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FACTURES EN RETARD

Pas de poste intérimaire


paru dans CQFD n° 83 (novembre 2010), par Aristide Bostan, illustré par
mis en ligne le 08/12/2010 - commentaires

Le mercure est au maximum dans la salle du centre Baussenque, au Panier, en ce vendredi 5 novembre. Sous la banderole « Facteur, c’est un métier », les postiers en sont à leur trentième jour de grève contre la sous-traitance de la distribution du courrier à Adecco.

LE 7 OCTOBRE, une factrice du deuxième arrondissement de Marseille, en CDD depuis le mois d’avril, a eu la désagréable surprise de se faire remercier par la direction : non-renouvellement du contrat. Seulement quand ses collègues voient débouler aussi sec un intérimaire pour la remplacer, la moutarde leur monte sévèrement au nez. Dès le lendemain matin, débrayage dans tout l’arrondissement. Depuis, tous les jours à 6 h 30, les camarades facteurs font le piquet devant le centre de distribution de la rue Mazenod, d’où part tout le courrier du deuxième, dans l’attente de rencontrer les chefs pour une explication.

par FelderUn mois plus tard, alors qu’un huissier est employé à plein temps pour tenter de « piéger » les grévistes sur un plan juridique, la direction affiche son mépris tout en évitant soigneusement de prendre ses responsabilités. « Tout ce qu’on veut, c’est discuter », explique un syndicaliste présent dans la salle. La Direction opérationnelle territoriale courrier (Dotc), planquée à Château-Gombert loin du vacarme du centre-ville, renvoie l’ascenseur vers le centre Mazenod, ce qui a le don d’énerver notre syndicaliste : « La Dotc ment à la population et aux élus en disant que les centres de distribution peuvent négocier, alors qu’ils n’ont aucune marge de manœuvre. »

Un quidam à l’âge avancé prend la parole, le sourire en coin : « Les intérimaires j’ai rien contre, mais c’est des petits jeunes qui font, un jour, le plombier, le lendemain, le maçon et le jour d’après, le facteur. On ne peut pas attendre que la distribution se fasse aussi bien... » Un collègue syn diqué lui fait écho : « Il y a un roulement pas possible, je revois rarement les mêmes têtes. » Et rajoute, amer : « En 34 ans de métier, je n’ai jamais vu autant de mépris de la part des directeurs. »

Les 100 % de postiers en grève du deuxième arrondissement (cadres compris !) ont donc de bonnes raisons d’être bouillants. Depuis la directive européenne Mc Creevy de 2006, appelant à ouvrir le marché postal des pays de l’Union européenne à la concurrence, la vénérable organisation semble être à l’avant-garde d’une précarité généralisée, construite sur les cendres du service public. Localement, il semble que les huiles de Château-Gombert soient de plus déterminées à en finir avec ces dangereux agitateurs du deuxième arrondissement. Pas de quoi cependant démonter les grévistes qui, forts d’une mobilisation couronnée de succès en 2006 – le centre Mazenod avait alors été le premier en France à refuser catégoriquement l’emploi d’intérimaires – comptent bien faire plier une seconde fois une direction autiste et aux ordres.



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Par Aristide Bostan


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