CQFD

Campagne de vaccination obligatoire

Quand les symptômes persistent…


paru dans CQFD n°89 (mai 2011), par Christophe Goby, illustré par
mis en ligne le 01/07/2011 - commentaires

Ils étaient huit, le 18 février dernier, à être poursuivis par le ministère de l’Agriculture devant le tribunal de Thiers (Puy-de-Dôme), pour avoir refusé de vacciner leur troupeau contre la fièvre catarrhale. Rencontre avec ces délinquants agricoles.

par NardoLe premier, Hervé Roche, élève des vaches laitières sur la commune du Monestier (Puy-de-Dôme, encore). Ayant refusé de vacciner ses bêtes, une ordonnance de dix euros par tête est tombée. « Pour dix vaches, ça peut aller, mais celui qui a une centaine de chèvres… » C’est le cas de Charles Marteaux, qui élève deux cents brebis et soixante-dix chèvres à Fayet-Ronaye (Puy-de-Dôme, toujours). Hervé rappelle au sujet de la fièvre catarrhale : « Le virus est transmis par un moucheron, mais la transmission ne se fait pas d’animal à animal. » (cf. CQFD n. ° 68 et 76) Il ajoute que la contagion a d’abord touché la Belgique, qui n’a jamais vacciné.

Hervé, lui, est un apôtre du bio : « Les industriels de la viande ont demandé la vaccination pour la vente en Italie qui l’exigeait. » Michel Duffaisse, qui fournit l’Amap de Thiers, reconnaît avoir vacciné quelques broutards pour qu’ils puissent passer la frontière italienne, avant de revoir sa prophylaxie : « J’ai suivi les indications de Gilles Grosmond, qui a prescrit des oligo-éléments et du chlorate de magnésium ». Sylvie Guelon, qui pratique l’élevage laitier conventionnel et la vente directe, prend le relais pour expliquer : « On est dans la réflexion du bien-être animal. On fait corps avec nos bêtes. C’est pourquoi on travaille avec Grosmond, qui nous a dit qu’il y avait un moyen de combattre la fièvre catarrhale sur le terrain. » Gilles Grosmond a été vétérinaire clinicien pendant trente ans. Aujourd’hui phytothérapeute, il est l’un de ces rares praticiens à proposer une stratégie différente pour contrer l’épizootie : « Renforcer l’immunité et la mesurer est possible. On a pu constater, avec un test de densité optique, que les animaux non vaccinés avaient plus d’anticorps. »

Après une carrière au sein du très officiel Groupement de défense sanitaire, Yves Cornille, vétérinaire, est lui aussi impliqué dans la recherche d’alternative à la fièvre vaccinale des autorités. Il a rejoint récemment le groupement d’intérêt économique (GIE) Zone Verte qui s’est créé à l’initiative de collègues homéopathes. Leur philosophie : « Ne pas soigner les malades, mais créer les conditions de la santé. » Une démarche qui n’est pas dans l’air du temps : Bernard Vallat, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé animale, constate « un peu partout dans le monde une décroissance des budgets publics dans les domaines de la santé animale, à commencer par les ressources affectées à la surveillance et à la détection précoce des maladies des animaux d’élevage ou sauvages. »

Quant aux labos, ils se portent bien, merci, avec huit cents millions de vaccinations à un euro refourguées en Europe, « pour une maladie qui n’est pas contagieuse, et qui est bénigne la plupart du temps, avance le véto Cornille. De plus, avec ces vingt-quatre sérotypes [1], elle est mutante. » Et d’ajouter que les insectes vecteurs sont là depuis les dinosaures. Les herbivores, de plus, dégotent naturellement les moyens de rester en bonne santé : « La chèvre trouve des bourgeons de pin qui la prémunissent contre certaines affections. » Yves Cornille soutient « qu’avec des animaux en situation de faiblesse, amoindris par la génétique, comme les clones, rêve du gentleman-farmer d’aujourd’hui [2], les virus sont à leur aise. » Par son activité, ce vétérinaire rencontre nombre d’exploitants agricoles en France : « Éleveurs de ruminants, vous êtes d’abord des éleveurs de bactéries. L’insecte a une fonction d’immunisation », répète-t-il souvent. Il explique également que des vaccins, créés en laboratoire, sont relâchés dans la nature et peuvent devenir dangereux, « notamment en passant d’une espèce à l’autre » . Retour en Auvergne : Pierre Fraisse élève des vaches dans le Livradois. Il a vacciné ses bêtes contre la fièvre catarrhale en 2008. Trois jours après l’injection, sur trente génisses en gestation, sept ont avorté. Ce paysan, qui a vacciné face au risque brandi d’une épizootie foudroyante, s’est adressé à Gilles Grosmond tout de suite après les avortements pour faire des sérologies comparatives sur des élevages vaccinés et non vaccinés. Bilan : les animaux non vaccinés se sont immunisés d’eux-mêmes. Il conclut : « Qui cherche à comprendre commence à désobéir. »

Même si, jusqu’à maintenant, la plupart des prévenus a été relaxée, Gilles Grosmond estime que « les non-lieux ne font rien avancer ». Il poursuit : « Dans le quart Nord-Est de la France, ils ont aspergé la laine avec du Butox, un produit insecticide destiné à supprimer le moucheron responsable de l’épizootie. » On n’arrête pas le progrès.


Notes


[1Sérotype : Nom donné à une variété sérologique au sein d’une espèce de bactérie ou de virus.

[2Lire : Fabrice Nicolino, Bidoche, Actes Sud, 2010.



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Par Christophe Goby


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