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Rouge commando


paru dans CQFD n°123 (juin 2014), rubrique , illustré par
mis en ligne le 27/08/2014 - commentaires

L’insomniaque éditeur vient de publier Quatre cents contre un, Un hors-la-loi brésilien raconte la véritable histoire du Comando Vermelho, un livre « qui parle du Brésil et du ballon, de cages et de gardiens : de ce Mundial 2014 ? Non !, précise l’éditeur. Il ne s’agit pas ici d’un jeu mais d’une guerre, tout aussi mondiale, où les défenseurs d’un monde, celui du fric et des puissants, cherchent à mettre en cage ceux qui y résistent, surtout quand ils s’organisent en équipes d’attaquants ».

Il s’agit du récit de vie de William da Silva Lima, l’un des derniers survivants du Comando vermelho (« Commando rouge »), cette équipe, formée dans les favelas de Rio de Janeiro, dont l’ennemi était l’injustice sociale, et qui deviendra le premier gang des favelas. Depuis les années 1960, William a payé de près de quarante années de prison la lutte incessante qu’il a livrée contre le système. Aujourd’hui âgé de 72 ans, assigné à résidence à Rio avec bracelet électronique, William poursuit son combat pour être enfin réellement libre. Extraits.

Par Dora D. {JPEG}

« La chasse était ouverte contre nous, on nous avait complètement diabolisés. Les mots ne sont pas innocents : nous étions devenus un commando, ce qui signifie en langage militaire un centre actif dont la destruction s’impose à l’adversaire, et, comme si cela ne suffisait pas, on était aussi rouges, adjectif qui a toujours réveillé de vieux réflexes meurtriers chez les policiers et les militaires. Coïncidence ou non, on vivait à ce moment le déclin de la guérilla urbaine, ce qui laissait relativement sans emploi un appareil répressif encore plein de vigueur, désireux d’exhiber sa force et son efficacité. Ce qu’ils avaient baptisé “Comando Vermelho” ne serait pas facile à détruire car ce n’était pas une organisation ; ce qui faisait notre force était avant tout un comportement commun, une façon de survivre collectivement face à l’adversité. Ce qui nous maintenait en vie et unis n’était ni une hiérarchie ni une structure matérielle, mais le réseau d’affinités que nous avions su créer entre nous dans les moments les plus durs de nos vies. […]

Nous avions réalisé une unité pratiquement totale et notre volonté de lutter était grande. La première mesure que nous avons prise – ce qui représentait, en prison, une véritable révolution culturelle –, c’était l’interdiction de tout acte de violence entre les détenus. Les incompatibilités personnelles devaient être mises de côté, se régler plus tard à l’extérieur, parce qu’il était indispensable de créer entre nous un climat serein qui nous rende plus forts face à la répression. Le vol, la violence sexuelle ou toute autre forme d’agression étaient bannis. »

William da Silva Lima, Quatre cents contre un, L’insomniaque éditeur, 2014.



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