CQFD

Antennes relais

La tête dans le micro-ondes


paru dans CQFD n°99 (avril 2012), par Sébastien Navarro, illustré par
mis en ligne le 28/05/2012 - commentaires

Le populo est peut-être accro à son portable, mais qu’on lui plante une antenne relais au fond de son jardin, et le v’là qu’il s’inquiète et voit rouge. Quasi prêt à mener la fronde pour éviter de se manger un trop plein d’ondes.

Ça bouillonne dans les têtes des habitants du village de Villeneuve de la Raho (Pyrénées-Orientales), dont les vingt-cinq antennes relais ont bénéficié dernièrement d’une importante exposition médiatique. « Tout a commencé en 1998, quand le maire nous a informés que le château d’eau allait abriter des antennes relais. À l’époque, peu de personnes étaient informées du danger des antennes. C’est grâce au travail du scientifique Roger Santini [1] que j’ai commencé à me renseigner sur les champs électromagnétiques », explique Maryse, riveraine du château d’eau. Tout comme ses voisins, elle est rapidement victime d’insomnies, de maux de tête et doit souvent quitter son logement principal pour se mettre au vert. « À partir des années 2000, on observe une importante recrudescence de pathologies lourdes dans le quartier, poursuit Maryse. Je me suis procuré un plan cadastral et j’ai noté pour chaque maison la maladie correspondante : cancers, AVC, Alzheimer. Aucun foyer n’était épargné. Une telle concentration est quand même anormale ! » De l’anormalité au scandale sanitaire, il n’y a qu’un pas. Paulette, qui habite aussi à proximité, reprend : « Il y a le problème de l’école située au pied du château d’eau. Sur deux cent vingt élèves, trois ont un cancer. Statistiquement, ce n’est pas normal ! Les chiffres sont trop élevés. La réponse de la mairie a été de construire un bloc sanitaire à l’école pour les enfants malades ! »

Voilà quatre ans que les membres de l’association Un mât pour les ondes (Umplo) se battent pour faire dégager les antennes relais du cœur de leur village. Manifs, pétitions, débats, les militants n’ont pas lésiné sur les moyens pour se faire entendre. Munis de mesureurs de rayonnement, ils ont traqué les champs électromagnétiques dans le périmètre du château d’eau. « Dans la rue devant chez moi, on est à 12 volts par mètre [V/m], on est loin des 0,6 V/m préconisés par le Parlement européen ! » s’exclame Maryse. C’est qu’en matière de réglementation sur l’exposition par Lasserpedes personnes aux champs électromagnétiques, le législateur français n’est pas trop pressé de porter l’estocade aux opérateurs de téléphonie mobile et à leurs 20,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires [2]. Du coup, la France admet des taux d’émission entre 41 et 61 V/m, fourchette jugée aberrante par tout un aréopage de chercheurs et docteurs spécialistes de la question. Parmi eux, Pierre le Ruz, expert européen en nuisances électromagnétiques et en radioprotection et accessoirement président du Centre de recherches et d’information indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques (Criirem) : « À l’heure actuelle, la loi française ne permet pas d’opposer le principe de précaution aux opérateurs alors que les preuves de l’impact des antennes relais sur la santé existent. L’exposition aux ondes fait que les vieilles cellules humaines ne s’autodétruisent plus et s’accumulent pour former des kystes ou pire, les cellules ne pratiquent plus la phagocytose et elles produisent des protéines de stress. L’Organisation mondiale de la santé classe les ondes radioélectriques en agents cancérigènes B, le même rang que l’amiante ou le plomb. » Dans les dégâts collatéraux, il faut compter avec la hausse du nombre de gens souffrant d’électro-sensibilité, syndrome d’intolérance aux champs électromagnétiques. « Cela concerne environ 3 à 4 % de la population. Les pouvoirs publics aimeraient bien faire passer ça pour de la psychiatrie, afin de ne pas reconnaître le handicap parce que cela impliquerait des prises en charge très lourdes pour les finances publiques [3].  »

Voilà qui doit expliquer l’éclosion de collectifs et d’associations luttant pour virer ces antennes mortifères de leur quartier. Tel cet évêque de Thoissey (Ain) qui, sous la pression de ses ouailles, a viré l’antenne-relais de son clocher, se rappelant soudain que l’église… était prioritairement un lieu de culte ! Instaurer le rapport de force avec une mairie hostile peut cependant amener à une escalade douteuse. Surtout quand une partie du populo local cède à ce chantage stupide : si on enlève les antennes, vous ne pourrez plus vous servir de vos téléphones. Henri, d’Umplo : « Le 5 janvier dernier, des techniciens sont venus pour augmenter la bande-passante des antennes. On était une cinquantaine de l’association. Quinze gendarmes étaient là pour nous surveiller. Les types qui encadraient le technicien avaient carrément la main sur le Taser ! » Les ondes ou l’électricité, c’est qu’avec tout ce progrès, le choix devient cornélien.


Notes


[1Docteur ès sciences, Roger Santini est le premier scientifique français à avoir dénoncé les effets de la pollution électromagnétique des antennes relais de la téléphonie mobile. Il est décédé en 2006.

[2« Les chiffres clés des communications électroniques en France », année 2010, disponible sur www.arcep.fr.

[3Sur le sujet, lire « La maladie des ondes, c’est dans la tête », Le Canard enchaîné, 21 mars 2012.



2 commentaire(s)
  • Le 28 mai 2012 à 09h08, par Sébastien Navarro -

    "L’Organisation mondiale de la santé classe les ondes radioélectriques en agents cancérigènes B, le même rang que l’amiante ou le plomb." Un lecteur avisé m’a fait remarquer la bourde commise par le sieur Le Ruz : les ondes électromagnétiques sont classées 2B par l’OMS ("possiblement cancérigènes pour l’homme" - où l’on retrouve effectivement le plomb ) par contre, l’amiante est en catégorie 1 ("agents cancérigènes pour l’homme"). De la rigueur, bordel...

    Répondre à ce message

  • Le 28 mai 2012 à 11h52, par ploufy -

    Et pourquoi personne ne va les arracher ?

    Répondre à ce message

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Par Sébastien Navarro


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