CQFD

Répression : cas d’école

Tout le monde résiste à la police !


paru dans CQFD n°145 (juillet-août 2016), rubrique , par Sébastien Navarro
mis en ligne le 13/06/2018 - commentaires

Cadecol, c’est une caisse d’auto-défense collective située à Paris et sa périphérie. Mais c’est aussi des guides d’auto-défense juridique, diffusés en manif ou édités – pour sa seconde édition – chez Syllepse. Alors que depuis trois mois, il pleut des tonfas et des heures de GAV, nous les avons croisés. Comment fait-on, alors, Face à la police, face à la justice ?

JPEGLe 14 avril dernier, Sophie et Karim [1], vieux militants aguerris, participent à une manif lycéenne contre la loi Travail afin d’assurer un minimum de vigilance face aux violences policières. La jeunesse est plein de débordements, la poulaille caparaçonnée sue à grosses gouttes. Sophie se glisse dans le cortège, smartphone brandi haut la main. L’œil électronique est là pour tout enregistrer. Ça commence à bousculer sévère, un flic la hèle et lui ordonne de lui remettre son portable. Sophie l’envoie balader. Le flic insiste. Sentant le vent mauvais, Karim empoigne sa camarade, et le couple décarre sans demander son reste. Mauvais calcul : les robocops leur tombent sur le paletot. Les beignes fusent. Sophie et Karim sont embarqués. Karim sortira du comico au bout de quelques heures. Le séjour de Sophie chez les bleus durera 24 heures. 24 heures pour des photos de manif. C’est quoi ce délire ? Elle les vit comment ces heures, Sophie, coincée dans une nasse sécuritaire surréaliste et quasi omnipotente ?

Pour s’armer dans ce genre de situation, Cadecol vient de mettre à jour son guide d’autodéfense juridique. Les machineries policières et judiciaires ne sont jamais autant efficaces que lorsque le prévenu ou gardé à vue aura été au préalable atomisé, réduit au rang de balle de flipper. Après deux années de travail collectif pour cette nouvelle édition, Cadecol entend redonner un peu de confiance et d’autonomie à celles et ceux qui se font serrer. « Le guide propose une vue d’ensemble des procédures pénales les plus courantes. Enquêtes, perquisitions, fouilles, contrôles, garde à vue, auditions, convocations, comparution immédiate ou sur reconnaissance préalable de culpabilité, peines, fichiers, justice pénale des mineurs : chacun de ces sujets, et d’autres, y sont évoqués », résument les initiateurs du collectif.

Partons d’un constat : non, le droit n’est pas le même pour tous. Un banquier lambda ne sera pas traité de la même manière qu’un dealer de shit de bas d’immeuble. Capital culturel, maîtrise de la langue, disposition d’un réseau : le rapport de forces qui s’instaure entre l’institution pénale et sa proie dépend grandement de la position sociale de cette dernière. Le guide d’autodéfense devient alors une précieuse béquille pour les plus exposés. Et pour tous ceux désireux de politiser leur défense : «  L’objectif de ce guide est avant tout d’aider celles et ceux qui décident d’assurer collectivement leur défense : se réapproprier les stratégies de défense qui doivent être choisies par les accusés et leurs soutiens, et non exclusivement par ces spécialistes du droit que sont les avocats. Il s’agira non seulement de ne pas dénoncer quelqu’un, de ne pas se dissocier d’une action, mais aussi de ne pas mettre en avant certains avantages sociaux (situation sociale, patrimoine, nationalité…) lorsque ces derniers peuvent vous mettre dans une situation privilégiée par rapport à vos co-inculpés. » On connaît tous ces médiocres chantages des zélateurs du maintien de l’ordre : pousser l’inculpé à lâcher ses camarades, voire les enfoncer en échange d’une clémence des juges. La stratégie vise tant à compiler de nouvelles preuves à charge qu’à isoler un peu plus les individus. « Il est parfois possible d’échapper aux pièges les plus grossiers et tous les moyens sont bons, y compris les plus légaux, pour s’en sortir au mieux », rassurent les membres de Cadecol.

Collecte de fonds, réseaux d’avocats, élaboration et distribution de brochures : l’ambition de la caisse d’autodéfense vise à la fois à consolider les éléments matériels nécessaires pour toute défense judiciaire et à poser les jalons de stratégies collectives. « On cherche avant tout à mutualiser les moyens de défense, débattre sur la justice et le droit, élaborer un discours public permettant de continuer à défendre les raisons de la lutte. Nous avons rencontré une dizaine d’avocats qui sont a priori d’accord pour être payés à hauteur de l’aide juridictionnelle, ou de la “commission d’office”, et pour fonctionner sur les bases de la défense collective. On n’entend pas devenir une “Legal Team” composée de militants spécialistes du droit, ni se substituer à des collectifs de soutien déjà existants. En aucun cas Cadecol ne prend l’initiative de la défense sans discussion préalable avec les participants à la lutte. »

Les mains dans le cambouis du conflit social contre la loi Travail – et son monde ! –, le groupe a mis l’ensemble de ses outils à disposition du collectif Defcol (Défense collective Paris-Banlieue). « Defcol est venu en aide à plus d’une centaine de manifestants interpellés, dans ou aux abords des manifestations ou actions, quelle que soit leur forme d’implication dans la lutte. » Pas de lutte sociale sans répression, armons-nous pour y faire face !

Collectif Cadecol, E. Escondida, D. Timélos, Face à la police / face à la justice, Éditions Syllepse, janvier 2016.

Contact : cadecol@riseup.net.


Notes


[1Les prénoms ont été changés.



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