». Dominé par les fondamentalistes chrétiens, ce courant lutte principalement contre l’avortement. Ses participants n’hésitent pas à évoquer un «  Babycauste », en référence à l’Holocauste. De plus, von Storch s’engage contre le nouveau programme scolaire de Bade-Wurtemberg qui vise à favoriser la connaissance et la tolérance de la diversité sexuelle. « Le poison de l’idéologie du genre n’est plus [administré] goutte à goutte, diagnostique-t-elle martialement, mais arrive d’une manière claire et violente, ce qui fait que la résistance devient un devoir. »

Von Storch est en cela tout à fait dans le ton de l’AfD qui réclame la fermeture de toutes les facultés de Gender Studies d’Allemagne : mal rampant de l’égalitarisme et négation des « inéluctables différences entre homme et femme concernant la pensée, l’émotion et l’action [4] » ; porte ouverte à « l’abrogation de l’identité des sexes [5] », alors que tout ça, c’est bien connu, c’est d’ordre biologique. Avec l’AfD, l’ingrédient antiféminisme retrouve une place de choix dans les parlements allemands. Si on y ajoute la fixette anti-immigration, ces vieux réflexes racistes envers les « étrangers » et une grosse dose d’orthodoxie libérale, on obtient la bonne soupe populiste des familles. Travail, famille, patrie : de l’autre côté du Rhin aussi.


Notes


[1L’AfD (Alternative für Deutschland) a été fondé en 2013. Depuis 2014 le parti est représenté dans le parlement européen. En 2014 et 2015 il a fait son entrée dans les parlements de cinq Länder.

[2Radio Le Mouv’, 10/10/12.

[3Le concept de la communauté chez Höcke et la frange la plus extrémiste de l’AfD recoupe « la communauté du peuple » et la « communauté de la famille ». C’est une communauté fermée sur elle-même, sans rapport avec un en-dehors et par conséquent coupée de l’autre. C’est une conception très proche de l’idée de « communauté du peuple » des Nazis.

[4Posté par l’AfD sur facebook, « liké » par 6529 personnes et partagé 1977 fois.

[5Programme de l’AfD pour les élections européennes.



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Par Theresa Kühnert


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