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Guérilleros contre armée régulière


paru dans CQFD n°91 (juillet-août 2011)
mis en ligne le 12/09/2011 - commentaires

En complément de « Le capitalisme est à l’agonie ».

« Un certain Aaron Barr, PDG de la firme de renseignement HBGary Federal, filiale d’une autre firme appelée HBGary Inc. Barr, avait mis au point, disait-il, une technique qui lui permettrait de découvrir l’identité des fameux Anonymous. Il pratiquait en fait une forme d’abus de confiance qu’on appelle dans la communauté du renseignement le social engineering, l’« ingénierie sociale », fondée sur le principe : « prêcher le faux pour savoir le vrai ». Pour se renseigner sur quelqu’un, il utilisait essentiellement les réseaux sociaux, découvrant par exemple le nom d’un ancien camarade d’école de la personne ciblée, et se faisant passer pour lui ou pour elle, afin de poser des questions orientées sans que la cible ne se méfie. Les réseaux Facebook, Linkedln et Twitter permettaient ainsi de découvrir les liens entre connaissances ainsi que la fréquence de leurs interactions.

Barr s’était convaincu qu’Anonymous n’était pas acéphale comme on l’imagine, mais hiérarchisé, composé de 20 à 40 personnes. […] [Il] pensait avoir découvert l’identité des dirigeants d’Anonymous et se proposait de vendre les noms à quiconque voudrait savoir qui ils sont. Tout en restant très vague, il fit savoir publiquement qu’il était prêt à révéler les noms et fut agréablement surpris d’être rapidement contacté par l’armée et par le FBI.

La presse s’intéressait aux allégations de Barr : le 4 février 2011, le Financial Times lui consacrait un article […] : se vantant d’arrestations imminentes, parlant de hackers aux abois, qui abandonneraient bientôt leur superbe, se montrant même paternaliste envers la police qui “rencontrerait des obstacles si elle recourait à certaines des méthodes [qu’il avait] utilisées, comme créer de faux profils Facebook”. Mais le lendemain, soit six jours avant son rendez-vous prévu avec le FBI, alors que Barr s’apprêtait à sonner l’hallali, il découvrait avec horreur que c’était sur lui que le filet s’était refermé. Anonymous avait pris possession du site Internet de HBGary Federal où l’on pouvait lire désormais : “Et maintenant la main d’Anonymous te balance des baffes.” »

Paul Jorion, La Guerre civile numérique, Textuel, 2011.



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