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Brèves du 85


paru dans CQFD n°85 (janvier 2011), rubrique , par l’équipe de CQFD
mis en ligne le 26/01/2011 - commentaires

Sans vergogne > « Banquier, à toi l’argent, à moi les problèmes », clame une voix rauque face aux guichets. Ces jours-ci, une bande de joyeux activistes braque les banques d’Andalousie. De drôles de clients surgissent dans les succursales et martèlent le sol à coups de talons tout en semant de pleines brassées de pièces jaunes autour d’eux. Les employés se prennent la tête entre les mains, les vigiles courent en tous sens et les usagers se marrent. « Ces messieurs au coeur froid et au portefeuille brûlant ignorent la honte, scande le chanteur. Ils sont les innommables ! » « Du flamenco contre le capitalisme, annonce la présentatrice de Canal 6. Ils ne sont pas violents, mais pas inoffensifs non plus. » Et le rire change de camp. « Toi tu n’as rien, banquier, et moi j’ai le monde entier ! »

Télé réalité > Fin 2009, un détenu de la maison d’arrêt de Pémégnan, près de Mont-de-Marsan, refuse la libération conditionnelle, trop contraignante. Il préfère une vraie libération. « J’ai senti qu’on allait me le faire payer », confie l’ingrat au président du tribunal correctionnel devant lequel il comparait, en janvier 2011, pour violence et rébellion. Il demandait une console de jeux, le ton est monté et des surveillants ont bénéficié de plusieurs jours d’ITT. Sur demande de l’avocate du taulard, projection est faite des bandes de vidéosurveillance. « Ils sont dix-sept sur lui ! », fulmine-t-elle. Aucune image ne prouve qu’il se soit débattu. Relaxe, décide le tribunal. Quant aux matons menteurs et aux toubibs faussaires…

Indécent > « Il y a quelque chose d’indécent dans l’hyperpessimisme économique des Français. […] Il y a même dans cette noirceur quelque chose de profondément indigne. » (Le Monde, 9-10/01/11). C’est l’employé d’un journal appartenant à des banquiers qui te parle, ô peuple imbécile. Pierre-Antoine Delhommais a des renvois acides, après qu’une enquête BVA-Gallup a consacré la France « championne du monde du pessimisme ». En effet, à la question : « Pensez-vous que […] l’année 2011 sera une année de prospérité économique, une année de difficultés économiques ou sera-t-elle semblable à [2010] ? », la réponse de 61 % des Français – ô crétins – penche pour une année de difficultés. Pierre-Antoine trouve « indigne » que l’on soit « plus ému par la remise en question des acquis sociaux des Français que par le spectacle de Chinois venant, émerveillés, visiter la tour Eiffel ou déguster nos spécialités culinaires. Et eux, en plus, ont le champagne gai. » Comme les banquiers.

Amitié vraie > « Tu veux être mon ami ? » Elle en avait 1 048 sur sa page Facebook, Simone Back. Le jour de Noël, cette Anglaise à tendance dépressive leur a annoncé qu’elle allait se foutre en l’air. Cent quarante-huit de ses amis ont commenté son message, sans qu’aucun de ceux qui habitaient à proximité de chez elle ne juge bon de se déplacer. Pour quoi faire ? Il y avait déjà tout, sur sa page. Manquerait plus qu’on doive se causer en direct ! C’est vrai, quoi : ce qui est pénible avec le monde virtuel, c’est que parfois y a des vrais gens derrière. Espérons que quelque génial informaticien arrive à résoudre rapidement le problème.

Alors, ça boume ? > Insultes, coups de tonfa, bastonnades, tirs de Flash Ball et Taser, dents cassées, blessures multiples, courses-poursuites. Bref, le lot commun des comportements policiers. Cette fois, c’était à Mesnil-le-Roi, dans la banlieue ouest de Paris, à l’occasion d’une rave party, au matin du 1er janvier. Raisons invoquées pour ce lâcher de flics sur quelques centaines de jeunes teufeurs : ils risquaient de s’intoxiquer au monoxyde de carbone dans la champignonnière qu’ils avaient choisie pour y organiser leur fête. Une concurrence intolérable pour la maison poulaga : gazer, intoxiquer, envoyer des quidams à l’hosto, c’est leur job.

Miracle ! > La paroi rocheuse de la grotte de Lourdes (Hautes-Pyrénées) menace de s’effondrer.

Pouvoir assassin > D’Oran à Annaba, d’Alger jusqu’aux portes du Sahara, un vent de colère souffle sur l’Algérie. Cette rage ne souffre aucune ambiguïté : comme en octobre 1988, la jeunesse – 75 % de la population, dont 20 % au chômage – manifeste son ras-le-bol de la Hogra (mépris), de la vie chère et de la corruption. Elle se sent étrangère dans son propre pays, où les bénéfices du gaz et du pétrole profitent toujours à la même clique et où même la semoule est importée et à la merci d’une flambée des prix sur les marchés internationaux. La secousse actuelle porte en elle l’espoir de faire enfin bouger les choses, mais aussi l’inquiétude d’un retour aux méthodes les plus brutales et retorses de l’État. Au printemps 2001, les jeunes de Kabylie scandaient : « Ils ne peuvent pas nous tuer, nous sommes déjà morts ! »

C’est pas marqué pigeons > Des huissiers mandatés par Sud PTT l’ont constaté : le cumul des heures de travail des facteurs de Sedan dépasse un total de 25 heures supplémentaires par jour – non payées –, soit l’équivalent de quatre emplois à temps plein. Le syndicat affirme qu’outre la fatigue occasionnée, la direction « n’hésite pas à menacer de licenciement pour incompétence les agents qui demandent le paiement des heures sup ». Il a donc décidé de porter plainte au pénal contre La Poste pour « travail dissimulé » et « mise en danger de la vie d’autrui ». Si le procureur n’écarte pas la procédure, il faudra libérer des places dans les prisons dont on sait pourtant que les hauts murs sont destinés à empêcher les petits voleurs qui sont dedans de voir les grands qui sont dehors.

Tous à poil ? > La société « Confection 2012 », installée à Decazeville a tiré le rideau le 24 décembre 2010. Spécialisée dans la confection d’uniformes pour les pandores et les bidasses, elle a pâti de la baisse des effectifs et de la mise en concurrence mondiale. Vingt-cinq salariés se retrouvent à poil. À la prochaine manif, si vous voyez les bleus qui se grattent, ce sera peut-être plus l’effet des mauvaises coutures à bas coût que du gaz au poivre.



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