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Déclaration commune

Pour une réappropriation démocratique des médias


paru dans De l’autre côté du papier, par Un collectif
mis en ligne le 18/02/2019 - commentaires

Nous lançons avec des associations, des organisations de journalistes, des médias, des syndicats et des organisations politiques une déclaration commune pour se « mobiliser pour une réappropriation démocratique des médias ». Cette déclaration, à diffuser et signer largement, est une première étape dans la construction d’une mobilisation et d’initiatives communes pour transformer les médias.

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Depuis plusieurs semaines, le mouvement des Gilets jaunes bouleverse l’agenda politique, et porte une remise en cause profonde des institutions. Les médias sont tout particulièrement visés. Les Gilets jaunes dénoncent, à juste titre bien souvent, un traitement caricatural des mobilisations : surenchère sécuritaire sur les plateaux télévisés et dans certains quotidiens ; confiscation de la parole par les éditorialistes ; disqualification de certaines revendications jugées « irréalistes » et appels à « dialoguer » avec le gouvernement ; ou encore dénonciations des violences des manifestants – alors que les violences policières ont été pendant trop longtemps passées sous silence.

Une telle pédagogie de la résignation n’est certes pas nouvelle. Déjà lors des grèves de 1995, les tenanciers des grands médias martelaient leur sempiternel message : il n’y a pas d’alternative aux réformes libérales. En 2005, ils pointaient du doigt ceux qui mettaient en cause le bien-fondé des politiques européennes et déformaient la révolte des banlieues. Plus récemment, lors des mobilisations contre la loi El-Khomri et les ordonnances Macron, ils dénonçaient un code du travail soi-disant « trop épais et illisible ». À l’occasion de chaque mobilisation sociale, ils se sont faits les gardiens de l’ordre économique et politique.

Ces partis pris ont contribué à disqualifier les grands médias. La défiance à leur égard est profonde et sans précédent. D’autres sources d’information sont plébiscitées, médias indépendants ou réseaux sociaux. Certaines des analyses portées depuis des décennies par la critique des médias sont réinvesties largement, au-delà du mouvement des Gilets jaunes. L’emprise de quelques milliardaires sur la production de l’information est pointée du doigt. La question des médias s’impose désormais comme une question politique.

La plupart des éditorialistes et chefs de rédaction ne voient, dans cette défiance, qu’une « haine des médias » et de la démocratie. Ils éludent la responsabilité qu’ils portent, par leurs diatribes ou leurs choix éditoriaux, dans l’hostilité qui s’exprime contre l’ensemble des journalistes. Une hostilité dont les plus précaires (en termes de statut ou de conditions de travail) font parfois les frais, sur le terrain, en étant injustement pris à partie ou agressés.

Nous pensons que la défiance envers les grands médias doit être une opportunité. Opportunité, dans les rédactions, de remettre en cause les orientations délétères imposées par les directions éditoriales, et de replacer le reportage et l’enquête au cœur du travail journalistique. Opportunité, dans les médias indépendants, de faire la démonstration par l’exemple qu’un autre journalisme, plus exigeant et plus libre vis-à-vis des pouvoirs, est possible.

Que nous soyons Gilets jaunes, militant•es, journalistes, usager•es des médias, nous avons toutes et tous des raisons légitimes de contester un ordre médiatique inique, qui maltraite le pluralisme. Et de nous inquiéter des menaces réelles qui pèsent sur le droit à l’information : la mainmise de quelques milliardaires sur la plupart des médias, les plans de suppressions d’emploi dans l’audiovisuel public comme dans les groupes privés, la précarisation des journalistes statutaires ou pigistes y compris dans certains médias indépendants, la répression policière et la criminalisation qui frappent de plein fouet certains reporters et leurs sources, ou encore les lois liberticides qui visent à contrôler l’information – loi sur le secret des affaires et sur les « fake news ». C’est pourquoi nous affirmons qu’il est temps de se mobiliser pour une réappropriation démocratique des médias. Pour défendre le droit d’informer et le droit à être informé, tous deux gravement menacés. Et pour que l’information, trop longtemps confisquée par les pouvoirs, devienne enfin un bien commun et non une marchandise.


Cette déclaration est une initiative commune :

D’associations, d’organisations de journalistes et de syndicats : Acrimed, Attac, Fédération Nationale de l’Audiovisuel Participatif, La Quadrature du net, Les Amis du Monde diplomatique, Profession : Pigiste, Résistance à l’agression publicitaire, Ritimo, SNJ-CGT, Union syndicale Solidaires.

De médias : Contretemps-web, CQFD, Démosphère Ariège, Démosphère Toulouse, Hors-Série, Jef Klak, L’Alterpresse68, Là-bas si j’y suis, La Clé des ondes, La Gazette de Gouzy, Le journal minimal, L’Insatiable, Le Média, Le Ravi, MAP 36, MédiaCitoyens PACA et Rhône-Alpes, Mediacoop, Radio Parleur, revue Cause commune, Ricochets, Rosalux, Silence, Transrural initiatives, TV Bruits, Télé Mouche, TVnet Citoyenne.

D’organisations politiques : Alternative libertaire, Ensemble, NPA, PCF, PG.


Premiers signataires :

Alain Accardo, sociologue ; Gilles Balbastre, réalisateur ; Patrick Champagne, sociologue ; Sophie Chapelle, journaliste ; Colloghan, dessinateur ; Benoît Collombat, journaliste ; Jean-Baptiste Comby, sociologue ; Annie Ernaux, écrivaine ; Nina Faure, réalisatrice ; Benjamin Ferron, sociologue ; Anne-Sophie Jacques, journaliste ; Yannick Kergoat, réalisateur ; Henri Maler, universitaire ; Philippe Merlant, journaliste et conférencier gesticulant ; Pierre Morel, photojournaliste ; Gérard Noiriel, historien ; Michel Pinçon, sociologue ; Monique Pinçon-Charlot, sociologue ; Denis Robert, journaliste ; Karim Souanef, sociologue ; Usul, vidéaste.

Vous pouvez signer la déclaration sur le site d’Acrimed : https://www.acrimed.org/Reapproprions-nous-les-medias

Existe aussi cette vidéo.



4 commentaire(s)
  • Le 19 février 2019 à 22h26, par Un ami qui te veut du bien -

    CQFD, Bastamag, et tous les autres, vous vous foutez du monde ! Que tweetiez vous le 17 novembre si ce n’est de signaler avec Mona Chollet ( Diplo) que les Gilets Jaunes étaient des fachos ou des antisémites ? C’est cool : son tweet a disparu ! Et pourtant je l’ai lu à l’époque. Il n’y a rien plus rien sur le compte du chien rouge sur les Gilets jaunes durant la semaine la plus folle depuis 68. Et aprés les seuls tweets GJ dont vous parlez sont ceux d Henri maler sur Benjamin Cauchy ( facho à Toulouse) le 28/11 vous reprenez le tweet de la Chouette sur un porte parole catalan sur une liste FN. Bastamag est repris pour son papier " Ces combats pour plus de justice sociale et sans Gilets jaunes dont les chaines infos ne parlent pas" Manière de n’avoir encore pas compris ce qui se passait dans le pays. Il n’y a rien eu pendant des semaines sur Rezo.net, rien sur ce mouvement parce que vous avez été gentiment bernés par la propagande. Lisez les premiers articles sur Basta ou Mediapart par Dan Israel. C’est pas très encourageant. Cherchez bien les articles favorables dans les medias pas pareils en novembre. Même à Solidaires, combien ont compris ce qui se passait avant la mi décembre ? Par contre.. On a rarement été aussi bien informés par la PQR durant l’ hiver sur les Gilets Jaunes. il suffisait de lire Var matin, la voix du Nord, Ouest France, la Montagne pour se rendre compte du mouvement révolutionnaire qui se levait. Quelques photos de cette presse le démontrait. Après tout s’est retourné comme d’habitude et BFM Tv (et les autres grands médias) est redevenu une machine du pouvoir.

    Je crois sans me tromper que Lundi Matin n’a pas dit de conneries sur le sujet. La tendance Claire du NPA a vu juste assez vite. Et Francois Ruffin dans Fakir parce qu’il a ouvert ses oreilles. En tout cas cet appel aurait mérité un mea culpa sur la cécité des journalistes pas pareils et de la gauche extra parlementaire. Le manque de discernement des pro de la révolution et des journaleux de gauche était patent au moins au début. Une fois que le répression est passée par là, on est un peu sorti de chez soi. Mais combien de militants sont arrivés en retard de cette révolution. _

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    • Le 22 février à 10h34, par Mathieu Léonard -

      Cher "ami" qui nous veut du bien

      Il vous aura peut-être échappé que CQFD est un mensuel papier de 24 pages avec des articles mis en ligne régulièrement et non un fil twitter.

      Par conséquent, il vous aura sans doute échappé que les deux derniers numéros sont largement consacrés aux gilets jaunes sous divers aspects (rencontres sur les ronds-points, manifs à Paris, Perpiugnan, Toulouse, maison du peuple de St-Nazaire, Commercy, justice d’abattage à Valence et Marseille, violences policières, ET aussi tentatives de récupération par l’extrême droite...) À vous de voir si c’est équilibré ou non...

      Bref, si vous voulez vraiment nous critiquer là-dessus, commencez par vous sortir la tête de twitter et lisez-nous vraiment ! Merci

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      • Le 24 février à 10h50, par Un ami cycliste de Clermont Ferrand. -

        Il est bien le nouveau site ( enfin c’est vite dit) mais on ne voit plus la page commentaire ? Sur le coté. Ben alors ? Un bandeau jaune ?

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        • Le 27 février à 18h23, par Chien rouge -

          @Un ami cycliste de Clermont Ferrand

          Bonsoir !

          Merci pour le demi-compliment pour le site, effectivement on n’est pas encore au top de la modernité question graphisme mais on progresse. Tout un boulot (purement amateur) est encore en cours pour améliorer le bazar, ça devrait donner quelque chose d’un poil mieux dans les prochaines semaines.

          Pour les commentaires, on s’est dit que ça n’apportait pas franchement grand chose de les avoir sur la page d’accueil du site. Vous trouvez ça important, vous ?

          Au plaisir.

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Par Un collectif


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