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Au sommaire du n°161


paru dans CQFD n°161 (janvier 2018), rubrique , rubrique , par l’équipe de CQFD, illustré par , illustré par
mis en ligne le 05/01/2018 - commentaires

En kiosque !

En une : "L’histoire comme champ de bataille", photomontage de Mathieu Léonard.

Edito : Balance ton pauvre

En 2016, le très chaleureux Bruno Le Maire tapait du poing sur la table. Il voulait, disait-il, pouvoir accéder aux comptes bancaires des bénéficiaires du RSA (sans doute pour les gratifier de petits bonus amicaux). Devenu ministre de l’Économie, il a semblé mettre de l’eau dans son vain, jugeant « impensable de mettre en place » un « contrôle journalier » des chômeurs, comme le réclamait le boss des suceurs de sueur, Pierre Gattaz. Pris d’une pulsion libertaire irrépressible, il ajoutait même : « On n’est pas là pour faire du flicage de chômeurs. » [1] On a failli y croire.

Sauf que : on sait désormais à quelle sauce les chômeurs vont être macronisés. Une note confidentielle du ministère du Travail, révélée par Le Canard enchaîné du 27 décembre, annonce la couleur. Une recherche jugée insuffisante, un refus de formation ou de deux offres d’emploi « raisonnables » et, paf, sanction : vos allocs seront réduites de moitié pendant deux mois. Vous êtes récidiviste ? Bingo, elles seront supprimées pour deux mois. Le chômeur devra aussi remettre un rapport mensuel sous peine de punition, tel le collégien suant sang et eau pour écrire son rapport de stage en milieu professionnel. Le Canard précise que la note a été rédigée par un certain Antoine Foucher… ancien cadre du Medef. Logique : en ces périodes de fête, il est plus commode de faire la popote en famille, pépouze.

Une chose est sûre : la chasse aux fainéants chômeurs est définitivement ouverte. En 2017, les 270 000 contrôles effectués auprès de demandeurs d’emploi ont abouti à la radiation de 14 % d’entre eux [2]. En novembre, un correspondant de CQFD du grand Ouest évoquait déjà « une chasse aux chômeurs [qui] se déroule pépère et sans grand retentissement ». Dégoûté, il livrait ce témoignage : «  Les dossiers de contrôle se multiplient. On reçoit un courrier inquisiteur et, si on ne fournit pas de preuve de recherches réelles et sérieuses, on subit un contrôle qui peut entraîner la perte de la moitié du RSA. Je viens de recevoir une telle lettre (et d’après certains échos, je ne suis pas un cas isolé). Elle me laissait un délai de vingt jours pour renvoyer un pointilleux questionnaire de sept pages. J’ai ainsi pu obtenir la suspension du contrôle, mais ça va me coûter quinze jours de stage en entreprise. » Stage non rémunéré, bien sûr… Faire bosser les chômeurs pour du beurre, l’idée a de l’avenir.

Cerise sur l’offensive, Macron a annoncé qu’il allait multiplier par cinq les 12 000 contrôles effectués chaque mois par 200 conseillers. Si ce n’est pas du « flicage de chômeurs », ça y ressemble beaucoup... Mais ça reste un brin petit bras. On suggère donc au gouvernement de munir les contrôleurs de fusils d’assaut. De rétablir les châtiments corporels en place de Grève pour les mauvais chômeurs. Et d’en pendre deux ou trois pour l’exemple en direct chez Hanouna. Au moins, les choses seront claires.

Dossier : L’histoire est un champ de bataille

Pas une année, pas un mois, pas une semaine sans que ne s’invite la question du roman national à la Une des médias comme dans les champs académique et politique. Cette insistance à vouloir refourguer le récit d’une France éternelle, tout aussi nostalgique que narcissique, semble être un legs du calamiteux « débat » sur l’identité nationale – soufflé en 2009 à Sarkozy par son éminence grise Patrick Buisson. Mais force est de constater que cette basse dispute identitaire, qui opposerait schématiquement les partisans du « roman national » aux subversifs de la « fable multiculturaliste » (dixit Le Figaro), a fini par contaminer les esprits au-delà même des sphères de la droite réactionnaire (Causeur, Valeurs actuelles, etc.).

Par Rémy Cattelain. {JPEG}S’il faut prêter cas à ce pseudo débat très franco-français, il importe surtout de se pencher sur les résistances transversales face aux raisons d’État et aux figures d’autorité. Nous convoquons donc dans nos colonnes : les femmes, ces grandes « invisibilisées » de l’Histoire, au début du mouvement ouvrier ; les souvenirs d’un photographe du mouvement social ; le négationnisme d’État en Turquie ; les obus enterrés de la Première Guerre mondiale ; les mythes religieux comme arme coloniale en Israël ; la mémoire vive du Mexique indigène ; nos ancêtres cro-mignons, etc.

Face à la catastrophe annoncée de 1940, Walter Benjamin écrivait dans Sur le concept d’histoire : « Tous ceux qui à ce jour ont obtenu la victoire participent à ce cortège triomphal où les maîtres d’aujourd’hui marchent sur les corps de ceux qui aujourd’hui gisent à terre. » Pour sortir de ce cercle vicieux, Benjamin pensait – comme Daenerys Targaryen – qu’il ne s’agissait pas d’inverser la roue de l’Histoire, mais de la briser.

CQFD s’aventure sur ce terrain miné. Et pose la nécessité d’une histoire vécue et racontée « par le bas », où chaque récit de résistance face à l’oppression converge encore et toujours vers une idée commune : celle de l’émancipation.

Actu de par ici et d’ailleurs

« S’ils veulent que les quartiers flambent… » : Des centres sociaux au pain sec > Ils font vivre des quartiers où il n’y a plus grand-chose. Mais leurs subventions baissent et les contrats aidés disparaissent : un peu partout en France, les centres sociaux tirent la langue. En Paca, c’est maintenant la Région qui se désengage.

Implantation d’une centrale dans le Finistère : Gaz à tous les étages > À les croire, la Bretagne aurait besoin d’une énorme centrale à énergie fossile (le gaz naturel), et Landivisiau serait l’endroit idéal pour l’accueillir. Un projet censément justifié par la nécessité d’éviter des coupures massives d’électricité et d’en finir avec «  l’assistanat énergétique » de la région. Ce discours martelé par les pouvoirs publics, Guénolé le conteste. Entretien avec un opposant à un autre grand projet inutile dans le grand Ouest.

Les charmes discrets de l’effet waouh en zone shopping : Are you experienced ? > Sonnez trompettes, battez tambours : le Village de marques a ouvert en avril, en périphérie de Miramas. Enfin ! Aussi nommé McArthurGlen Provence (mais c’est moins sexy), l’endroit se veut nec plus ultra de « l’expérience shopping ». Et met en scène une fausse authenticité provençale pour convaincre les clients d’acheter les vêtements griffés de sa centaine d’enseignes. Le tiroir-caisse, lui, est bien réel.

Jours de vote au Kurdistan syrien : Aux urnes au Rojava ! > La bagatelle de trois scrutins échelonnés de septembre 2017 à janvier 2018 ! Pas mal pour un territoire qui n’avait pas connu d’élection libre depuis le coup d’État de la junte en 1963. Et qui met les bouchées doubles pour mettre en place une Fédération démocratique du nord de la Syrie.

Par Nicolas De La Casinière. {JPEG}

Lectures et cultures de partout

Du rock à Tarnac : « Quelque chose a merdé quelque part » (David Dufresne) > Le rendez-vous a lieu au bistrot Le Sans Souci, rue Pigalle. C’est là que David Dufresne a établi son QG depuis qu’il s’est lancé dans le montage pour Arte d’un documentaire sur le quartier de Pigalle. L’homme s’est fait un nom dans le journalisme indépendant, avec des livres très informés et sortant des sentiers battus. Pour derniers ouvrages : Maintien de l’ordre – Enquête, Tarnac, Magasin général et le très récent New Moon, Café de nuit joyeux. Multi-usages, David Dufresne commet aussi des webdocumentaires, dont les remarqués Prison Valley en 2010 et Fort McMoney en 2013. Mais David et moi, c’est aussi une histoire personnelle. Je l’ai rencontré bien avant qu’il ne sorte son premier livre, au milieu des années 1980, alors que le rock alternatif explosait en France, avec Bondage Records, Bérurier Noir, Les Thugs, Mano Negra, etc. Je m’occupais alors du fanzine et du label On a Faim !. Et lui nageait dans les mêmes eaux, publiant le fanzine Tant qu’il y aura du rock et lançant le label Stop it Baby. Une belle histoire partagée. On s’était depuis perdu de vue, mais on avait grande envie de se revoir. La parution de New Moon en a fourni une parfaite occasion.

Militantisme sous état d’urgence : Le film d’une garde à vue de masse > Dans 317, un documentaire collectif, des victimes d’humiliations policières témoignent. Leur point commun ? Avoir participé à la manifestation interdite du 29 novembre 2015 à Paris, la veille de l’ouverture de la COP21.

Papy chez les geeks : Vain pays de l’Héro > « Je ne suis pas un héros », chantait Balavoine, avant que Stars Wars, les séries américaines et les jeux vidéos n’infestent l’imaginaire de milliards de spectateurs. Au salon HeroFestival, qui se tenait il y a peu à Marseille, on vend les supports de cet imaginaire pas toujours adolescent.


Notes


[1Sur France 3, le 22/10/17.

[2Chiffres révélés en novembre par Les Échos.



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