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Gilets jaunes : les conséquences humaines d’une répression inédite

À la marche des « Mutilés pour l’exemple »


paru dans CQFD n°181 (novembre 2019), par Sophie Divry, illustré par
mis en ligne le 25/11/2019 - commentaires

Victimes de violences policières, particulièrement graves et nombreuses pendant le mouvement des Gilets jaunes, les « Mutilés pour l’exemple » ont formé un collectif au printemps dernier. Éborgnés, amputés, traumatisés, ils doivent s’adapter à la nouvelle vie qu’on leur a imposée. Le 22 septembre, ils manifestaient à Bordeaux, demandant la fin de l’impunité et du carnage policier. Reportage et témoignages.

Par Elzazimut {JPEG}

Pour ceux qui ne connaissent pas Bordeaux, la visite guidée est d’un effet terrible. La troisième marche du collectif des « Mutilés pour l’exemple » [1] trace à l’intérieur de la ville un chemin de croix de la répression subie par les Gilets jaunes. Ce 22 septembre, le cortège de 500 personnes s’arrête et écoute à chaque station comment un blessé a perdu, qui son œil, qui sa main, sa joue, sa vision, et dans le lot souvent son métier et sa tranquillité, ainsi que beaucoup d’illusions.

Ça commence place de la Bourse, face au miroir d’eau de la métropole girondine airbnbisée. Les manifestants brandissent des croix en polystyrène jaune avec le nom des blessés. Le bilan global de la répression des Gilets jaunes a atteint des hauteurs historiques. Officiellement, il fait état de 2 500 blessés, mais est certainement sous-évalué. En cause notamment, la grenade assourdissante Gli-F4, les grenades de désencerclement et les tirs de flashballs [2]. Les victimes sont lycéens, secrétaires médicales, intermittents du spectacle, chauffeurs routiers, marins, ouvriers, étudiants, sans emploi. C’est la France des Gilets jaunes.

Les mains arrachées

Ce dimanche, Antoine Boudinet montre sans complexe le moignon qui lui reste à la place de la main droite. Le jeune homme reste combatif et souriant – cette main manquante est pourtant tellement choquante par sa possibilité même, vu sa jeunesse et son sourire. Il a 26 ans quand le 8 décembre 2018, il se fait arracher la main par une grenade Gli-F4. « Moi j’étais naïf, je pensais pas que je pouvais être blessé si gravement », raconte-t-il. Cette grenade est composée de 26 grammes de TNT. Antoine, par réflexe, a voulu la repousser, sa main a explosé. » Il restait les os, mais plus aucune chair. » Animateur en périscolaire, il a dû passer trois mois en rééducation. Il est aujourd’hui déclaré handicapé à 80 %.

En France, Antoine n’est pas le seul à avoir vécu cette horreur de se faire arracher la main par cette grenade dite « à létalité réduite » et dont les autorités connaissaient la dangerosité. Il y a Gabriel, apprenti chaudronnier de 21 ans ; Ayhan, ouvrier de 52 ans ; Sébastien, 29 ans, plombier. Et Frédéric, ouvrier lamaneur de 35 ans, qui a perdu une main une semaine avant Antoine, comme lui à Bordeaux.

Nous sommes place de la Comédie et Floriane prend la parole. Elle a reçu un tir de flashball dans le mollet et dans le mégaphone raconte une longue histoire de douleurs. Sa voix vibre de colère : « Je fais encore des cauchemars, et je suis encore suivie psychologiquement huit mois plus tard, mais je veux témoigner. Je veux l’interdiction des flashballs. Ce n’est pas une arme à utiliser contre une foule. Le gouvernement n’a pas à mutiler les gens. »

Bérengère ne prendra pas le micro ; contrairement à Floriane, elle n’a pas déposé plainte, mais elle est marquée par diverses blessures, de grenades et de matraque. « Le collectif, ça me permet d’en parler, ça soulage, c’est hyper important de partager. »

« La police fait son travail, ça crève les yeux »

Les slogans s’enchaînent : « Castaner en prison », « La police fait son travail, ça crève les yeux ». Des militantes du Clap33 [3] égrènent les noms de personnes tuées par la police, notamment dans les banlieues. L’énumération fait froid dans le dos. Myriam a réussi à faire condamner l’État pour un coup de tonfa qu’elle a subi. Elle aide aujourd’hui le collectif par son expérience, mais regrette que beaucoup de Gilets jaunes ne portent pas plainte. « On en arrive à un point où on est content si on rentre chez soi sans être mutilé. Pourtant, il n’y a pas de petits blessés. » Tous prennent pour modèle le collectif Adama [4], dont Antoine arbore le tee-shirt noir.

Le cortège arrive cours Victor-Hugo. Sous cet abribus, Jean-Marc a pris un flashball en pleine tête, et comme 23 autres personnes, a été éborgné. L’émotion le submerge. Les mutilés se tombent dans les bras. C’est cela qui est frappant, de s’apercevoir que les blessures ne sont pas juste une affaire physique. C’est une atteinte à l’intimité, au visage, au rapport au monde, à la confiance en soi et aux autres. Gravement, le cortège repart vers la Garonne. Je discute avec Alexandre, puis avec Franck, blessés à la tête – comme plus de 300 autres. Ces deux-là ont perdu leur travail à cause d’un tir de flashball, une balle en caoutchouc rigide tirée à 300 km/h.

Interdire la Gli-F4 et les flashballs

Le combat des « Mutilés pour l’exemple » ne fait que commencer. « On veut montrer à tous ceux qui n’ont pas encore vu ou ne veulent pas le voir qu’il y a vraiment des blessés graves et des mutilés à vie », dit Franck. En justice, la bataille n’est pas gagnée : à notre connaissance, près d’un an après le début du mouvement des Gilets jaunes, aucun policier n’a été mis en examen. À Bordeaux, les plaintes d’Antoine Boudinet et de Frédéric ont été classées sans suite. Mais les blessés sont prêts à aller jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme – « même si ça doit prendre dix ans, on lâchera rien ».

La visite est terminée. De retour au point de départ, le collectif insiste sur ses revendications : l’interdiction de la grenade Gli-F4 et des flashballs. Le but est de faire baisser le niveau de violence. Mais le gouvernement souhaite-t-il cette désescalade ? Didier Lallement, le préfet de Gironde qui dirigeait les forces de l’ordre à Bordeaux l’hiver dernier, a été promu depuis préfet de police de Paris.

Sophie Divry
***

« On m’a amputé tout de suite »

Frédéric, ouvrier, 36 ans, a eu la main droite arrachée par une grenade Gli-F4 à Bordeaux, le 1er décembre 2018

« Je suis ouvrier lamaneur. Mon travail consistait à tirer sur des cordes pour amarrer les bateaux dans le port de Bordeaux et autour sur la Garonne. Ce 1er décembre, c’était ma première manifestation avec les Gilets jaunes. Je venais parce qu’avec mon salaire, je ne pouvais pas faire autre chose que payer des factures.

Quand on arrive place Pey-Berland, il y a un mur de CRS derrière des grilles. Je tombe à terre dans un mouvement de foule. Une grenade roule à côté de moi, elle fume. Par réflexe, je cherche à l’éloigner de ma tête, mais je n’ai pas le temps de la toucher. Elle explose et emporte ma main. Quand j’ai vu cette horreur, c’était très dur. Pendant longtemps, même après l’opération, je n’arrivais pas à porter le regard sur mon moignon.

Je suis resté une heure assis par terre, protégé par d’autres Gilets jaunes, à souffrir, en attendant qu’on puisse faire venir les pompiers. Je me sentais mourir. On m’a dit plus tard que j’étais alors en “urgence absolue”. À l’hôpital, on m’a amputé tout de suite.

J’étais encore alité que deux jours après les flics sont venus dans ma chambre m’apprendre qu’ils avaient déposé plainte contre moi, pour anticiper et faire croire que c’était moi le problème ! À l’époque je ne savais rien de ces grenades et des flashballs. J’ai eu plusieurs mois de rééducation et de suivi psychologique. Il faut faire travailler les muscles du bras, pour que la prothèse fonctionne. Au début, ma mutuelle ne voulait pas me rembourser les frais.

Vivre avec une seule main, ça change tout. Tout prend plus de temps. Je ne peux plus faire la vaisselle, étendre le linge, j’ai dû m’équiper d’un lave-vaisselle et d’un sèche-linge. C’est des frais en plus. La prothèse, ce n’est pas parfait, c’est fragile. Je vis seul alors tout est compliqué. Avant je bricolais beaucoup. J’ai toujours été quelqu’un qui aimait se débrouiller tout seul. Certains gestes, je peux m’adapter, d’autres je ne peux plus les faire et ça m’énerve.

Heureusement, j’ai mon frère et ma sœur, des amis. Mais je n’aime pas certains regards posés sur mon bras. Malgré tout, j’essaie de continuer à regarder l’avenir. J’ai l’espoir de pouvoir reprendre mon travail dans la marine avec une prothèse spéciale. J’ai pu apprendre à conduire avec mon moignon, mais pour la pêche, la chasse, le jardinage, c’est plus compliqué. Je suis en colère. Je suis encore plus en colère qu’avant. On est des victimes de l’État et pour l’instant on n’est pas reconnus. Pour eux, on est des dommages collatéraux, c’est révoltant. »

***

« Je ne suis jamais ressortie manifester »

Floriane, secrétaire médicale, touchée par un tir de flashball au mollet à Bordeaux le 12 janvier 2019.

« On était venus manifester avec mon mari. On était là pour nos droits, nos salaires, nos anciens, nos handicapés, notre avenir, pour des salaires décents. Au début, la manif était super sympa. Mais la tension a monté et place Pey-Berland, les forces de l’ordre ont chargé.

Moi j’étais accroupie en train d’aider un blessé. Je reçois un tir de LBD dans le mollet gauche. Je ressens une énorme décharge électrique. Ça fait très mal. J’ai fui le cortège le plus vite possible. Je me rappelle qu’on entendait les flashballs rebondir partout sur les réverbères. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait.

Je rentre chez moi. Ça fait un gros bleu, je mets de la glace et le lendemain je vais consulter SOS Médecins. On me dit que l’hématome va passer. Mais ça ne passe pas. La plaie devient toute noire. Je me rends aux urgences de Bordeaux. Ça avait nécrosé. C’est une complication grave et il faut opérer. Je suis opérée deux fois. D’abord pour enlever la nécrose. Ça fait un trou de 8 cm. Puis j’ai eu une greffe de peau. J’ai été immobilisée pendant dix jours, sans pouvoir mettre le pied par terre. On m’a mise sur un fauteuil roulant.

Il faut voir les conséquences sur votre vie : ce sont des allers-retours à l’hôpital, des soins infirmiers quotidiens, des longues douleurs, des piqûres contre les phlébites, un arrêt de travail de trois semaines, de longues journées de pleurs… Et encore, j’ai de la chance, la greffe a pris du premier coup.

Je ne suis jamais ressortie manifester. Malgré les bonnes convictions, la peur prend le dessus. On se dit que le danger vient de ceux qui sont censés nous protéger. »

***

« Quand vous êtes borgne,vous devez tout réapprendre »

Alexandre, 38 ans, intermittent du spectacle, a perdu son œil droit suite à un tir de flashball à Paris le 8 décembre.

« J’étais sur les Champs-Élysées. J’ai pris une balle de LBD-40 dans l’œil droit. L’orbite a explosé. Le truc choquant, c’est que mon œil m’a coulé dans ma main. Et que personne n’est venu pour m’aider.

Je me suis réfugié dans un sas d’immeuble. Je n’ai pas pu trouver un camion de pompiers avant trois ou quatre heures. Du coup, j’ai dû me faire un bandage avec mon gilet jaune. Ça m’a valu 70 points de suture et une opération de six heures. J’ai eu 90 jours d’ITT [interruption totale de travail]. J’ai perdu mon travail, qui consistait à faire de la décoration sur les plateaux télé. Esthétiquement, mon visage est atteint, et dans ce milieu il y a tout un travail relationnel qui m’est devenu impossible.

Quand vous êtes borgne, vous devez tout réapprendre, à marcher, à parler, à regarder, tout ! Vous vivez avec une partie de vous qui est morte. Quatre heures de travail pour vous, c’est huit heures pour moi. Je ne peux plus conduire, lire, c’est épuisant. J’ai encore des douleurs, des cauchemars, des insomnies. Jamais je n’aurais pensé perdre un œil sur les Champs-Élysées. Au Darfour je peux comprendre, mais pas sur les Champs-Élysées. »

***

« Je me réveille la nuit, j’y pense tout le temps »

Franck, 45 ans, ancien salarié dans la logistique, touché par un flashball au visage le 1er décembre à Paris.

« C’était à l’acte III à Paris, j’ai pris un tir de LBD en plein visage. J’ai eu le nez complètement écrasé. Je ne suis pas borgne, mais je ne vois presque plus rien de l’œil droit. J’ai de graves problèmes de mémoire et de concentration. Je me retrouve en voiture et soudain je ne sais plus d’où je viens, ni où je vais. J’oublie des prénoms.

C’est ça le plus dur, c’est le côté psychologique. Ce nez, ce n’est pas mon nez, je ne me reconnais pas. J’ai changé. Et j’y pense tout le temps.

Certains me disent de rebondir, que c’est pas si grave. Mais on est quelques-uns à avoir un syndrome post-traumatique qui ne se voit pas aussi clairement qu’un œil en moins.

J’étais dans la logistique, je devais lire des codes très petits sur des pièces. C’est impossible maintenant, je suis au chômage et je vais être obligé de faire une reconversion. Je ne travaille plus depuis l’accident. Je n’ai pas encore de pension d’handicapé car les démarches prennent du temps.

Mes proches n’ont pas tous compris. J’ai fini par me séparer. Tout est fragilisé par ce genre d’accident. Je me réveille la nuit, j’y pense tout le temps. J’ai maigri de huit kilos. Je n’ai plus mon ancien travail, plus la même famille, plus le même visage. C’est une autre vie. »

***

« J’étais venu pour dire que le pain était trop cher »

Jean-Marc, 42 ans, ex-horticulteur, éborgné le 8 décembre 2018 à Bordeaux par un flashball au visage.

« J’étais venu d’Oléron pour dire en somme que le pain était trop cher. On en avait marre de payer trop cher l’essence. J’étais pas politisé. C’était ma première vraie manif, avant on faisait des ronds-points dans une ambiance cool avec des retraités. On a été surpris par l’état de guerre de la manif. Les flashballs sifflaient autour de nous.

À ce moment-là on était près d’un abribus, je voulais protéger ma femme. J’ai fait un doigt d’honneur au flic car ça faisait des heures qu’on nous gazait. Et j’ai pris une balle de flashball en pleine tête. Ça m’a éclaté l’œil, la pommette, l’arcade, tout le tour de l’œil. J’ai subi déjà trois opérations, et je dois en avoir une quatrième. Les chirurgiens ont dû mettre 16 plaques, 40 vis dans ma tête. J’ai perdu une grande partie de la vision à l’œil gauche. C’est quoi, ce pays, si pour un doigt d’honneur on prend un flashball dans la tête et on nous baise la vie ?

Nous, on était heureux avant. Je créais des fleurs. Je ne peux plus le faire car je n’ai plus la vision en trois dimensions. J’ai des difficultés pour monter des marches, on doit tout réapprendre. Je n’ai plus mon entreprise. Je suis cloîtré chez moi, je suis devenu agoraphobe. Je ne sors que les samedis avec les Gilets jaunes.

Je ne dors presque plus. Ça tourne tout le temps dans ma tête. J’ai beaucoup de violence en moi. Je suis suivi encore par un psy. Ma vie d’avant, elle est restée en suspension sous l’abribus. À partir du 8 décembre 2018, je recommence une nouvelle vie. Cette vie-là, on me l’a imposée, c’est pas la mienne. »

***

« J’ai été visée »

Lola, 20 ans, étudiante en arts, touchée à la joue par un flashball le 18 décembre 2018 à Biarritz.

« J’étais en train de filmer, la manifestation était calme. Personne ne portait de masque ou de casque. C’était pacifique. Quand soudain, j’ai pris un flashball dans la tête. J’ai été visée.

Ça a fait une triple fracture de la mâchoire. Mon visage a gonflé. On m’a opérée une première fois le lendemain pour mettre des plaques en métal que j’ai gardées six mois. Puis j’ai eu une seconde opération cet été pour les enlever. J’ai dû manger mou plusieurs semaines.

Heureusement mon école d’art m’a soutenue. Je suis quand même retournée manifester, mais je suis moins sereine qu’avant. On se sent en insécurité. Au début, quand je voyais des oiseaux passer au-dessus du cortège, ça me faisait peur, je les prenais pour des grenades. »

***

« Dès que j’entends une sirène de police, ça me crispe »

Bérengère, sans emploi, touchée au bras par une grenade Gli-F4 à Toulouse.

« C’était au mois de mai à Toulouse, on était nassés. J’étais cachée derrière une voiture. J’ai senti d’un coup une énorme douleur dans le bras. Ça saignait énormément. Quand j’ai pu enfin trouver un coin tranquille pour relever ma manche, j’ai vu que j’avais six bouts de plastique plantés dans mon bras. Les street medics ont pu me les enlever et me faire les premiers soins. À l’hôpital, ils ont encore désinfecté. J’ai eu des douleurs pendant six semaines. Maintenant ça fait six mois et j’ai encore des cicatrices.

Même si je n’ai pas porté plainte, je suis choquée. Maintenant quand je suis chez moi, dès que j’entends une sirène de police, ça me crispe. J’ai eu une grosse période de cauchemars. Je revivais la scène, avec des réveils en panique. J’ai aussi reçu un coup de matraque qui m’a décollé le ménisque.

Avec ces blessures, ma vie n’est plus pareille, je vis seule avec trois enfants, ça chamboule tout, faut s’organiser, c’est compliqué. »


Notes


[1La plupart des membres du collectif ont été blessés pendant le mouvement des Gilets jaunes. Certains l’ont toutefois été dans d’autres circonstances.

[2On utilisera ici ce terme générique pour désigner les « lanceurs de balles de défense ». Le modèle qui a fait le plus de mal ces derniers mois est le LBD-40.

[3Collectif bordelais contre les abus policiers. Sur Internet : Clap33.com.

[4Basé en banlieue parisienne, il demande vérité et justice pour Adama Traoré, décédé en 2016 à la gendarmerie de Persan (Val-d’Oise), peu après son interpellation.



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