CQFD

Oaxaca, Mexique

Quand les murs parlent


paru dans CQFD n°85 (janvier 2011), rubrique , par Mickael Correia
mis en ligne le 13/02/2011 - commentaires

Retour avec César Villegas, du Colectivo ZAPE, sur l’implication des graffeurs urbains lors de la révolte de juin 2006 à Oaxaca, et sur la poursuite de leur mouvement.

CQFD : Le 14 juin 2006 commence l’insurrection d’Oaxaca qui durera jusque fin novembre. Comment ZAPE s’insère-t-il dans ce mouvement social ?

César Villegas : J’ai toujours considéré l’ensemble du travail que j’effectuais dans la rue comme un tequio [1]. C’était ma façon de m’investir dans ce mouvement social. Durant les manifestations, et avec la mise en place des barricades, nous avons pu enfin nous approprier pleinement les rues. Les murs de la ville étaient alors couverts et recouverts de peintures, d’affiches, de phrases de révoltés. Nous étions tout un ensemble de collectifs comme ZAPE, Asaro, Jaguar… Il y avait même des gamins de douze ans qui taggaient les banques et les institutions !

Comment le mouvement s’est-il approprié votre travail ?

Notre travail a commencé à être recopié : on a vu des dessins de notre collectif sur des T Shirts, des banderoles, des stickers… Quatre de nos dessins sont devenus les « symboles » de l’insurrection d’Oaxaca : Benito Juarez [2] en guérillero, la Sainte Vierge des Barricades, la gravure « Commune d’Oaxaca » et les pochoirs critiquant Ulises Ruiz Ortiz [3]. Nos graffitis ont été ensuite la cible de la répression du gouverneur, et nous avons dû agir masqués.

Les murs sont donc devenus un média ?

Le graffiti urbain a d’abord questionné la propriété des murs : est-ce une propriété privée ou est-ce que ce sont les murs de « nos » rues ? Puis, la communication étant vraiment un des enjeux de la lutte, ils se sont transformés en armes de contre-information. Les messages portaient en eux une signification profondément ancrée dans les racines culturelles d’Oaxaca.

Quelles sont vos influences politiques et graphiques ?

Nous sommes influencés par les muralistes, comme Diego Ribera, ou par des artistes mexicains comme Manuel Manilla, un graveur moins connu que José Posada mais qui fut pourtant à l’origine des calaveras [têtes de mort]. Mais c’est surtout l’art pré-hispanique de la région d’Oaxaca, l’iconographie zapotèque et mixtèque qui nous influence beaucoup : l’ensemble de la population oaxaquenienne est encore en grande partie indigena.

Depuis la répression de novembre 2006, comment ZAPE a-t-il poursuivi ce mouvement de révolte ?

Nous avons fait de nombreuses actions avec Vocal [4] en organisant des ateliers de dessins ou de sérigraphies dans les villages zapotèques comme en banlieue. Nous avons aussi auto-édité un fanzine appelé Penelope. Il paraît de temps en temps, coûte quelques pesos, et nous travaillons avec des écrivains ou des chroniqueurs différents sur une thématique précise. Nous venons de sortir un numéro sur « les rêves », et le prochain traitera d’autonomie et de démocratie directe.


Notes


[1Le tequio est un travail que l’on fait pour l’intérêt général et collectif de la communauté.

[2Benito Juarez, originaire de l’État d’Oaxaca, fut le premier président indien du Mexique à la fin du xixe siècle. Il est considéré comme un héros à Oaxaca, notamment grâce à ses réformes progressistes en faveur des plus pauvres.

[3Ulises Ruiz Ortiz est le très impopulaire et brutal gouverneur d’Oaxaca contre lequel toute la population se souleva en 2006. Il est le commanditaire de la violente répression contre la révolte d’Oaxaca.

[4Voix oaxaqueniennes construisant l’autonomie et la liberté.



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Par Mickael Correia


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