CQFD

Guerre contre le stationnement payant à Marseille

Les zorrodateurs


paru dans CQFD n°23 (mai 2005), par Gilles Lucas
mis en ligne le 10/07/2005 - commentaires

C’est l’insurrection à Marseille. Contre les loyers qui grimpent, la gangrène immobilière, les chantiers de prestige et toute la déglingue autour ? Non : contre les horodateurs. Mais tout est lié…

Vieux-Port, 19 heures, lundi 24 avril. Quatre cents personnes environ s’en retournent aux Catalans. Elles étaient presque mille devant la mairie. Quai des Belges, la petite foule avance tranquillement au milieu de la chaussée. Un mélange d’âges, de styles, du survêt’ au costard trois pièces, mais le nombre est plutôt prolo, teint hâlé par la pêche et/ou la pétanque. Un flic leur emboîte le pas, en agitant pesamment les épaules. Et derrière lui, cars de police, motards et RG. « Non au racket ! », « Marseillais, dans la rue ! » La circulation est bloquée. On apostrophe les automobilistes : « Demain, ils les installeront chez vous ». Un tract affirme l’indépendance du « Mouvement du 4-Septembre » et exige le stationnement gratuit, appelant les gens à faire pareil dans leur quartier et à converger sur la mairie tous les lundis. « On est le dos au mur, on reculera pas. » C’est d’avoir touché à la sacro-sainte bagnole qui a fait sauter la bonde, mais l’esprit ambiant est assez vif : « Ils veulent chasser les pauvres du centre-ville. » Les sorties du tunnel Vieux-Port sont figées. La musique des klaxons traduit la sympathie ou l’hostilité. Un automobiliste arborant sur son pare-brise un auto-collant CGT-Port Autonome est acclamé. Une voiture s’extrait du blocage par un coup d’accélérateur nerveux. Le chauffeur, dégaine de VRP, fait un doigt d’honneur. La voiture est immatriculée 75, « Ouououh ! »

Quand la longueur de l’embouteillage est jugée suffisante, on reprend la déambulation. Direction place du 4-Septembre. Au Pharo, les copains de contrée chambrent la manif depuis la terrasse du bar-tabac. Une rue est barrée par une dizaine de robot-cops. Voilà le local du maire d’arrondissement. Des insultes fusent. « Ils nous les mettent ici, ces putain d’horodateurs. Et rien dans les quartiers chics ! » Une femme au micro : « C’est la révolution ! » Une voix rauque, comme au stade : « Endoume indépendante ! » Une petite équipe a fait le tour et remonte la rue dans le dos des flics. Les cars grillagés vomissent aussitôt leur contenu, qui vient renforcer le cordon. Ça siffle : « T’as rien d’autre à foutre que venir faire chier le monde ? » L’autre jour, ils ont gazé la foule. Une femme dans le mégaphone : « N’oubliez pas ! Les horodateurs, c’est comme les hommes politiques : ils ont la tête fragile ! » On se sépare, « à demain ». Boulevard de la Corderie, tous les horodateurs ont été martyrisés. « Je pense que le mieux, c’est la colle, tu vois. On en discute. Il y en a qui préfèrent la bombe isolante. C’est bien, mais un peu encombrant. Le ciment, c’est bien aussi. On manque pas d’imagination. J’ai un collègue qui dit que le mieux serait de les arracher avec une bagnole, tu vois… Allez ! Bonne soirée, et à lundi prochain, 18 heures devant la mairie. »



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Par Gilles Lucas


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