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Des accidents « purement accidentels »


paru dans CQFD n°19 (janvier 2005), rubrique , par François Maliet
mis en ligne le 20/02/2005 - commentaires

À propos de l’épidémie d’accidents de travail constatés à l’usine Feursmétal, CQFD a suivi la recommandation qui figure sur un document de la boîte destiné à la population locale, et où figurent les numéros de téléphone de ses cadres les plus méritants : « N’hésitez pas à les joindre ! » On n’a pas hésité. Interrogée sur le retour de flamme qui a valu en novembre trois semaines d’hosto à un salarié, Yveline Hurel, responsable des ressources humaines, nous rassure tout de suite : l’accident était « purement accidentel ». Bonne nouvelle : la direction ne s’amuse pas à piéger les fours pour faire des farces au personnel… Preuve que tout va bien, la DRH précise que le collègue de l’ouvrier brûlé « a repris le travail dès le lendemain ». D’ailleurs, « les accidents, ça arrive très rarement chez nous ». Et les sept cent trente-deux accidents recensés en 2003 ? « Ça va du gars qui s’est coincé le doigt dans la porte à celui qui a mal à la tête », rétorque Yveline Hurel, avec une note de dédain pour ces chochottes de salariés qui courent à l’infirmerie au moindre bobo. La multiplication de ces incidents bénins n’a évidemment rien à voir avec la dégradation des conditions de travail… Pas plus que les cas sérieux. Si 2003 était un cru sans accident majeur, 2002 fut une cuvée médaillée : selon Roland Béraud, le délégué syndical, un gars a été éventré, les viscères en charpie, et a pris deux ans d’arrêt de travail. Un autre a failli perdre une main, et n’a repris le boulot que fin 2004. Sur les huit dernières années, l’entreprise a connu au moins neuf accidents graves requérant une hospitalisation longue. « Rare », mais efficace… La mise en péril de ses salariés a d’ailleurs valu plusieurs condamnations au directeur de la boîte, Jean-Luc Gambiez. Récemment, il vient encore d’écoper de 4 500 euros d’amende en raison d’une explosion malencontreuse dans un atelier, il y a cinq ans. Mais la DRH ne désarme pas : « Le chiffre de dix-huit personnes décédées en vingt ans est calculé toutes causes confondues. Par exemple, un accident de voiture est comptabilisé. Mais il n’y a pas eu de décès suite à un accident du travail ». Elle omet de préciser qu’un ouvrier a laissé sa peau sur le site de Feursmétal en 2001, après avoir traversé un toit. Salarié d’une entreprise de sous-traitance, il a déjà disparu de ses fiches…

Voir aussi « Usine de Feursmétal : une main de fer dans un gant de rouille », « “Aucun risque”, qu’ils disaient », et « Anthologie de l’atome inoffensif »..



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Par François Maliet


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