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Les communardes illustrées


paru dans CQFD n°156 (juillet-août 2017), rubrique , par Mathieu Léonard, illustré par
mis en ligne le 13/02/2020 - commentaires

Une flopée de bédés valables rendent hommage aux communardes et nourrissent l’imaginaire de la Commune. Passage en revue.

Des graines sous la neige – Inédit © Laëtitia Rouxel, 2017 {JPEG}

Force est de constater un certain regain d’intérêt dans la bande dessinée actuelle vis-à-vis des femmes de la Commune de Paris. La série « Communardes ! » chez Vent d’Ouest, scénarisée par Wilfrid Lupano, offre trois fictions de femmes prises dans la tourmente du Paris assiégé, puis dans l’élan révolutionnaire du Paris insurgé.

Le premier tome, Les Éléphants rouges, illustré par Lucy Mazel, raconte la débrouille d’une petite fille imaginative, Victorine, durant l’hiver 1870-1871. Le second tome, L’Aristocrate fantôme, illustré par Anthony Jean, romance très largement la geste d’Élisabeth Dmitrieff. Cette révolutionnaire de 20 ans a croisé Marx à Londres et a participé activement à l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés. Ce comité proche de l’Internationale a été le fer de lance de l’organisation féminine durant la Commune. Représentée vêtue d’une robe élégante, deux revolvers accrochés à l’écharpe soyeuse rouge qui lui ceint la taille, la belle aristocrate russe est une figure qui prête indéniablement au romanesque. Troisième et dernier tome, Nous ne dirons rien de leurs femelles, illustré par Xavier Fourquemin, s’attache à une servante opprimée nommée Marie, qui profite de l’épisode révolutionnaire pour faire payer ses ennemis de classe.

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Dans un style plus hagiographique, Louise Michel, la Vierge Rouge (éditions Vuibert) de Mary et Bryan Talbot, est un roman « bio-graphique » sur la célèbre « pétroleuse » [1]. Le traitement graphique en rouge et noir n’est pas sans évoquer parfois Le Cri du peuple de Tardi, en revanche, le récit est plutôt conventionnel. Mais pour qui veut découvrir la vie de cette sainte anarchiste par ce biais, c’est toujours bon à prendre.

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Moins connue que la Louise, la Bretonne Nathalie Lemel est mise à l’honneur par le scénario solidement documenté de Roland Michon et le trait subtil de Laëtitia Rouxel dans Des graines sous la neige (éditions Locus Solus). Ce travail remarquable de documentation et de reconstitution rigoureuses, nous fait partager la vie presque centenaire de cette ouvrière relieuse, amie d’Eugène Varlin avec lequel elle monte les restaurants coopératifs « La Marmite », et également membre de l’Union des femmes sous la Commune. Le récit nous entraîne de l’ambiance populaire du port de Brest dans les années 1830 aux conditions de vie rudes et exotiques de la relégation en Nouvelle-Calédonie, où Nathalie sera déportée avec Louise Michel en 1872.

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Ajoutons à cela la réédition récente par les éditions Libertalia des Souvenirs d’une morte vivante de Victorine B. – mémoires d’une femme du peuple parisien qui a traversé les révolutions de 1848 et de 1871 –, et l’on peut dire que les femmes de la Commune sont bel et bien à l’honneur… Et ce n’est que justice, car elles ont été le ferment de ces moments d’émancipation et les pionnières du féminisme révolutionnaire. Affirmant que « toute inégalité et tout antagonisme entre les sexes constituent une des bases du pouvoir des classes gouvernantes », l’Union des femmes défendait l’égalité salariale, l’éducation laïque des fillettes et prônait la reconnaissance de l’union libre et l’abolition de la prostitution. Toutefois, il ne faudrait pas omettre de rappeler que la Commune, exclusivement masculine dans son gouvernement, n’a pas pu tenir, dans sa courte existence, les promesses d’égalité entre les hommes et les femmes.

Mathieu Léonard

Notes


[1« Pétroleuse » est un terme des Versaillais pour disqualifier les femmes de la Commune en les réduisant à des incendiaires. Louise Michel rejetait ce nom tout en assumant sa part de pyromanie : « Les légendes les plus folles coururent sur les pétroleuses, il n’y eut pas de pétroleuses — les femmes se battirent comme des lionnes, mais je ne vis que moi criant le feu ! le feu devant ces monstres ! » (La Commune, 1898).



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