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Retraites

Une réforme gauche pensée à droite


paru dans CQFD n°114 (septembre 2013), par François Maliet, illustré par
mis en ligne le 16/10/2013 - commentaires

Pour se tourner les pouces une fois arrivé l’âge de l’arthrose, il faudra marner plus longtemps, a décidé fin août le gouvernement « socialiste ». Le tout en nous servant le même argumentaire que celui de la clique sarkozyque lors de sa réforme des retraites de 2010. Rien d’étonnant, puisque le travail est resté la « valeur ».

Arnaud Montebourg, l’actuel ministre du Redressement productif, a été très ferme : « Nous pensons qu’il est juste de maintenir l’âge légal [du départ à la retraite] à 60 ans ». Et la marinière socialiste de Saône-et-Loire d’assurer : « Il n’y a pas de divergences, tout le monde [au PS] est d’accord sur ce point ».

Par Soulcié. {JPEG}

Ha ? Pourtant, il semble bien que, profitant de la torpeur estivale qui sévissait encore à la fin du mois d’août, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault n’a – pas du tout – ramené l’âge légal du départ à la retraite à 60 ans. A contrario, il a prévu de rallonger le temps de chagrin en augmentant progressivement la durée de cotisation requise pour une retraite à taux plein, durée qui atteindra 43 années en 2035 contre 41,5 actuellement. La dichotomie entre cette nouvelle vilenie socialiste et l’assertion montebourgeoise vient du fait que cette dernière date… du 3 octobre 2010. À l’époque, le gouvernement de l’umpique François Fillon faisait reculer l’âge du départ à la retraite à 62 ans avec une réforme fomentée par le toujours sémillant – et toujours pas condamné – ministre du Travail Éric Woerth. Arnaud Montebourg, membre de l’opposition, assurait alors son rôle d’opposant. Rôle que son parti conserva lors de la campagne présidentielle de 2012, comme en témoigne toujours le site Internet du PS. Sous le titre « L’engagement de François Hollande », l’on peut y lire : «  Le changement, c’est permettre aux salariés qui ont toutes leurs annuités de partir à 60 ans [1] ». De changement, il n’est point question : les socialistes ne tiennent toujours pas leurs promesses.

Cette continuité transparaît dans les discours servis à chaque réforme des retraites, qu’elle soit de droite version UMP ou de droite sauce PS. En 2010, Éric Woerth a concocté une réforme « responsable et juste » (Le Figaro, 12 juillet 2010), alors que celle du gouvernement Ayrault est «  juste », selon Bruno Le Roux, chef de file des députés socialistes (leparisien.fr, 27 août 2013). Quand le ministre du Travail de Nicolas Sarkozy évoque une réforme – la sienne – « fondée sur la solidarité entre les générations et à l’intérieur des générations » (Le Point, 13 juillet 2010), Harlem Désir, le premier secrétaire du PS, avance que celle de 2013 « permettra de préserver notre système par répartition » (leparisien.fr, 27 août 2013). Pour Éric Woerth, « cette réforme [celle de l’UMP], c’est celle du courage et de la raison » (capital.fr, 7 septembre 2010), alors que pour Marisol Touraine, l’actuelle ministre des Affaires sociales, « cette réforme, [celle du PS] est courageuse » (leparisien.fr, 27 août 2013). Et quand Woerth assure, péremptoire, qu’il faut « travailler plus longtemps, il n’y a pas d’autres solution » (lexpansion.fr, 16 mai 2013), Jean-Marc Ayrault, lui, préfère soutenir qu’«  il n’y a pas d’autre solution que d’augmenter la durée de cotisation pour bénéficier d’une retraite à taux plein » (leparisien.fr, 27 août 2013).

Quant à l’argument fatidique utilisé à chaque fois que les droites décident de faire marner plus longtemps le populo – dont les chômeurs de longue durée, ne pouffez pas –, il ne varie guère : nous avalons notre bulletin de naissance de plus en plus tard. Éric Woerth en était persuadé : c’est « une réforme de bon sens, liée à l’augmentation de la durée de vie » (Le Point, 13 juillet 2010). Au contraire, pour Jean-Marc Ayrault : « C’est une réforme responsable qui tient compte de cette réalité incontournable qu’est l’allongement de l’espérance de vie » (leparisien.fr, 27 août 2013). Imparable. Sauf que…

Sauf qu’Attac s’interroge dans son Petit guide d’autodéfense en temps de réforme des retraites [2] : « On vit plus longtemps, certes, mais dans quelles conditions ? Car l’espérance de vie en bonne santé, elle, diminue : en 2010, elle était de 61,9 ans pour les hommes et de 63,5 ans pour les femmes, contre respectivement 62,7 et 64,6 en 2008. » Ce qui amène une autre question, tout aussi perspicace : « Alors que les années au travail les plus dures sont entre 60 et 65 ans, il faudrait travailler plus longtemps pour arriver à la retraite usé et malade, et même travailler au-delà de la limite où l’on est en bonne santé ? » À cela, l’association ajoute : « En 2012, l’espérance de vie a baissé en France. Cela n’est pas anodin : si la durée de vie des Français n’a cessé d’augmenter depuis 1945, c’est entre autres raisons grâce à la possibilité pour tous et toutes d’avoir une retraite décente avant d’être usé par le travail.  »

Ha, le boulot… Quelle est sa place, sa fonction, dans nos vies, dans nos sociétés ? Voilà peut-être les questions que devraient se poser les « camarades » socialos en période de crise et de plein chômage, au lieu de chercher à nous attacher aux outils de production alors que ça pointe sec à Pôle emploi. Mais non. «  La place du travail est et doit rester centrale dans notre modèle social », s’enflammait Jean-Marc Ayrault le 27 août dernier lors de sa présentation de projet de loi de réforme des retraites. Voilà qui rappelle bougrement la « valeur travail » d’un certain Nicolas Sarkozy…


Notes


[1Sur Europe 1.

[2À télécharger ici.



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Par François Maliet


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