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ZAD

Semer et s’enraciner


paru dans CQFD n°111 (Mai 2013), par Mickael Correia, illustré par
mis en ligne le 19/06/2013 - commentaires

Le 13 avril dernier, à Notre-Dame-des-Landes, l’opération « Sème ta ZAD » inaugurait le printemps sous le signe de la mobilisation paysanne pour, dixit, «  rendre fertile ce qu’ils veulent rendre stérile ». Travaux des champs, assemblées bucoliques et bal heavy metal étaient au menu.

« Rapporte tes bottes ! », avaient prévenu les organisateurs. C’est sous une pluie battante et outils de jardinage en main que, ce matin du 13 avril, deux cortèges de plus de mille personnes zigzaguent au gré des barricades et des chicanes installées le long des routes de la ZAD. Quelques jours auparavant, les trois commissions créées le 30 novembre dernier [1] ont remis leurs rapports au gouvernement. Des tracteurs aux bennes pleines de fumier dépassent des voitures de journalistes télé aux pneus crevés, des familles du coin côtoient des vieux paysans, une chorale aux poings levés s’accommode de la sono déglinguée : l’ambiance est plutôt bon enfant. Au programme de la journée, chantiers de drainage, atelier ruche, plantation de pommes de terre, montage de serre ou encore atelier pain s’organisent en des lieux disséminés sur la zone, les pieds dans la boue. « “Sème ta ZAD”, c’est une manière de voir loin, d’imaginer ce que sera la zone après l’abandon définitif de leur grand projet inutile et imposé ! », entend-t-on lors d’une prise de parole à la fin des cortèges.

Photo de Val K/Bon Pied Bon Oeil {PNG}

Depuis plusieurs mois, des assemblées réunissent occupants, paysans en devenir et agriculteurs en activité avec la volonté de remettre en culture plus de 250 hectares de terres expropriées. Une vingtaine de collectifs a ainsi mis en œuvre des petits projets agricoles : maraîchage, élevage de poules pondeuses, verger, céréales… Tous soutenus par cette assemblée paysanne qui s’est accordée sur « la dénonciation des grandes concentrations agricoles, […] la nécessité de développer et démultiplier des projets d’agriculture vivrière locale pour promouvoir l’autonomie alimentaire contre l’agro-industrie et contre l’artificialisation des terres, […] ou la capacité de relier la question agricole à des formes de vie, d’habitat et à des luttes sociales. [2] »

« Si seuls quelques paysans de la ZAD étaient impliqués, raconte un agriculteur de l’Association de défense des exploitants concernés par l’aéroport (Adeca), aujourd’hui, sur tout le Grand Ouest, il y a une vraie mobilisation paysanne, notamment avec les collectifs des organisations professionnelles agricoles indignées par le projet d’aéroport (Copain). » Le réseau Copain [3] occupe depuis début février la ferme de Bellevue, sur la ZAD, avec vaches, moutons, poules et cochon. Des « tracteurs vigilants » sont prêts à être mobilisés si la ferme vient à être détruite. L’objectif pour le Copain n’est rien de moins que d’« exprimer [sa] solidarité et [son] soutien aux paysans en place sur la ZAD, aujourd’hui expropriés et potentiellement expulsables. […] Faire vivre la ferme de Bellevue, c’est aussi en faire un pôle de compétences pour accompagner au mieux les projets agricoles ou vivriers qui sont initiés par des habitants de la ZAD [4] »

Des zadistes cultivent main dans la main leurs parcelles, comme témoigne une occupante : « Les Civam [5] bossent sur Afterres 2050, une projection sur l’agriculture d’ici 2050 qui prend en compte la lutte contre le réchauffement climatique. À partir d’une réflexion sur les protéines végétales, on est venus à une de leurs réunions pour cuisiner des repas à base de légumineuses. On a parlé d’élevage, de végétarisme, d’agriculture. Depuis, avec un paysan du Civam, on a mis en culture une parcelle de la ZAD avec un mélange céréales-légumineuses, près de la ferme de Bellevue. »

Le lendemain après-midi, le soleil inonde le bocage et un pique-nique est improvisé sur le carrefour de la Saulce. Cette intersection de route était occupée depuis plus de cent jours par les gendarmes mobiles, qui ont pris la poudre d’escampette la veille de la manif [6]. Une assemblée débat de l’opportunité d’ériger des chicanes, ou au contraire de reboucher les trous creusés par des occupants obsédés de la pioche afin de laisser passer le collecteur de lait des agriculteurs du coin. Dans tous les cas, il s’agit de préparer le possible retour des pandores. Alors que l’assemblée touche à sa fin, un tracteur armé d’une sono déboule plein pot et balance Highway to hell, un vieux tube d’AC/DC ! Tout le monde danse pour fêter la libération du carrefour, puisqu’une « autoroute vers l’enfer », c’est tout ce qu’on souhaite à Vinci et aux promoteurs de l’aéroport cet après-midi-là.


Notes


[1Une commission de dialogue « destinée à apaiser le climat » mais désertée par les principaux opposants, une commission scientifique sur « la compensation des incidences sur les zones humides du projet d’aéroport » et une commission sur la perte en terres agricoles…

[2Prise de parole Sème ta ZAD.

[3Le Copain rassemble la Confédération paysanne, le CIVAM, le Groupement des agriculteurs biologiques, Manger bio, Terroirs, Accueil paysan et Terre de liens.

[4Communiqué du 14 février du Copain 44.

[5Regroupements d’agriculteurs bio.

[6Le lendemain, la flicaille est venue reprendre le carrefour, donnant lieu à de violentes confrontations et de nombreux blessés. Quatre jours plus tard, le préfet ordonnait aux gendarmes mobiles de se retirer de la Saulce…



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Par Mickael Correia


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