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Les ruses de la raison libérale

Face à l’« électorat populaire », Macron n’a que le racisme à brandir


paru dans CQFD n°182 (décembre 2019), rubrique , par Rafik Chekkat, illustré par
mis en ligne le 11/02/2020 - commentaires

Dans un contexte de mobilisations sociales ininterrompues depuis un an et avec le scrutin de 2022 en ligne de mire, le président multiplie les effets d’annonce sur l’immigration et la sécurité. Un coup tactique destiné à masquer la réalité sociale, à réorienter la colère populaire et à draguer l’électorat frontiste ?

Par Kalem {JPEG}

Disons-le d’emblée, les arguments qui font du racisme une simple manœuvre de diversion ne sont pas totalement satisfaisants. Pas plus que l’idée d’un racisme qui viendrait toujours « d’en haut », théorie qui ôte toute autonomie d’action aux classes populaires, victimes permanentes et historiques de la duperie des classes possédantes. Si les gouvernements successifs ont pu aussi aisément jouer la carte du racisme, c’est bien parce que les thématiques du communautarisme, de l’islamisme ou de la vague migratoire sont durablement installées dans le débat public. Mais c’est aussi parce que les « classes populaires blanches » sont réceptives et trouvent une rétribution – au moins symbolique – dans ces discours et mesures racistes.

Le président des ultra-riches

Chômeurs, retraités, fonctionnaires, cheminots, étudiants, étrangers, bénéficiaires des aides au logement… Rares sont aujourd’hui les populations qui n’ont pas vu leurs ressources diminuées ou leur situation détériorée par les mesures libérales adoptées tambour battant depuis 2017, auxquelles il faut ajouter l’incroyable répression menée contre les Gilets jaunes et la traque incessante des personnes exilées (renforcée par la loi « Asile et immigration » de septembre 2018). Une politique aussi violemment antipopulaire a dès le début du quinquennat posé la question de la base sociale de la majorité actuelle. La suppression de l’ISF et de l’exit tax, la flat tax sur les revenus du capital, les privatisations (Aéroports de Paris, Française des jeux, etc.) et les retombées économiques des mesures prises depuis plus de deux ans profitent à la fraction la plus riche de la population. Les milliardaires français sont ceux qui s’enrichissent le plus vite : le « président des ultra-riches » n’a pas usurpé son surnom.

Ces mesures inégalitaires créent toutefois sans cesse des foyers de contestation sociale et compromettent à terme la possibilité pour le président d’être reconduit pour un second mandat. Conscient de cela, Macron a décidé d’investir pleinement la question raciale.

Apparaître comme » le président des Blancs »

Le pensionnaire de l’Élysée a fait part aux élu·es de sa majorité réuni·es en septembre dernier de sa volonté de durcir le ton en matière d’immigration et de sécurité, thèmes jugés « régaliens » qu’il faudrait « affronter en face » et ne pas abandonner à l’extrême droite : « La question est de savoir si nous voulons être un parti bourgeois ou pas, déclare Emmanuel Macron. Les bourgeois n’ont pas de problèmes avec cela [l’immigration]  : ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec. » Même si la traque faite aux personnes exilées n’avait jamais cessé et que les interventions de ministres pour amplifier quantité de polémiques racistes étaient déjà régulières, le changement d’orientation présidentielle est notable.

Désireux d’apparaître comme un candidat consensuel, Macron s’est fait élire sur la base d’un programme libéral, mais non ouvertement raciste. Alors qu’il s’était prononcé pour une « laïcité apaisée », son silence sur le sujet une fois à l’Élysée a été interprété comme une ambiguïté sur laquelle il devait s’expliquer. Ce qu’il fit en avril 2018, jugeant que le foulard islamique n’était « pas conforme à la civilité » française. Lors d’une allocution télévisée consécutive au déclenchement du mouvement des Gilets jaunes, le président a évoqué l’idée de la tenue d’un débat où il serait question notamment d’identité nationale, idée qu’il a précisée dans sa lettre aux Français en janvier dernier. Le discours sans équivoque sur l’ » hydre islamiste » après l’attaque perpétrée à la préfecture de police de Paris ne laisse guère de doute sur le positionnement que souhaite adopter Macron dans la perspective de la présidentielle de 2022.

Le racisme comme inépuisable ressource politique

Savoir si la violente campagne sur le voile et l’islam que nous venons de vivre était destinée à masquer les problèmes sociaux cache en réalité une autre question, toute simple : pourquoi ça marche ? Pourquoi c’est justement le racisme – et notamment l’islamophobie – qui permet d’occuper l’espace politique et médiatique et pas une autre question ? La facilité avec laquelle les majorités successives peuvent utiliser la carte raciale nous montre que mobiliser l’identité blanche permet d’unifier des strates très différentes de la population. En agitant les chiffons rouges de l’immigration et de l’islam, le gouvernement entend ainsi rassurer « les Blancs » qui craignent sans cesse le déclassement social. Le message qu’il leur adresse est celui-ci : quoi qu’il puisse vous arriver, aussi brutales que puissent être les mesures que nous prenons, vous ne perdrez jamais votre blanchité.

Parce que les oppressions de classe et de race se renforcent mutuellement, la lutte contre les politiques libérales ne peut se faire sans une lutte concomitante contre les politiques racistes qui les accompagnent.

Rafik Chekkat


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Par Rafik Chekkat


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